SCÈNE m
On appartement chez Lldoro.
Entrent DON FÉLIX et DON CÉSAR, pois TRISTAN.
DON céSAR.
Pardieu ! vous m'avez conté là d'étranges choses.
DON F^LIX
Tout cela m'est arrivé depuis hier.
DON céSAR.
Mais jusqu'ici rien ne nous explique comment on a pu vous soup* çonner de l'enlèvement de dona Violante.
DON TÉUX,
Comment accorde^ cela avec son absence, après sa trahison ? — Tristan, d'où viens-tu donc?
TRISTAN
Je viens de me quereller, et voici ce que j'en rapporte; cela en ' dit assez.
OnfnppeàU porto- DON F^LIX.
N'a-t-on pas frappé?— Vois qui c'est.
TRISTAN
Malheur à moi quand je l'ouvrirai I
DON Tim.
J^l pourquoi?
JOURNÉE n, SCÈNE III. ISI
TRISTAN
Parce que cette porte est pour moi maudite, et qu'en laissant passer pour tous une centaine de cadeaux, elle laissera entrer pour moi cent coups de bâton.
DON FEUX
Allons, ya voir ; pas de folies !
TRISTAN
Madame la muette, attendez un peu.
Utort.
DON céSAR.
Ce sont deux dames habillées a l'espagnole et voilées.
DON FÉLIX
Ce sont probablement celles dont je tous ai parlé.
DON CÉSAR
Je Tais attendre d'un autre côté pour ne pas les gêner.
Uwrt.
Je Tais fermer la porte qui donne dans cet appartement, de peur que Flora, Libia ou quelque autre suiTante ne vienne à saToir qu'il est entré ici des femmes voilées.
Enlrent DO?ÏA SERAFINA et FLORA» Tofléei.
DOJÏA SBRAFINA.
Bien que j'aie eu aujourd'hui de vos nouvelles, passant par hasard dans Totre rue, j'ai désiré voir par moi-même comment vous alliez, et je suis montée.
DON FÉLIX
Je vous remercie de cette double attention, avec la reconnaissance que je dois à une bienveillance aussi aimable.
DONA SERAFINA
Je TOUS dois plus que vous ne pensez, don César, et je ne m'acquitte pas envers vous.
DON FÉLIX
Vous ne me devez rien, madame; car un homme est obligé de risquer sa vie pour une dame, et ne doit en attendre aucune reconnaissance, car c'est pour lui-même qu'il travaille.
DONA SERAFINA
Je ne me rends pas à votre avis ; car en admettant que vous ayez Invaillé pour vous, c'est moi qui en ai recueilli le bénéfice , et je né dois pas considérer les motifs de votre conduite, mais l'aTantage que j'en ai retiré.
DON FÉLIX
Pourquoi tous Toilez-Tous ainsi le Tisage, madame t est-ce que TOUS avez peur qu'on vous vole?
DONA SERAFINA
Ou ne pouvait me demander plus galammeuX ftV \^ %\û*\i^^<^*
I«î BONHEUR ET MALHEUR PU JîOM.
Si je VeiWf pensé, îq me clonneirçis un défpçjojti à moi-même.
PPifA. ÇEIUFINA.
Je ne suis pas si susceptible.
PQN FEUX.
Permettez-moi, madame, de vous r^p^tçr ^u ippii Qom ce que vous m'avez fait l*hoDDeur de me dire en entrant. —Vous, non contente de savoir comment j'allais, vous avez voulu le voir; et mpi de même, après vous avoir entendue, je désire vous voir également. Ne vous éloignez pas ; découvrez-vous , que je sache à qui je dois une si haute faveur; fonge^ qu'il n'y a que \t perfidie qui se cache le visage.
DOJ^A SERAFINÂ.
Je pense, au' contraire, que rendre un service et le cacher c'est ajouter au biei^iit;; Uf e'est ne pas demander en retour de la reconnaissance.
DON F^LK
Je vous serai toujours reconnaissant, madame, bien que f&ché en même temps. '
DONÀ SERAFINA.
En quoi donc puis^jç vous avoir offensé?
DON FÉLIX
Vous savez bien, madame, qu'envoyeir à un homme des joyaux et dçs bijoux dç prif » c'est plutôt payement qi;e faveur; et ainsi permejt.tez, jç yoi^s prie, que je rende à votre suivante...
DONA SERAFINA
Je me félicite d'autant plus de ne m'étre pas découvert le yisagç...
DON FEUX
Pourquoi donc?
DOJ^A SERAj^NA.
