ACTE II, SCÈNE VIL
vS'il faut, au lieu de Vous,. dire Votre Excelleaee,
Ou, Mécène du jour, flatter les favoris
De l'Apollon bâtard qu'on adore à Paris.
Je ne sais pas encor de quel air on écoute
Vos auteurs nébuleux auxquels je n'entends goutlo,
Et tout leur bel esprit ne fait que m'étourdir,
Moi, qui cberclie à comprendre avant que d'applaudir.
De traiter ces messieurs j'aurais eu la manie,
vSi j'étais assez sot pour me croire un génie;
Mais, grâce à du bon sens, je sais ce que je vaux.
Jouissez sans fracas du fruit de mes travaux.
Avec de bonnes gens, des gens qu'on puisse entendre,
Qui de leur nom pour nous n'aient pas l'air de descendre,
Qui ne m'observent pas pour me prendre en délaut
Si je parle sans gêne ou si je ris trop baut ,
Et ne croient pas me faire une grâce infinie
En me trouvant cbez moi de bonne compagnie.
Voilà mes gens; voilà les amis que je veux,
Sûr qu'ils seront pour moi ce que je suis pour eux.
nORTENSE.
Revenons à ce bal, et jugez mieux la diose. Ce n'est pas lui plaisir qu'ici je vous propose; Mais c'est une démarcbe, et vovez le orand mal De passer pour affaire une beurc ou deux au biil Il faut fure sa cour ; voilà comme on j)rospcie;
Mais vous , de vous placer vraiment je désespère.
BANVILLE
Eh ! ne me placez pas , madame , laissez-moi ,
Heureux avec la foule, y vieillir sans emploi.
J'y suis libre ; il vaut mieux, receveur des plus minces.
Toucher ses revenus que ceux de dix provinces ;
Et je ne veux pas, moi , pour me hausser d'un cran.
Vendre ma liberté cent mille écus par an.
HORTENSE
Eh bien , comme au spectacle , allez à cette fête ; Pour moi , la , voulez-vous? Venez, j'en perds la tête : Que d'objets, que de gens inconnus jusqu'alors! Tous les ambassadeurs, des maréchaux, des lords , Des artistes , la fleur de la littérature ; Des femmes! Quel éclat, quel goût dans leur parure! Dieu ! les beaux diamans !... Et c'est ce soir! j'irai , Oui, j'irai, nous irons, monsieur, ou j'en mourrai.
BANVILLE
Non, vous n'en mourrez pas, et vous verrez, ma chère. Qu'on peut avec Bonnard , bien qu'il ne danse guère. Passer le soir gaîment , sans façon, sans apprêts. Souper même au besoin , et vivre encore après.
HORTENSE
Voulez-vous sans pitié chagriner votre Hortense? Me tiendrcz-vous rigueur?. .. Eh ! quelle est mon offense ?