‹ Théâtre de CalderonChapitre 21 sur 96 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Ub« «vtra chtoibn dans la naiton de don Jau.

Entrent DOfTA BÉATRIX el DON DIËGUB.

DON bl&GUB.

Quoi! Béatrix, m'enyojer chercher, ne pas craindre que Ton me Toie eotrer chez vous en plein jour , faire garder TOtre appartement et me recevoir dans celui de votre frère ! voilà de singulières préeaotiops. Est-ce de votre part bienveillance ou perfidie?... est-ce pour mon bien ou pour ma perte?

BÉATRIX

Ne vous étonnez pas de ce changement, seigneur don Diègue, et Doo plus de ce que je puis vous recevoir à cette heure dans ma maison... Quant à l'appartement de mon frère , si je l'ai choisi de préférence au mien , c'est que j'attends aujourd'hui une visite de Violante, et je ne veux pas qu'elle vous voie... Non , don Diègue, TOUS n'avez rien à craindre de moi; et loin de vouloir vous imposer mon amour, je ne pense plus qu'à seconder de tout mon pouvoir celui que vous ressentez pour une autre. Je veux vous servir en

apie, n'aspirant plus à un autre titre qui appartient à une dame

plus heureuse.

DON Diàcuk.

Lorsque j'ai reçu votre billet, j'ai éprouvé des doutes... loirsqué

j'ai va comment vous me receviez , de nouveaux doutes me sont

venus ; les discours que vous me tenez m'en dotanetit d'autres encore.

Je ne sab plus où j'en suis, et je vous prie de vous expliquer.

DON CARLOS, à part.

Que pemerde ceci? Parlent^-ils de leurs ehniils ou dés miens ?^ Éeoatoos.

BÉATRIX

8i TO«if ne toé eom^redez pas , seigneur don Biègue , quoique je f0tti ptrle fort clairement , c'est que vous nie voulez pas me comprendre; mais pour que vous m'entendiez^ enfin , ^e vais tout vous dire... Léonoè à pour vous abandonné la maison paternelle, perdu ses paréos, son rèpoé; son honneur... I)on Juan â le droit de se plaindre de vou^; dbn Gàrlos est offensé; moi, vous le savez , je pourrais atlli rdliè iidrèsèef des reprochés^ soit à cause de votre abandon injiirfeui; éolt à cause dé l'insulte que vous avez faite a Bia DMison... enfin, pou^ achever, le père de L^onor est à Valence. De toutei paru tous étè^ entouré de danigëri ; et avec tant d'ennemis réunis contré tooè , il vous faut ou vous décider à périr, ou épouser Léonor. Vous l'aimez, elle partage vos sentimens : et lorsque tout conspire votre perte , votre mariage avec elle sauve tout. Me eompmei-vous maintenant ?

OOlf DiàGUS.

Apfèt «■ tel Uagage , il serait difficile de ne pas tous compreiH ère. Mais penaettei-noi de tous répondre.

B^TEIX.

Pariei doac.

Dox CA&LOS, à part,

0«'est eed, grand Dieu I Ainsi don Diègue et Béatrix s'aimaient! Hais n'ai-je |»as asaei de bms diagrins sans aller m'occuper de ceux des antres? Ecoutons. Iei« du moins, il n'y a pas de feinte... Béatrix n'anrait point parlé de ses secrets les plus chers si elle m'avait su cacképfés d'elle.

DON DliGUK.

Je voudrais bien, Béatrix, pouvoir en ce moment me partager en deux pour remplir à la fois les obligations de cavalier et celles d'amant; car elles se contrarient mutuellement, et je ne sais comment répondre avec des sentimens si opposés qui se combattent et divisent mon cœur. Si je veux vous parler comme amant, vous ne me croira pas ; vous serex persuadée que ma tendresse cherche à vous abuser... Je vais donc vous parler purement et simplement. comme cavalier, car enfin je suis noble avant d'être amoureux... Déplus, Béatrix, je vous en supplie, imaginex-vous que ce n'est pas à vous que je pense; oublions tous deux, moi mon amour, vous votre jalousie. Je ne veux que me souvenir de mon devoir » de mon honneur ; et de votre côté , veuilles supposer que c'est une autre personne qui m'a interrogé, et que c'est à une autre que je réponds.

