‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 159 sur 166 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Et que fais-je, après tout? ce que bien d'autres font, Ce que tu fis toi-même.

BANVILLE

Oh ! moi , c'est autre chose ; Mais toi , songe à quel sort un fol hymen t'expose ! Va, le grand mot lâché, ton bonheur t'aura fui , Tes rêves orgueilleux s'en iront avec lui. Que devient de tes goûts le flegme sédentaire , Si ta femme, à vingt ans, n'a pas ton caractère? Elle ne l'aura pas. Tu seras tourmenté , Tu seras le jouet de sa frivolité.

Tu chéris au Marais ton pacifique asile , Et tu suivras ta femme au centre de la ville ; Un vieil ami te reste, et ta femme en rira; Tu veux dormir, ta femme au bal te conduira ; Ta femme a ton argent, et sa dépense est folle ; Ta femme a ton secret, et ton secret s'envole. Alors l'humeur, les cris, les pleurs à tous propas. Et les^nuits sans sommeil, et les jours sans repos. Voilà , vodà ta femme !

BONNARD

Ah ! çà , mais c'est étrange !

Pourquoi voudrais-tu donc, quand la tienne est un ange, Que la mienne, mon cher, fût un démon? Pourquoi?

BANVILLE

Oh! moi, c'est autrechose, encore un coup; mais toi !...

Heureux si la traîtresse, à ton amour ravie,

D'un chagrin plus amer n'empoisonne ta vie !

Tu verras malgré toi, tlu jour au lendemain,

Ce volage trésor s'échapper de ta main.

Tu deviendras jaloux, Bonnard, et quel supplice

Si tu surprends chez elle un amant, un complice !

Enflannné d'un beau feu pour l'honneur de ton nom ,

Tu te battras...

BONNARD

Du tout.

Tu te battras.

150NNARD.

Eh non !

Tu peux pour ton honneur prendre ainsi fait et cause; Mais je dis, à mon tour, que, moi, c'est autre chose. Je ne me battrai pas. M'exposer ! Un moment ! Un duel pour cela ne m'irait nullement. Tu me parles d'un ton qui fait que je balance. Mais ailleurs notre affaire exige ma présence; Je me rends sans tarder chez notre protecteur, J'y cours. Peste! un duel! je suis ton serviteur.

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