‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 145 sur 166 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

J'aimai... c'était la grâce unie à l'innocence : Naïve comme vous, elle charmait sans art. Votre voix est la sienne ; elle avait ce regard ; Et sa beauté, la vôtre à mes yeux la rappelle; Mais non, plus jeune alors, elle était bien moins belle. Si sa grâce eût brillé de cet éclat vainqueur, Aurais-je pu cacher le trouble de mon cœur? Mes traits, mes yeux, ma voix, tout, jusqu'à mon silence, Eût de ma passion trahi la violence ; Mais jeune, mais tremblant, la fuyant à regret, Peut-être moins épris, j'ai gardé mon secret. Et depuis...

HORTENSE

Quel motif peut vous forcer encore A renfermer l'aveu d'un amour qui l'honore?

LE DUC

La peur de l'offenser m'a toujours retenu.

HORTENSE

Comment ?

LE DUC

Tout mon malheur ne vous est pas connu.

HORTENSE

Quel nom pour une épouse est plus beau que le vôtre ?

LE DUC

La femme qui m'est chère est l'épouse d'un autre !

HORTEWSE.

Ciel !

LE DUC j vivement.

Et, juste pourtant, j'estime, j'ai servi Cet heureux possesseur du bien qui m'est ravi. Mais celle que j'aimai, je l'aime, je l'adore. Le feu qui me brûlait aujourd'hui me dévore ; Elle me voit, m'entend, j'ai bravé son courroux; Oui, je tombe à ses pieds, je vous aime, c'est vous !

HORTEIVSE.

Se peut-il? vous osez !... Muette à ce langage, J'hésite, et doute encor qu'à ce point l'on m'outrage.

LE DUC

Pardonnez ; cet aveu n'eût pas dû m'échapper. Mais sur vos sentimens j'eus droit de me tromper. Vous vous plaisiez aux soinsque j'aimais à vous rendre; Votre accueil fut si doux-que j'ai pu m'v méprendre. Non , vous m'aviez compris ; non , vous ne croyez pas Qu'on puisse impunément admirer tant d'appas; Vous vous faisiez un jeu de me voir misérable; Ah ! je le suis, mais vous, vous seule êtes coupable !

HORTENSE

Quoi! j'ai pu mériter!... Levez-vous, laissez-moi; Vous remplissez mon cwuv de ivmords cl d'effroi

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