‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 84 sur 166 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

Des charmes du bel âge unis à la raison. Notre hymen fut conclu. Sa respectable aïeule Eut toujours par nature horreur de vivre seule; Ma maison fut la sienne, et par elle j'appris Qu'en secret leur chimère était de voir Paris; Bien plus, qu'à leur santé l'air du Havre est contraire. Je les force à partir. Loin d'Hortense une affaire M'a retenu deux mois, à mon grand désespoir, Et c'est à peine hier si j'ai pu l'entrevoir; Elle avait pour la cour un billet de spectacle : Moi, mettre à ses plaisirs le plus léger obstacle ! Bien qu'elle y consentît , c'était un coup mortel ; Et j'ai, pour me distraire, admiré mon hôtel.

BONNARD

Celui du duc d'Elmar.

BANVILLE

C'est mon propriétaire.

BONNARD

Voici, depuis un mois, son oncle au ministère;

Doyen des receveurs dans son département.

Je perçois les deniers d'un arrondissement;

Le duc est très puissant : c'est un homme à la mode.

BANVILLE

Vraiment?.. .Dans son hôtel plus grand qu'il n'est commode Il occupe au premier un superbe local;

Mais pour un philosophe un second n'est pas mal.

BONNARD

C'est un palais, mon cher; peste ! quelle richesse ! En entrant j'ai manqué de te traiter d'altesse... Ah çà! comment ton fils a-t-il pris ton départ?

BANVILLE

Mon fils, depuis l'hiver, a son ménage à part; Ma femme est de trois ans plus jeune que la sienne; Comment les accorder? Pour qu'une maison tienne, Il faut de l'unité dans le gouvernement; Toutes deux gouvernaient contradictoirement. Hortense aime beaucoup... j'aime beaucoup le monde, Mon fils ne se complaît qu'en une paix profonde. Il a quitte la place et vit comme un reclus. Je le chéris toujours.

BONNARD

Mais tu ne le vois plus.

Tes conseils le guidaient dans l'état qu'il exerce, Tu livres sa fortune aux chances du commerce, Tu t'éloignes de lui , c'est un grand tort; et tien , Je connais en province un fils comme le tien , Qu'un père comme toi vient de laisser sans guide. JjC fils a mal compté : voilà sa caisse vide; T^e mois touche à sa fin; dans ce besoin urgent, l*our le tirer d'affaire il faut beaucoujj d'ai'gent.

Page 1