DON CARLOS, à part,

Yoilà bien des précautions.

DON DIÈGUB.

Me trouvant à Madrid, je vis Léonor, et sa beauté fit sur moi assei d'impression pour m'attirer nuit et jour dans la rue qu'elle habitait. Je vb, je regardai, je persistai, j'écrivis ; mais elle répondit a mes avances avec tant de hauteur, que ce n'était plus dédain, mais véritable mépris. Je me sentis blessé, j'eus peine à supporter qu'on ne m'accordât point ces légers égards que les femmes savent conserver même pour ceux dont elles rejettent l'hommage ; art charmant qui rend le dédain même agréable.... Cet art, Léonor ne l'employa pas avec moi. Irrité de mé voir ainsi repoussé , j'eus re-. cours au moyen ordinaire , c'est-à-dire aux suivantes de ma dame ; et l'une d'elles , que j'avais mise dans mes intérêts par le don de quelque bijou, me dit que les mépris de Léonor venaient de ce qu'elle avait un autre amant. Alors j'éprouvai de la jalousie... Et. ici, Béatrix, malgré la demande que je vous ai faite en commençant, je consens que ce soit vous-même qui m'écoutiez ; et j'espère que mon aveu ne me nuira point dans votre esprit ; car dans les rivalités d'amour, celui-là est inf&me qui voit froidement qu'un autre possède ce qu'il n'a pu obtenir... La suivante ajouta que sa maîtresse

JOURJHÉË m, SCÈNE H. 65

le proposait de se marier à son amant, et que sur cette confiance elle souffrait que celui-ci vint la trouver la nuit dans sa maison. Xoi, Béatrix, seulement pour me venger je résolus de m'en assurer... ' n'ajaot d'ailleurs d'autre but que de lui faire savoir que je connais- I tais son secret , afin qu'elle ne se donnât plus les airs d'une beauté Drgaeilleuse qui repoussait tous les hommages. Sa suivante me fit cacher dans un cabinet de son appartement: de là je pus bientôt ta Toir qoi sortait pour aller dans une autre chambre... Je la suivis dans l'espoir d'entendre quelques mots que je pusse ensuite lui répéter.— Ici, Béatrix, ce n'est pas à vous que je parle ; ignorez à jamais que don Diègue, pour se venger d'une femme, ait pu s'abaisser jusqu'à méditer un outrage.— Léonor m'ayant entendu, elle revint sur ses pas, son amant la suivit, et vous savez le résultat de la rencontre ; il est inutile que je vous le répète. Enfin, après tant d'areotares, je revins à Valence ; et je vous le jure, en me vouant si je neosà la colère du ciel, j'ignorais l'arrivée de Léonor dans cette ville. [ fiffléchissez, pour vous en convaincre, que je suis venu vous voir la nuit où je fus obligé de me jeter par ce balcon. Cependant, Béatrix, comme 1^008 aviez tout appris, moi, dans le désir de dissiper vos soupçons, je Tins hier au soir pour tenter de vous parler ; presque au même instant, don Juan, que ma mauvaise étoile semble exciter contre'moi, entra à ma suite. £n voulant me retirer, je rencontrai Léonor; mais, malgré la surprise que j'éprouvai en la voyant, et surtout en la voyant sons ce costume, je conservai cependant assez de sang-froid pour rabstituer Léonor à vous-même. Au milieu de ces événemens imprévus survint don Carlos. — Pourquoi donc, Béatrix, vous qui savez tout cela, me proposez-vous d'épouser Léonor, — une femme qui m'a toujours abhorré , une femme dont les mépris ont causé tout mes malheurs, une femme qui est venue à Valence avec un autre amant, une femme que je n'ai rencontrée dans votre maison que parce que je venais vous y chercher?... Était-ce à vous surtout de me faire une telle proposition? Si, pendant mon absence, vous avez donné votre cœur à un autre plus heureux, et que vous preniez mon aventure de Madrid pour un prétexte afin de rompre avec moi, eh bieq I Béatrix, abandonnez un homme qui vous aime, à la bonne heure I mais ne vous occupez point de me marier, car ce n'est pas de votre main que je dois accepter une femme.

DON CARLOS, à part.

