ACTE V, SCENE III
AMÉLIE
C'est I^orédan!
LORÉDAN
O nuit! dans ta profonde horreur Ne vois-je pas errer leurs ombres en fureur? Français, ce cœur brisé vous plaint et vous admire; Ne me poursuivez plus... Le remords me déchire... Ah! les infortunés! ils mouraient en héros.
ELFRIDE.
Osez l'interroger.
LORÉDAN
Rendez-moi le repos, Mânes de mes aïeux ! je ne suis plus parjure.
AMÉLIE
Viens , approchons.
LORÉDAN
J'entends une voix qui murmure. Peut-être un meurtrier parmi vous s'est glissé. Oui , moi !
AMÉLIE
Ciel!
LORÉDAN
Et vos bras ne m'ont pas repoussé !
AMÉLIE
Je veux savoir mon sort et frémis de l'apprendre.
112 r.ES VEPRES SICILIENNES.
LORÉDAIV.
Seul dans l'obscurité pouvait-il se défendre? Sans doute à d'autres coups il n'eût point échappé. Il immolait mon père; eh bien! je l'ai frappé, Je le devais...
• AMÉLIE
Seigneur...
LORÉDAN
Est-ce vous, Amélie?
AMÉLIE
D'où vient le trouble affreux dont votre âme est remplie? Et quel est ce guerrier qui se traîne à pas lents? Il est blessé , vers nous il tend ses bras sanglans. Ah ! c'est lui, c'est Mon tfort.
LORÉDAN
La frayeur vous égare; Non, ne le croyez pas... Apprenez... Un barbare... Que vois-je? ombre terrible, ah! parle, que veux-tu?