‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 158 sur 166 · BANVILLE, BONNARD · texte numérisé non relu

BANVILLE, BONNARD

BONNARD

Tu sauras, mon ami, que ton bonheur m'enchante! Je m'en fais une image agréable et touchante; D'un désir tout nouveau je me sens embrasé, J'en rêve... Je t'ai dit qu'on m'avait proposé Une jeune personne aimable et fort jolie...

DAN VILLE

Et de te marier tu ferais la folie?

BONNARD

Du ton que tu prends là je suis émerveillé ; N'est-ce pas toi, mon cher, qui me l'as conseillé?

DAN VILLE

Te marier, Bonnard!

BONNARD

Vois , dans un ministère Supprime-t-on quelqu'un, c'est un célibataire. Les pères de famille ont un titre éloquent , Qui plaide en leur faveur dès qu'un poste est vacant.

Les défend dans leur place; eh bien, je me marie. Pour me trouver enfin dans leur catégorie.

danvillï:.

A ton âge !

BOJVNARD.

De grâce, es-tu moins vieux que moi.*

BANVILLE

Oh ! moi, c'est autre chose, entends-tu bien; mais toi

Je te vois en victime aller au sacrifice;

Tu cours tête baissée au fond du précipice.

Quand tu vas t'y jeter, je dois te retenir.

Hc! sais-tu^ malheureux, sais-tu quel avenir

Te punirait un jour d'une telle incartade?

Cette idée, à ton âge, est d'un cerveau malade:

Mon Dieu! qu'un vieux garçon connaît mal sonbonheurî

Fuis d'un nœud inégal le charme suborneur.

C'est unir par contrat la raison au délire.

Et l'amour qu'on éprouve au dégoût qu'on inspire.

Prendre une jeune femme à soixante ans passés,

Pour mourir de chagrin, vois-tu, c'en est assez.

Il faut rester garçon, il faut que tu me croies;

Ou l'abîme t'attend, tu te perds, tu le noies.

Tu n'en reviendras pas.

BONNA11I).

Ton elfroi me coiïfond :

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