^Ociell qu*ai-je entendu? Jamais homme fut-ii mieux désabusé I Ahl Léonor, ma chère Léonor, oui, tu disais la vérité.

BEATRIX

Et qu'espérëz-vous faire contre tant d'ennemis?

. nON DIÀGUB.

Quels sont ces ennemis ?

BÉATRIX

Moi, Léonor» don Fèdre don Carlos, ^t don Juan.

I LE PIRE ITEST PAS TOOIOOBS CERTAIN.

Dox mteui.

D» iMf mê mÊÊttÊÊÊê, Béitrix« je m ntode gve tmi «eoie,

flUélfÉ^nie antre T

«ravd chagrifl cTcpldt f«ir ràêlhitécn [fade celte allkire.

TeU ■«■ —tin; je Pal tq dans la rué.

Et le fini» c^est que le seigneiir don Pèaré est me li^

DOH DlIftUB.

rteb f Mm daé f ea naittant, à toni let malheiin dé eé gi

BÉATmiX.

Fw inporle que bob frère tous Toie icL Mais pour don P<

cniis.

Gé SMit Mn le père et le frère les ph» pooetuds qoe.f aie ji WAt.. 8n^fl6ttt4l h Aieindre ayentme , aoBshdt les Yoilà.

Mm DiteoB.

le Tab florènfenner ixà momenft dansi ce ctiUnet.

émis.

Bon f (^est tons les jours de même!

ooif CABios; Otk n'entre point ici.

DON DltojB.

ciel I... un homme* est là I

tàkTunL tihr BMAiè^t... Qui ce peâlnQ: ètret i Gndb.

2 C'est sans doute Abindarraèx qui a pris les deyaqs afin de ne 9 de trouTer sans gtte^.

Doit biiaiii.

Ne jouex pas ainsi l'étonnement... Lorsque tous m*aîfez Hdk

ehezTOtre mit pôiîr me proposer la main de Léonor, c'est qae yous Toaliez donner satisfaction aii rfyaf qui est là ^ché,^ en lui montfiut ^ililfods foiii Hiéù^ àé inoA mariage, mil, yiyi la detl...

BÉATRIX

Arrétei, don Diègue!

Entre LÉONOR.

LiONOR. I

D'où Tient donc ce bruit/ ittadamléf? Mais que Tois-je T

Hktttt, à don DiiiMê.

Je ne sais qui c'est.

£h bien! j'aurai le plaisir de Youà Tàpfièfmête,i, OéI; dùAÎeAt se réunir contre moi tous ceux qui ont conjuré ma perte , il faut que fè Vole ThimiAe il frtàeèa ou si lâcbè qu'il né ie ttMrfM jm Iksqn'nn autre le défie sous les yeux de sa daAXéf !

, Entre î)ON iCARLOS.

SON CARLOS

Ml telet Je pals éviter une affaire par égards, intb j^oIbI par lâcheté.

UtONOR.

destinée I quand cesseras-tu de me poursuivre T Entrent DON JUAN et DON PÈDRE DON JUAN.

Que se passe-t-il doncT

DON P&DRB.

Quelle ç^rtnge coDftiaiOD 1 je cherchais ua ememi^el j'en ai deux devant nioi !. .. Traître don Carlos ! vil don JHègue I. si, je ne puis me partager en deux pour vous frapper tous deux séparément , mettezvous du même cété» pour que je puisse vous frappei' tous deux du même coup.

DOÏr JUAI^.

Un moment. AViMÀ0 Recourir aux antteâ» TéydtoS'^i laf taiSOn ne peut pas tout arranger à l'amiable...— Don Diègue » Béatrix vous A-tr-eÛe parlé du moyen le plus simple et le plus facile de tout ter

miner?

DON DlàGUB.

Ce mojc» ne saurait me convenir. Il s'agit d'épouser une femm^ ^ ne nf i£ne pïi.

DON pàbRB.

Êh bien I don Juan , piiis^jè en entendre dàvaiatage ?— Blecburon' àmonépéet

poii CARiios

m LE PUS M'EST PAS TOUJOURS CERTAIN.

DOIT Jiuir.

QMit ^Foos le ûihmàtit lonqa'Q lefoM d'épouser Léonorl... Que Toolei-toiis doaet

SU eùl eoMenti, je le tuais.

