ACTE II, SCÈNE VIL
Dont rhonneur fait grand bruit , dont l'esprit est vanté , N'a ni son noble cœur, ni sa franche gaîté. On l'attaque lui seul, et tous deux on nous blesse; Et chaque trait piquant lancé sur sa vieillesse Ne peut devant un tiers l'immoler aujourd'hui , Sans retomber sur moi, qui suis vieux comme lui.
HORTENSE
Mais le duc vous l'a^lit, ce n'est qu'un badinage; Et le duc, à mon sens, raisonnait comme un sage.
BANVILLE
Votre duc! il me choque au suprême degré.
Je connais peu de gens qui ne soient à mon gré ;
Mais lui , de me déplaire il a le privilège.
Me croit-il, ce monsieur, dupe de son manège?
Ce zèle officieux qu'il fait sonner si fort,
Cet air de vous blâmer, pour mieux me donner tort,
Tout ce jeu me déplaît. Pour des raisons sans nombre.
Il n'est pas bon qu'un duc soit là comme votre ombre.
La réputation d'une femme de bien
Dans la communauté ne compte pas pour rien;
Et, s'il n'est défendu contre tous, à toute heure.
Ce fruit de tant de soins en un instant s'effleure.
Il ne faut qu'un jeune homme un peu trop assidu.
Que le discours d'un sot par un autre entendu;
Le mal est déjà fait : le mensonge circule;
La femme est méprisée, et l'époux ridicule;
Et trente ans de vertu, loin du monde et tki bruit,
Ne sauraient réparer ce (ju'un jour a détin^iit.
HORTENSE
Pour quel é(;rit moral faites-vous ce chapitre? Mais dans un autre temps vous m'en direz le titre. Irez-vous à ce bal où l'on veut vous avoir?
DANVILLE
]Non:je vais chez les gens que je peux recevoir.
HORTENSE
Mais le duc vient chez vous.
DANVILLE
C'est trop de complaisance.
Qu'il daigne à l'avenir m'épargner sa présence. H me fait un honneur dont je suis peu flatté. Rien de mieux, j'en conviens, qu'un beau nom bien porté, A sr juste valeur j'estime la noblesse. Qu'on reçoive chez soi marquis, duc et duchesse, C'est bien , si l'on est duc, et je ne le suis pas. Ma maison me convient; mais, si je risque un pas Dans ce cei'cle titic dont l'éclat vous transporte, A cent devoirs fâcheux je cours ouvrir ma porte. Mon appc'tit s'en va, lorsque je vois siéger Tout l'ennui des grands airs dans ma salle à manger. Ma langue est paresseuse à rompre le siliMicc ,