ACTE m, SCENE IV
Me priver pour toujours de tes émbrassèriiens !
IDAMORE
Ciel ! que vous a-t-on dit ?
ZARÈS
Prouve-moi qu'on m'abuse ; Je te croirai : partons.
IDAMORE
Eh ! le puis-je ?
ZARÈS
11 refuse !
Dans quels lieux cherchez-vous cette tranquillité, Ce bonheur mutuel qu'en fuyant j'emportai ! Là, chaque monument de ma première enfance, Me reprochant ma faute, aigrit votre souffrance. Là, tout parle à vos yeux de malheurs trop connus...
ZARÎiS.
On se plaît au récit des maux qu'on ne sent plus. Allons.
IDAMORE
Ah ! laissez-moi , combattant votre envie , A leur charme funeste arracher votre vie ; Avec elle au désert loin de m'ensevelir. Au fond de mon palais laissez-moi l'embellir. Entourer son déclin de plaisirs dont l'ivresse
Ecarte les langueurs où s'éteint la vieillesse, Rassembler sur vos pas tous les tributs des arts ; Que leur f\iste opulent éclate à vos regards. Partagez mes honneurs , jouissez de ma gloire.
ZARÈS
Après l'avoir perdue , ôte-moi la mémoire ,
S il faut que je préfère à mes plaisirs passés
Tes faux biens sans attrait pour mes sens émoussés :
Que m'importent des arts dont j'ignore l'usage !
Tout leur faste vaut-il ma liberté sauvage?
Par {[uels spectacles vains crois-tu tenter m(;s yeux?
Quels trésors me plairaient? quels honneurs glorieux?
Mes spectacles à moi sont un ciel sans nuages,
L'immensité des mers, les astres, les orages,
L'aurore, dont l'éclat va renaître pour moi ,
Si je puis sur nos monts l'admirer avec toi ;
Aies homieurs sont tes soins ; mon unique richesse ,
C'est toi, c'est le bonheur de te parler sans cesse ,
De reposer ma tête en te voyant le soir,
Et de la relever, mon fils, pour te revoir.
Que m'offres-tu ? des jours passés dans la conli'ainle ,
A gémir, à t'attendre, à te voir avec crainte ,
Quand la gloire ou l'amaur voudront bien par pitié
Te céder pour une heure à ma triste amitié.
.le l'ainie avec excès, sois à moi sans partage.