DOR IQAH.

QO'CIM» dOMt

DOR CAEUM.

En «■ moaMBl toat esl châo^; el ■mmi amour aspire au bonheur 4'^Ottaer LéoDor.

DOR juah.

Ma» loê BoUfr de piaintesT

DO!f CARLOS.

4e tnis satisfait ; tous devei l'être aussi. Léouor, demaedons tous deui pardon à Totre péie.

Lioifoa.

SeigMur... ^

DOlf PÈDKK.

Ne me dis rien, ma fille... Mon honneur est rétabli; je n'ai plus rien à souhaiter, et j'oublie toutes mes peines.

DON JUAN

Ne me direi-fovs pas au moins, don Carios, le motif...

DOII GAKLOS.

Mais si tous le permettei?...

DOIf JUAll.

Sans doute.

DON CARLOS. Il te ploce enfre don Juan et don Dièguo. Laisse moi me plaeer ici.

BÉATRix, à part.

il va lui dire ce qu'il a entendu.

DON CARLOS

Don Diègue, Touillez donner la main à Béatrix.

DON DIÈGOE.

Et ma main et mon âme.

Gomment donc?

DON CARLOS

11 le faut ainsi, et cela doit yous apprendre le motif de mon changement.— Dans cette maison demeurent Léonor et Béatrix. Or don Diègue y est fort assidu... or, puisque j'épouse Léonor , il faut bien qu'il épouse Béatrix.

DON JUAN

.l'avais bien quelques soupçons. Mais je, rends grâces au ciel 4'a- Yoir vu le remède ayant d'avoir appris le mal.

GIN&S

Tout le monde taxi la paix, tout le monde se maria : à nous debx Inès. [Au publie.) Qu'après cet exemple, personne ne se méfie de sa dame, quelles que soient les apparences ; car malgré le proferbe : LE PIRE n'bst pas TOUJOURS CERTAIN. PardonnezHnous tous nos dé'

fauts.

f».^^^ry «''

Btmh mÊ irH maXhmr an nom appartient à ce genre de pièces qae noas appelons comédies d'intrigue et que les Espagnols nomment, à cause du costume dans lequel on les représente, comédies de cape et d*épée.

Nous n'anCAerons pas le lecteur a une analyse détaillée de cette comédie ; œ serait lui ifftoW III l^^|ttl8iè4iie|»&M^f^M^ j^»»s de ce genn « le plaisir de la surprise. Seulement nous croyons pouvoir annoncer sans péril une invention des plus ingénieuses, des situations charmantes, et dans les personnages accessoires de Tristan et de Flora beaucoup d'esprit, de ^Am et de finessf.

FUSfmiUGBS.

«a otiàM, FAUfiiB. ÂiniKLio, MO pin^

nimx,ttlet<Î6doBMis. uiAioo, «valiv.

»iM,nltid«dMGénr. um^iilaC.

woàtmMàféimfè, vloka

àWlaik

JOURNÉE PREMIÈRE

SCÈNEL

Entrent DON CÉSAR, DON FEUX et TRISTAN.

DONffÉLII.

Tons étêf toat joyeux.

DON GbAR.

Gomment De le serais-je pas, lorMiae aigourd'hui j'atteins le comble de mes souhaita T

DON Ftfux Et comment T

DON CÉSAA.

Prétez-moi YOtre attention. — Vous savez déjà, — comme étant nH)D ami si Téritable que nous ayons- deux Ames en chacun de nous, si toutefois nous nViTons pas à nous deux une seule Ame, — tous MTei combien de soucis, d'ennuis, de peines, de chagrins et de malheurs m'a causés rinyincible amour que je porte à dona Violante, depuis le jour où je prétendis, avec des larmes et des soupin, -^ ces vaines munitions de guerre, — battre en brèche des murs <I« diamiint, briser des rocs d'acier, pénétrer des mines de i^ierre et trÎTerèer des fossés dé ha. Un de mes plus tristes souvçnirs, vous 06 rigporeif; pa|, don Félix, c'est celui de la mort de son cousi'o l^orendo, avec qui j'eus une rencontre dans le champ, sous je ne HiiplM%uel FféUxte, «I que la jalousie me fiitser pam qull Mtait de son mefiage avee elle : combat déplorable.

