ACTE III, SCENE VIII. 2G
DANVJLLE.
Ah ! je te chasserai...
(Valentin sort.)
C'est vrai, que vais-je faire?
Un éclat! non, sans doute. Amant sexagénaire, Suivant ma femme au bal d'un pas mal affermi , J'y vais pour l'épier, j'y vais en ennemi , Et là, comme un fantôme errant avec tristesse, J'y vais troubler ses jeux et glacer son ivresse. Pauvre Hortense ! elle est jeune , est-ce un crime à mes yeux : Peut-elle se vieillir, parce que je suis vieux? A sa suite aujourd'hui si le dépit m'entraîne, J'irai demain, toujours, et toujours à la chaîne; Plus esclave cent fois, cent fois plus inquiet, Rongé de plus d'ennuis qu'au temps où l'intérêt Tenait à ses calculs ma jeunesse asservie, Je vais à soixante ans recommencer ma vie!,.. Allons, Banville, allons , sois homme ; il faut rester.
(Valentin rentre.)
Au fait, sa mère est là, que puis-je redouter?
(Il met son habit.)
Je reste. Prouvons-lui qu'on peut se passer d'elle. Mon chapeau!... Des amis Bonnard est le modèle ! On nous laisse, tant mieux! nous serons entre nous. Nous rirons, et déjà je suis... Je suis jaloux!
Je ne puis résister au démon qui m'obsède : Il maîtrise mes sens, il me conduit, je cède. Adieu donc pour toujours, ma chère liberté! Bonheur que j'ai connu , repos et dignité, Adieu! je n'en crois plus ni pitié, ni scrupule. Soyons, c'est mon destin, soyons donc ridicule. J'y consens; mais du moins échappons au tourment De douter, de trembler, de mourir lentement : Ce supplice est horrible.
VALENTIN
Il a perdu la tête.
BANVILLE
Qu'il finisse; partons. Ma voiture!
VALENTIN
Elle est prête.
BANVILLE
Ail! courons.
(rencoutr;ml Honiiai<I. )
Ciel!