ACTE V, SCÈNE V
VICTOR
Estelle.
PEMBROCK.
C'est son nom ?
Elle est actrice ?
VICTOR
Eh! oui, que serait-elle donc?
PEMBROCK.
Figurez-vous, monsieur, que l'œil fixé sur elle. Je crus pendant long-temps ma lorgnette infidèle ; Mais au quatrième acte où, pour tromper Frontin, L'ingrate dit : Je t'aime, et lui promet sa main. J'ai reconnu sa voix, ce ton fait pour séduire, Cet accent de l'amour...
VICTOR , enchanté.
La scène a donc fait rire?
PEMBROCK.
Pas moi, je vous le jure; indigné, furieux. J'ai déserté ma loge et j'accours en ces lieux. Eût-elle d'Apollon tous les dons en partage , Puis-je lui pardonner un si sanglant outrage ?- Je veux, je veux la voir ; guidez-moi.
VICTOR
Pas du loul!
Vous troubleriez son jeu.
280 LES COMEDIEINS.
PEMBROCK.
Je la suivrai partout, En criant que l'auteur de la pièce qu'on donne...
VICTOR
Eh bien !
PEMBROCK.
En fausseté ne le cède à personne.
VICTOR, furieux.
Ah! pour le coup!...
PEMBROCK.
Qu'il faut dans les prisons du roi Lui faire apprendre un peu...
VICTOR, criant.
Mais cet auteur, c'est moi.
PEMBROCK.
Vous?
VICTOR
Moi, qui n'entends rien à vos mésaventures, Et veux avoir raison, monsieur, de vos injures.
PEMBROCK.
Mais c'est une caverne , et jamais les enfers N'ont conçu...