72 BONHEUR KT MALlIKrU DU NOM.

lequel nous eûmes chacun une part égale de bonheur et de mùU heur; car le ^destin voulut, dans son équité, que le fayorisé mourût et que le dédaigné, restât vivant... Après cette triste aventure, il TOUS en souvient, je quittai Parme, mais sans que l'absence pût changer en rien mes sentimens; et cela vous montre, sans doute, combien ma chaîne est étroite et forte, puisque le temps qui détruit tout a été impuissaiU à la détruire. Après certains délais , le due monseigneur, voyant que personne ne se portait partie dans sa cause, ce qui tient sans doute à ce que Lisardo, un frère de Tinfor. tuné Laurencio, qui, depuis sa plus tendre jeunesse, est en Allemagne au service de l'empereur, n'a point voulu me poursuivre en justice, réservant, je crois, à son courage une plus noble veDgeaoce; enfin le duc a été libre de m'accorder mon pardon, et je suis rentré à Parme, en y ramenant avec moi mon amour et ma jalousie ;— car si l'amour, quand il est seul, peut oublier, l'amour jaloux n'oublie jamais; — et là je trouvai Yiolaiilo, s'il est possible, plus intraitable ■ et plus cruelle, comme si ma conduite eût été pour elle un outrage et eût augmenté ses mépris. Mais enfin, — pour revenir à ce que je disaistout-à-l'heure,— comme il n'y a point de diamant, il n'y a point d'acier, il n'y n point de pierre, il n'y a point de feu qui ne finisse par se rendre, car l'on travaille le diamant, on polit l'acier, l'eau creuse la pierre, et le vent apaise le feu : de même Violante, par un de ces miracles que l'amour a faits tant de fois , si nous en croyons l'antiquité, s'est laissé gagner à la pitié, et elle vient de m'écrire que demain....

Entre FABIO.

FABio, à don César, Seigneur?

DON césAR.

Que me veux-tu, imbécile ?

F ABIC

Le duc vous attend. II m'a chargé de vous dire, aussitôt que je vous trouverais, que vous alliez lui parler sans retard.

DON ciisAR, à don Félix.

Voyez quel est mon malheur! si je veux raconter mes tourmens, mes angoisses, j'ai du temps de reste; et lorsque je vais vous conter mos joies et mes bonnes fortunes le temps me manque... mais j'achèverai tout-à-l'heure ; veuillez m'attendre, je reviens.

DON FÉLIX

Vous n'avez plus grand'chose a me dire ; j'entrevois assez clairement que Violante veut enfin correspondre à votre amour. La beauté la plus dédaigneuse en apparence est toujours au fond du cœur content d'être aimée.

Don César sort.

TRISTAN

Vous STei bien raison, monseigneur. — Moi, comme je courtisais,

— n tous me permettez cette expression, — comme je courtisais une ceruioe donzelle, qui n'était qu'un amas d'os et de chair, et comme, par k grâce de Dieu , je suis aussi changeant que sensible , Je me Ussai; mais à peine s'en fut-elle aperçue, qu'elle me dit : « Polisson» mis^ble, inf&me scélérat , puisque vous avez commencé à m'aimer, vous continuerez, s'il vous platt, ou, vive le ciel ! vous mourrez sous le béton; car vous avez été bien hardi de m'aimer» mais 1008 le seriez plus encore de ne m'aimer pas. »

DON FÉLIX

Toujours le même, Tristan I... A tout propos» ta as quelque méduDteonte à placer. .

TRISTAN

Un pauvre hidalgo^ étant un jour à raccommoder sa culotte, un ^ les amis vint à entrer, qui lui dit: «Qu'y a-t-il de neuf?» A qwrtl autre répondit : « 11 n'y a que le fiP.» Et moi je vous dis de même; car si je me mets à rafistoler un peu vos vieilleries d'amour, tout ee qu'il y aura de neuf ce sera le fil de mes contes.

Entre DON CÉSAR.

DON CÉSAR

Ah ! don Félix, est-il un homme plus malheureux que moiT Comme nés pkuirs se changent vite en chagrins!... comme moncontente- Dwot fait bientôt place à la tristesse!... J'avais bien rabon de otindre que le temps ne me manquAt pour savourer à l'aise mon

bonheur.

