ACTE IV, SCENE Y
AKÉBAR.
Qu'as-tu dit ?
IDAMORE
Oui , le sang que poursuit ta colère , C'est le mien, c'est celui que pour toi j'ai versé. Qu'on l'épargne à sa source , où les ans l'ont glacé. Le mien vous sauva tous , que ta main le répande ; Il est pour tes autels une plus digne offrande.
NÉALA , à ses compagnes.
Soutenez-moi !
ZARÈS
J'ai seul mérité le trépas.
IDAMORE
Ah ! mon père !
ZARÈS
Gueirier, je ne te connais pas.
IDAMORE
c'est mon père ! c'est lui ! croyez-en ses alarmes , La pâleur de son front, ses yeux noyés de larmes, Ses bras que malgré lui je force à se rouvrir... 11 m'embrasse , frappez , c'est à moi de mourir !
AKÉBAR , anx prétresses.
Dérobez à leurs yeux cette jeune victime.
( On l'entraîne. )
Elle n'a pas nourri d'ardeur illégitime.
Ma fillo est innocenlc; oui, peuple, elle ignorait Quel effroyable hymen mon erreur consacrait. Mais toi, trini noir courroux tout mon cœur se soulève î Tu n'es donc... 'se peut-il ?... ah ! misérable !
IDAMORE
Achève.
Oui, je suis. Paria, je le suis; mais l'état Ne dut sa liberté qu'à mon noble attentat. Je descendis des monts ; vos tribus dispersées A l'approche du joug s'étaient déjà baissées. Je l'écartai moi seul , qui seul restai debout. La mort entre elle et toi m'a i-enconti'é partout, Peuple : loin des cités, des enfans et des femmes, Je détournais le fer, je repoussais les flammes ; Mon front, plus que vous tous des chrétiens redouté, Leur renvoyait l'effroi qu'ils avaient apporté , Quand ces brames si fiers, que je courais défendre, Cachés au fond du temple et courbés sous la cendre. Implorant un appui qu'ils n'osaient vous offrir, I^riaient, tremblaient pour vous, et vous laissaient périr !
AKÉBAR.
Tu l'entends, et la foudre à tes pieds assoupie Ne se réveille pas pour dévorer l'impie, Brama; c'est donc à nous de venger tes affionts;. Ton silence est un ordre, cl nous obéirons. ,.