BANVILLE, BONNARD
BONNARD
Tu sauras, mon ami, que ton bonheur m'enchante! Je m'en fais une image agréable et touchante; D'un désir tout nouveau je me sens embrasé, J'en rêve... Je t'ai dit qu'on m'avait proposé Une jeune personne aimable et fort jolie...
DAN VILLE
Et de te marier tu ferais la folie?
BONNARD
Du ton que tu prends là je suis émerveillé ; N'est-ce pas toi, mon cher, qui me l'as conseillé?
DAN VILLE
Te marier, Bonnard!
BONNARD
Vois , dans un ministère Supprime-t-on quelqu'un, c'est un célibataire. Les pères de famille ont un titre éloquent , Qui plaide en leur faveur dès qu'un poste est vacant.
Les défend dans leur place; eh bien, je me marie. Pour me trouver enfin dans leur catégorie.
danvillï:.
A ton âge !
BOJVNARD.
De grâce, es-tu moins vieux que moi.*
BANVILLE
Oh ! moi, c'est autre chose, entends-tu bien; mais toi
Je te vois en victime aller au sacrifice;
Tu cours tête baissée au fond du précipice.
Quand tu vas t'y jeter, je dois te retenir.
Hc! sais-tu^ malheureux, sais-tu quel avenir
Te punirait un jour d'une telle incartade?
Cette idée, à ton âge, est d'un cerveau malade:
Mon Dieu! qu'un vieux garçon connaît mal sonbonheurî
Fuis d'un nœud inégal le charme suborneur.
C'est unir par contrat la raison au délire.
Et l'amour qu'on éprouve au dégoût qu'on inspire.
Prendre une jeune femme à soixante ans passés,
Pour mourir de chagrin, vois-tu, c'en est assez.
Il faut rester garçon, il faut que tu me croies;
Ou l'abîme t'attend, tu te perds, tu le noies.
Tu n'en reviendras pas.
BONNA11I).
Ton elfroi me coiïfond :