‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 85 sur 166 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Il aurait dû lever cet impôt sur son père :

Mais comme ils sont brouillés, c'est en moi qu'il espère;

11 faut vingt mille francs : peux-tu me les prêter?

DAWVILLE.

C'est ma femme, monsieur, qui va vous les compter : Elle est mon trésorier.

BONNARD

c'est superbe ! et d'avance Je lui veux de ma place offrir la survivance. Ta femme!... Ah! mon ami, que tes goûts ont changé! Que je t'ai vu plus sage à mon dernier congé ! Tu t'occupais alors de tes travaux champêtres , A l'ombre des pommiers plantés par tes ancêtres , Debout avant le jour, doucement tourmenté Du démon vigilant de la propriété.

Tu pâlissais de crainte au bruit d'une visite, A tirer des perdreaux tu bornais ton mérite, Ta joie à faire en paix bonne chère et grand feu , Et ton piquet du soir, quand j'avais mauvais jeu. Te voilà citadin! le luxe t'environne; Un gros suisse est là-bas qui défend ta personne , Et tout cela, pourquoi? ta femme l'a voulu.

BANVILLE

Horlense! elle me laisse un pouvoir absolu; Mais elle y voit très clair; quand on a ma fortune.

176 L'ECOT>E DES VIEILLARDS.

Une capacité qu'elle croit peu commune, Sans prétendre à Paris au rang d'un potentat, Dans un poste honorable on peut servir l'Etat. L'espoir qu'elle a conçu me semble légitime , Et je lui sais bon gré d'une si haute estime. Toi-même qu'en dis-tu?

BONNARD

Rien.

BANVILLE

Parle franchement.

Sur une chose à faire on dit son sentiment;

C'est d'abord mon système, et, quand la chose est faite,

J'ai pour système aussi de la trouver parfaite.

Mais tiens, Paris abonde en amis obligeans,

Qui se font un doux soin de marier les gens.

Ils m'avaient découvert une honnête personne ,

Savante comme un livre, aimable, toute bonne;

Au cousin d'un ministre elle tenait de près ;

Ces chers amis pour moi l'avaient fait faire exprès.

Eh bien, j'ai refusé.

BANVILLE

D'où vient?

BONNARB.

Elle est jolie,

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