DON FÉLIX

Eh bien ! qu'est-ce donc ? que s'estril passé?... Vous seraitril sur- Tenu quelque ennui?

DON CÉSAR

Oui, et un tel ennui, que le ciel ne pouvait pas m'en envoyer un plus grand ; car au moment où je commençais à vous dire que YioliDte cédait enfin à ma constance, et qu'elle m'avait écrit que son père allait demain k un village voisin où il a son bien , et qu'elle ne donnerait la nuit suivante entrée dans son jardin, — au moment où j'étais si près de toucher au bonheur, je m'en vois rejeté si loin qu'il ne m'est plus possible d'y arriver, car un millier d'obstacles Tiennent de s'amonceler devant moi.

DON FÉLIX

Quoi! sitâtt don César?

DON CÉSAR

Oui, don Félix, tous dont j'envie le sort, puisque vous n'aimez

*!» moi hidalgo, qnl ëUft prioiitiTement un titre honoribqne, est employé ici pour ctprater an genlilhomnie Taniteux et pauTre. Gomme la plupart dea ëcrivaina frantû qui ont peint les mœurs espagnoles l'out employé dans cette aocepUon, nous tvoM tn devoir le oonaerrer sans le traduire.

* La plaisanterie est dans le texte plus Tive et pins gaie , le mot m mo , «• «spafBol» %Ufiant lont à k fais niM/et nouveam.

ni ne senrei aucune dame^. Et pour que tous connaistiez toute ma disgriee...

Âdiefei, dmi Génr; toqi m'inquiétei.

DOIT cksAR.

Le due a appris que le prince d'Urbin dtait arriré en secret à Milan, où il tient. J'imagine, prendre le commandement des troupes de l'Empire eant^ les Suisses; et comme il est fort de ses amis et son proche parent, il m'envoie avec cette lettre lui présenter son compliment de bienvenue, et m'a ordonné de partir à l'instant même. You^ eoneevoi sans peine l'embarras où je me trouve : car si je ne pars point, je m'expose à perdre les bonnes grâces du due, et si je pars, je perds l'occasion que j'ai le plus souhaitée en ma vie; d'autant que Yîolante, Ignorant le motif et la nécessité de cette àbsenee, pourira croire que je veux par là me venger de ses anciens mépris, et nsprendra contre moi une haine que Torguéll blessé reii* dri cette fois iniexibie.

DOIV VEUX*

Je n'ai qu'une chose i yçus dire; c'est que vous pouvez, sans qu'on le sache, rester ici jusqu'à demain, et que de bons chevaux de poste tous feront regagner le temps perdu,

"PONO^SAR.

Cela est impossible, car le duc m'a coipmandé de partir en poste sur-Ie-ehainp» et dans un voyage de six jours en perdre deux est beaucoup.

DON ftiix^

Eh bien! tous pouyi^ aTcrtir Violante en lu! exprimant tous vos regrets.

DON CéSAR.

Je puis, en effet, m'^euser auprès d'elle; mais tont cela ne me rendra pas Vocc^on qijç j'oyais pour demain, grâce à l'absence de son père.

DON FÉLIX

]Mais que dit la lettre^

DON CÉSAR

Que Youlç^i-irous «ju'plle disç?... ce «ont les çoipplipicjns ordinaires.

oonf]!lix.

T ètes-vous nommé T '^

DON Cl£SAR.

Oui, suivant l'usage, sous cette formule : «c César Farnèse, mon cousin, va en mon nom, etc., etc.» C'est lé style usité, afin que !a

gersonne à qui Ton adresse la lettre sache (es égards qu'elle doit à \ personne qui la porte.

'i/j a /ci (/aii«i'origiDalnDe9r4esliitrtdiiiiible.BI)« tient à 1» K«Miem|>laqce qa'9 /f /i^ df ^ifUjI f reç Jf mot /(itf^, ^ il(p4|o W«^

DONF^LliU

Il n'y a rien de plus?

DON CliSJJU

Mon Dieu, non.

DON veux, Ktle prince dlJrbin tooi connall-il T

DOlt C^AR.

Il ne m'a jamais vu, et n'a sans doute Auprès de lai personne qui ■e connaisse... Il y a tant d'années qu'il est en Allemagne, au service de l'empereur!

