‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 59 sur 156 · ACTE V, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IL

Le prêtre les répète avec un œil farouche;

L'enfant même y répond. Je veux fuir, et soudain

Ce torrent qui grossit me ferme le chemin.

Nos vainqueurs, qu'un amour profane et téméraire

Rassemblait pour leur perte au pied du sanctuaire,

Calmes, quoique surpris, entendent sans terreur

Les cris tumultueux d'une foule en fureur.

Le fer brille, le nombre accablait leur courage...

Un chevalier s'élance, il se fraie un passage,

Il marche, il court; tout cède à l'effort de son bras.

Et les rangs dispersés s'ouvrent devant ses pas.

Il affrontait leurs coups, sans casque, sans armure...

C'est Monlfort ! à ce cri succède un long murmure.

« Oui, traîtres, ce nom seul est un arrêt pour vous!

«Fuyez, » dit-il, superbe et pâle de courroux;

Il balance dans l'air sa redoutable épée,

Fumante encor du sang dont il l'avait trempée.

Il frappe... Un envoyé de la Divinité

Eût semblé moins terrible au peuple épouvanté.

Mais Procida paraît , et la foule interdite

Se rassure à sa voix, roule et se précipite;

Elle entoure Montfort; par son père entraîné,

Lorédan le suivait , muet et consterné.

J'ai vu les citoyens, troublés par la furie.

Se déchirer l'un l'autre au nom de la patrie ;

110 T.ES VEPRES SICILIENNES.

Sur les débris épars, le prêtre chancelant j

Une croix à la main, maudire en immolant.

Du vainqueur, du vaincu, les clameurs se confondent.

Des tombeaux souterrains les échos leur répondent.

Le destin des combats flottait encor douteux :

La nuit répand sur nous ses voiles ténébreux.

Parmi les assassins je m'égare; incertaine,

Je cher(?he le palais, je marche, je me traîne.

Que de morts, de mourans ! Faut-il qu'un jour nouveau

Eclaire de ses feux cet horrible tableau?

Puisse le soleil fuir, et cette nuit sanglante

Cacher au monde entier les forfaits qu'elle enfante!

AMÉLIE

Inexorable Dieu , tu n'as point pardonné.

C'en est fait ! devant toi Montfort est condamné.

Courons...

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