‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 77 sur 230 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

Je n'ai que du bonheur, Nemours, à vous prédire.

NEMOURS

Hélas !

Vous souvient-il , ami , de ce beau jour Où votre aveu m'apprit que vous m'aimiez d'amour? C'était le soir.

NEMOURS

Au pied d'une croix solitaire.

MARIE

Mes yeux baissés comptaient les grains de mon rosaire, Et j'écoutais pourtant.

NEMOURS

Sur le bord du chemin , Un vieillard qui pleurait vint nous tendre la main.

MARIE

11 reçut notre aumône , et sa voix attendrie Me dit que.. . je serais...

NEMOURS

Ma compagne chérie, Ma femme.

MARIE

Il s'en souvient!

NEMOURS

Ces biens que j'ai perdus, J'espérais que pour vous ils me seraient rendus.

Je reviens, mais l'exil est toujours mon partage. Des biens , je n'en ai plus , et dans mon héritage , Sous le toit paternel, par la force envahis, Je suis un étranger comme dans mon pays.

Votre exil peut finir.

NEMOURS

En traversant la France, Je visitai ces murs, berceaux de mon enfance; Morne et le cœur navré, j'entendis les roseaux Murmurer tristement au pied de leurs créneaux. Que de fois à ce bruit j'ai rêvé sous les hêtres, Dont l'antique avenue ombragea mes ancêtres ! Le fer les a détruits ces témoins de mes jeux; Mon vieux manoir désert tombe et périt comme eux. L'herbe croît dans ses cours; les ronces et le lierre Ferment aux pèlerins sa porte hospitalière. Le portrait de mon père, arraché du lambris, Etait là , dans un coin , gisant sur des débris. Pas un des serviteurs dont il reçut l'hommage , Et qui heurtent du pied sa vénérable image, N'a de l'ancien seigneur reconnu l'héritier, Hors le chien du logis, couché sous le foyer, Qui , regardant son maître avec un air de fête, Pour me léchet les mains a relevé la tête.

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