DONF^UX.

Eh bien 1 si le cœur vous en dit, comme je ne suis pas plus connu ([ne TOUS à Milan, je m'offre à vous trouver un rempUçaoi} de telle iorteque vous puissiei rester ici eo secret et (|ouuer toute satisfiio^ tioB à votre amour. Et il n'y a là rien qui puisse offenser ni le duc si le prince d'Urbin : l'un aura envoyé son compliment, l'autre l'aura' nça.Il ne s'agit que de partir, de donner la lettre» et de revenir au flis tôt avec la réponse.

DON CliSÂR.

Quand bien même vous ne me feriez pas entrevoir autant de facilités, je suis dans une situation si critique, que je courrais volontien de plus grands risques.

TRISTAN

le crois bien que j'indiquerais un meilleur moyen d'arranger le tout.

DON FÉLIX

Tais-toi, imbédle.

DON diSAR.

Enfin, est-ce que tous consentiries à me rendre ce service?

DON FÉLIX

Je ne suis point de ceui qui donnent un conseil et qui reculent k Teiécntion. J'irai en votre lieu et place.

DON CESAR

Je vous baise les pieds mille fois, et...

DON FEUX

luesl de grâce, épargnei-moi. Entre amis tous ces remerdenieiis iont superflus.

DON CÉSAR

n n'y a plus maintenant qu'une difQcotté.

DON FÉLIX

Oa'estpce donc?

DON CÉSAR

J'ai à loufiher chef la seigneur Aurelio, père de Violante, une certaine somme que le duc m'a accordée pouir m'aider dai)ys mes dé fcnses, et ainsi on me croira pi us aisémenî parti; mSà ilm\^cxÛA& fus Violante ne m'ëttende plus demain.

n BONH£UR ET MALHEUR DU NOM.

DON F^LUU

n n'y t qu'à lui écrire un mot.

DON CÉSAR

C'est impossible. Je oe poarrais lui écrire qoe par une sienne saivtDte qai vient chez moi ; et avec la pensée où elle sera que je pars, elle ne Tiendra pas me voir de sitôt.

DON rÈLlT.

Eh bien! toos ayezTotre ordonnance de payement; et avec cela Totre Talet pourra se présenter chez elle sans péril.

DON CI&SAR

Ne le croyez pas. Depuis la 6n tragique de son neveu, le seigneuK Aurello, qui ne s'occupe plus de mon amour ni de ma jalousie « aoD^ toujours à sa vengeance, et s'il voyait dans sa maison un de net gens, je craint qu'avant de s'inrormer de l'objet de sa venue, il M se portAi cootre lui k quelque extrémité.

DON FEUX

n me vient une idée. Nous n'avons qu'à envoyer IVistan, qui, avec sa prudence, son esprit et son adresse ordinaire, détournera aisément tous les soupçons.

TBUTAH.

Je ■• pourrai jamais.

DOir FÉLIX.

Que craina-tn donc?

TRISTAN

On doit toujours craindre les soupçons d'un homme d'honneur >^«

DON CÉSAR

Puisque tu vas de ma part, le désagrément serait pour moL

TRISTAN

En voilà une bonne l J'ai une histoire qui revient à ce propos. Uia jour, un inspecteur de police assez mal parfumé se présenta devant son corrégidor, et lui dit en poussant des cris de fureur : « Une ser^ vante a exhibé avant l'heure voulue son vase de nuit, et tandis qu0 je dressais le procès-verbal, une autre servante a vidé sur ma propre personne le vase en question. Comme en ce moment j'écrivais d'à— près vos ordres, ce n'est pas a moi que l'on a fait cela, c'est a vous.» Sur quoi le corrégidor lui répondit d'un ton sévère : «Eh bien I ma» raud, qui vous permet de vous offenser des injures que l'on mo^ fait?» D'après cela, si l'on me donne du bâton là-bas, et que je revienne à demi mort, comme ce sera vous qui aurez reçu cette injure, VOUS pourrez me faire la même réponse.