Parce que ainsi vous ne verrez pas la rougeuir qui V^ TOUf entendant a soudain coloré mes joi^ef.
DON FÉLIX
^e n'y croirai pofnt si je ne la vois pas.
DONA SERAFINA
Je ne puis vous le prouver; car, bien que je ne sois pas laide à fjBii^e j^|3ijgr, j'^i plus (jl'i^.ip^ ^otif pou^ ne pajs me laisser voir.
DON F^IX
Compilent?
DONA SERAFINA
Vous devez avoir vu ici dona Serafina, qui passe dans le quartier Dour ui^e ^Jf,\é accomplie, et après elle je ne vous paraîtrais pa# lien. "^
DON FÉLIX
JOURNÉE n, SCÈNE UI. 1S3
BOltA SERAFINA.
Moi! et pourquoi?
DON FÉLIX
Parce que si je reconnais qu'elle est belle à ce point, cela ne sera pas très-galant pour tous, et si je ne le reconnais paft^ te n6 MM pas fort gracieux pour elle.
DOftA SERAFINA.
Sh bien! remettez à une autre occasion pdur m'en dire totre a^is.
TRISTAN
Et TOUS, ma charmante, ayez-vous enfin recouyré la parole?
FLORA
Uit tout petit pen^.
TRIStAK.
En ce cas, avec tous et une certaine Flora qui demeure darii cette maison, noua ferions ouelque chose de bon*
FLORA
Que voulez-TOus dire ?
TRISTAN
Gomme elle parle beaucoup trop, et que tous vous ne parlez pas assez, en retranchant à l'une et en donnant à l'autre, on fefait deut femmes parfaites.
FLORA
Seigneur Tristan, les femmes doivent prendre garde à leur langue, car il n'est pas de défaut plus vilaih ^ë le bavahlage.
TRISTAN
Tons prèchëi, von^, taa belle! vous (tni êtes venue aTec votre maltresse nous voir ainsi déguisées!.. Ji me semble entendre un trèuffle qui chante à tue-tête l'acte de contrition et les couplets de Calâytao^s.
FLORA
n est vrai que cela ressetnble un peu à ce qu'une dame disait un ionr à uh cavalier: «Apportez-moi une bonne fourrure de martres ponr doubler ce cilice^.»
Allons, je vois qiië fàtks et Flora vous êtes de la même pAte.
FLORA
Etifiol; je Tols que tous et Tristan tous faites deux Anons.
DON FÉLIX
11 parait, madame, que les plus pressantes supplications ne servent de rien auprès de tous.
' Un poquHitô. PoquiltUo est le dlminatif de poquito, qui est lai-mAme le diminutif àapoeo (peu).
' Les couplets de Galaynoi (1^ copiât d» Calaynoi) qui oëlèbront les amoura du lUnttf^hjf^p^vrec (infuite Séyille, sont populaires en Es^^e.
* Gomme Tristan rient a'accùsèr Flora de faire de là moteXe i&iX k\ft«^^ t^ûAp^ mmoqaeàÊon tour dm pntique» d'une fausse dévotion.
DONA SERAFINA
n me semble à moi que vous n'avez pas à vous plaindre si je ne me découvre pas.
DON FÉLIX
Comment cela?
DOftA SKRAHlfA.
Vous avex protégé une femme voilée , roua Toyez nne femme voilée... vous devez être satisfait... Adieu, nous noua revenons bientôt , et peut-être aujourd'hui.
DON F^IX
Attendez... vous ne vous en irez pas; j'ai à choisir de vous laisser aller comme un sot , ou de soulever votre voile comme un cavalier discourtois ; eh' bien l de deux maux je veux choisir le moindre, et...
On frappe à la porta.
UDORO , du dehori.
Ouvrez.
DON F^X
Qui frappe là?
DOltA 8BRAFINA, bOif à FlOfO.
C'est la voix de mon père.
FLORA
Et comme...
DON FÉLIX
Vois, Tristan, ce que c'est.
nOtk SKRAFINA.
Attendez que je sois partie... Il doit y avoir Ici une autre porte?
DON FEUX
Non , vous ne sortirez pas de ce côté, car ce serait un outrage pour dona Sera6na, ei je ne veux pas qu'on me reproche d'avoir abusé à ce point de l'hospitalité.
TRISTAN, rm>9nanU
Cela va mal, vive le Christ! Monseigneur, c'est le seigneur Lidoro qui frappe.
DOJÏA SXRAFINA.
Je vous en conjure» laissez-moi sortir par ici.
