ACTE V, SCENE V
BANVILLE
Je le suis, je dois l'être.
D'étouffer sa fureur mon cœur n'est plus le maître. Il s'ouvre, il laisse enfin éclater ses transports, Et leur trop juste excès les répand au dehors. Je vous aimais, ingrate, et jusqu'à la faiblesse. Que vous a refusé mon aveugle tendresse ? Ai-je forcé vos vœux? ai-je contraint vos goûts? Quel innocent plaisir airje éloigné d evous? Suis-je un vieillard morose, un tyran qui vous gêne? Vous ai-je fait sentir le poids de votre chaîne? Et vous l'avez rompue 1 et vous m'avez trahi ! Ah! je vous aimais trop pour n'être point haï ; Mais me rendre à jamais malheureux, ridicule! Mais me déshonorer !
HORTEIS'SE.
Croyez...
BANVILLE
Je fus crédule, Et je ne le suis plus; je sais tout, j'ai surpris Celui de qui l'affront me condamne au mépris. J'en ai voulu raison, et j'ai fait peu de compte D'un vain reste de sang dont je lavais ma honte.
IIORTENSE.
Vous, Danville? Ah! d'effroi tout le mien s'est glacé!
BANVILLE
]No VOUS alarmez pas, le duc n'est pas blesse.
HORTENSE
Ah! monsieur.
BANVILLE
Il l'emporte, et ma honte me reste; Mais que le sort bientôt me soit ou non funeste , Je ne vous dois plus rien, plus d'amour, de respect; Tout me devient permis , lorsque tout m'est suspect ; Le passé contre vous tient mon âme en défense. Je veux voir ce billet; quel qu'il soit, il m'offense. Vous le rendez coupable en le cachant ainsi ; Je veux, je veux le voir; je le veux.
HORTENSE
Le voici.
DANVILLE
11 ne saurait m'apprendre un malheur que j'ignore , Et je tremble... Ah! je sens que je doutais encore...
( lisant l'adresse. )
Ciel! au duc!
HORTENSE
A lui-même.
BANVILLE
Au duvl j avais raison.
Mon cœur m'avertissait de celte trahison.