ACTE I, SCENE II
Eh quoi ! dans mon orgueil, quoi ! dans ma folle audace, J'étais jaloux d'un dieu dont j'usurpais la place ; Mortel, je m'indignais qu'un dieu fût mon rival , Et d'un homme aujoiu'd'hui je ne suis plus l'égal ! Et ce dieu, lui livrant mon amante ravie, Iah transporte d'un mot mon honheur et ma vie î Tu ne m'appartiens plus , tu veux m'ahandonner. Dans le fond d'un sérail ils vont t'emprisonner ! Non ! {{uel est cet époux ? est-il prince ou bramine? Oh 1 qu'il a dû vanter son illustre origine ! Quel est son rang, son nom ? où le faut-il chercher? Quel temple ou quel palais peut encor le cacher?
JVÉALA.
Calmez-vous, je l'ignore; hélas ! je crains mon père; Je ne sais point braver sa majesté sévère. Par un soin curieux je pourrais l'outrager; J'écoute, je réponds, et n'ose interroger.
IDAMORE
Alors, c'est donc à moi d'écarter le nuage Où se cache des dieux cette invisible image. Il s'arroge une part dans leur divinité ; Il voit comme un néant la faible humanité; 11 se trouble h l'éclat de sa grandeur suprême; 11 s'impose, il s'adore, il a foi dans lui-même.
J'irai le détromper.
WÉALA.
Parlez plus bas ; les vents Peut-être à son oreille ont porté vos accens.
IDAMORE
C'est mon vœu , mon espoir! eh bien, qu'il se présente,
Qu'il vienne de mes bras arracher mon amante.
Déjà contre le mien son pouvoir s'est heurté.
Il crut, dans ses complots contre ma liberté,
Me trouver à ses dons une vertu facile ,
Ou briser mon orgueil comme un roseau fragile;
J'ai repoussé les dons que présentait sa main,
Et son joug s'est rompu contre ce front d'airain.
jyÉALA.
Quel triomphe pour vous ! quelle vertu sublime , D'insulter aux objets d'un culte légitime! De la nature au moins n'outragez pas les lois. Parlez , si votre père eût réclamé ses droits , Auriez-vous méconnu sa voix auguste et chère? S'il respirait encore...
IDAMORE
Il vit ! ah, je l'espère !
11 vit!... de quel malheur viens-tu m'épouvantcr ? Excuse des transports que je n'ai pu dompter. J'ignore l'art trompeur, inventé dans les villes,