• Xoeore ici nue grém qu'il doos a ét« ioipoMible de reproduire. Le verbe espagnol Aw ww f MT, qai isolé signifie donner un démenti , quand il est placé devant le mot sot- * u, signifie dêtotÊmêr d§s aoupçona. De là la plaisanterie de Tristan, qui fait im n â9tim»pnaûn qu'on le obaurge éà yotîM un dententi à Aurtlie

àêÊMt

JOURNÉE I, SCÈJNE I. 77

DON FÉLIX

Ne tlDqaiète de rien; ta yas porter la lettre, et au retour la

m'accompagneras k Blilan.

TaiSTAN.

Pour ceci, à la bonne hearel Cela me ta tufii bien que le reste me va peu.

DON viLou Ta êi donc du plaisir k ikire ee voyaget

TRISTAN

Certainement. Comme nous sommes en camaTai, el qa'à Milan nrtout c'est une époque de réjouissances y je compte m'amuser comme un bienheureux.

DON FÉLIX

Partons donc ! (A don César,) Je yais faire préparer les chevaux pendant que tous écrivez et que Tristan porte la lettie.

DON cisàM.

Dépéchons, car voilà une eicellente occasion.

DON FEUX

Pourquoi donc?

DON CÉSAR

Ceit que le seigneur Aurelio sort de sa maison , et en son ablence il sera plus facile de remettre le billet.

fiotre AURELIO, lisant une lettre.

DON FÉLIX, n est tout occupé à lire une lettre.

DON CÉSAa.

Tant mieux! il ne nous verra pas. (A Tristan.) Viens, je te dirai parla à quelle servante'tu dois remettre le billet.

Triiun demeure à la mèuM place, ea ngaidant Aarelio. DON FÉLIX.

Qu'attends-tu, imbécile?

TRISTAN

Laissez-moL

DON FEUX

Que fais-tu là?

TRISTAN

Je suis lÀ à supputer la force du tieux, pour Toir combien de coupa de bâton il pourra me donner sans reprendre haleine.

Doo Félix, doQ César et Tritian lortent.

AURBUO, Usant.

«Mon oncle et seigneurj je suis arrivé à cette cour de Milan , en » cachant mon nom et ma patrie. Bien que je désire vivement ren- » trer dans ma maison, je ne veux pas y reparaître que je n'aie vengé » la mort de mon frère. Et puisque ce malheur nous touche tous, f veuillez me faire savoir si don César Farnèse esi a^aTuife...^ V>Vi

parle.) C'est une honorable résolution que celle de Lisardo; mais je ne m'en étonne poiùt, puisqu'il est de inon ààii^... Et moi, ^ue dois-je faire?... Rien que l'idée de cette vengèaneé sbilrit à tnott cœur, qui consenre encore toute l'ardeur de la jeunesse ; cependant la prudence m'en moiftre le péril, et je stlis d'un Age où l'dii doit écouter plutôt la prudence que le ressentiment. Si je n'exéité (iàs mon neveu Lisardo à cette véngeanee, je manque à ce que je me dois à moi-même, et si je Vf ëhcoilrage, je manque à ttiti devoirs; car il serait mal à moi, dans udé aventure où j'ai déjà perdu l'un de mies névetit, dé ddtmet déS feonseils d'où puisse rééiilie^ la i>erte de l'fltltrë..: Je t>ëtiâaismàHerttià fille à celui ^uin'èét plti^,* Lis^i-do, devenu le chef de la maison, a succédé à son frère dàlis inon dë^ sein ; et l'exposer à la colère du duc, de qui César est le domestique et l'attiH, t'eêt àlIlHr eotit^ mon projet, puisque c'eèt le ineitl^ en péril d'être «illé à jamais... Qu6 dois-je dbùe fâU^ i^otir remplit avec honneur eette double obligatiod?... Le ciel me soit en aidel — Rentrons pour lui répondre ; je ti'ouverai bietl le knoyeti de le tenir en suspens jusqu'à ce que j'aie pris moi-même une résolution. A cet effet, il faut que je relise sa lettre. {Il reprend êàlêùtih^,] «Yebil< » lez me faire savoir si don Césat Farnèse est à Parme, et ayez soin ^u'oii Observe toutes ses démarches; j'irai bientôt le rejdndre. » Lorsque vous me répondrez, mettet pour suscHptiOti à Votre » lettre : « A don Celio, dans la maison du prince d'Urbin. »

Il sort.

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