Pour cela, non ; peu m'importe qu'on trouve ici une dame, tandis que...
DOÎ^A SERAFINA.
Qui vous empêche, seigneur don Félix?...
DON FÉLIX
Je ne veux point, voua dia-je, manquer à ce que je dois k dona Serafina.
DOÎ^A SERAFINA.
Elle vous saura gré elle-même que voua m'ayez laissé sortir, je vous en réponds^
JOURNEE n, SCÈNE IIL 115
DON TÉLOU Pl'OOTQI-lO'inol»
DOtA muunNA, iouUwmt ion voilé.
Tenei, regardei. — Toulez-Tous toujours qu'on me voie?
DON Fiux.
Dieu! qui Vfiti imaginé!... Sortez, sortex, madame, et pendant ce temps-là je Tais moi-même ouvrir à votre père, et je le retiendrai un moment pour qu'il n'aperçoive pas même votre ombre.
DOftA SBRAVINA.
Tiens, Flora*
noRA* Et vite; il arrive.
Dofia Serafioa et Flora vont poar sortir, lorsque entrent DOftA VIOLANTE
et NICE.
DOiA VIOLANTE.
YedHei me dire» je vous prie, si c'est ici l'appartement de don Félix.
DOftA SnAFINA.
Je n'en sais rien.
Dola SenfiM el Flon foneai.
DOftA noLANn.
. Cette dame n'a pas l'air eontent.
Nid.
n j a ici d'autres personnes qui pourront nous le dire.
Entre LIDORO.
DON F^LIX
Eh quoi ! seigneur, c'est vous qui faites tout ce bruit-là cbef vmuf
LIDORO.
Eh! sans doute; car chex moi on me traite en étranger, et outre que l'on ne m'ouvre pas, j'ai à me plaindre de l'bomme que j'ai le mieux traité.
DON F^LIX
En quoi vous ai-je désobligé, seigneur?
LIDORO.
En beaucoup de choses.
DON F^Lix, à part.
Hélas! il sait tout... et le pis est que Serafioa ou n'a pas eu la force de s'enfuir, ou n'a pas pu ouvrir la porte.
Entre DON CÉSAR.
DON CÉSAR
Quel est ce bruit, seigneur?
DONA VIOLANT!
Ab! Nice, voilà don César l
li» BONHEUii Et MÂLËEUtt DÛ NOM
NICE
Allez lui parler.
DOÎ^A VIOLANTS.
Je n'o^ë deVàùi tous ces témoins.— Sitence; écoutons»
LiDopo. ..
N'àl-je p'àk talion de iné plaindre, lQrsq[ue tous ieui tous vous èbndiiiséz à mon égard avec si peu de frânciiisè? Je you^ î^riais de voir piûtl(t èii moi un cavalier que rinlendant de la justice, et âe me dire où était cette dame, pour que j'arrangeasse votre affaire à Tamiable. Votis avez nié obstinément qu'elle fût ici, et vous avez mieux aimé qu'elle apprit en vous cherchant par la ville que don César était chez moi prisonnier l
DONA VIOLANTE, â pâft.
Don César prisonnier 1
UDORO.
Un de mes «spiobs m'a dit qu'elle s'était infbHnéé de dbti Fëlix. Sur ce, j'ai fait garder les portes, et elle ne m'échappera pas;l! ^ Mais n'est-ce pas elle que je vois?
DON FÉLIX
Seigneur, cette damé n'est pas celle que vous pensez. Celle-ci est entrée par hasard dans cette hjâisbd.
ui)6tt6.
Vous ne me ferez pas accroire ()îie des dames courent après des hommes à peiné airrités dàii^ cette ville , et àiirtbut <]|u'etle^ les viennent chercher chez moi. Allons, madame, vous êtes reconnue, découvrez-vous.
DON césAR, bas, à don Félix.
Il é'itiiaginé que c'est dona Violante.
DON FEUX, haSf à don César, Ah I don César, je tremblé t
DoÂA VIOLANTE, à part, Qh'ai-jeentëdbiit
UDORO.
N'étes-votts point dona Violante, fille du seigneur Aurelio?... N*étes-vous pas venue chercher ici doiî JPéïix ?
DONA VIOLANTE
Qu'est-ce que cela signifie, 6 ciel ? Qui donc peut lui avoir appris qui je suis? {Se découvrant,) Oui, seigneur, je suis dona Violante.
DON FliLIX.
Dieul que vois-je?
DON CÉSAR
Ouil elle!
DOÂA VIOLA^E^ .
Oui, seigneur, je venais chercher don Félix dans cette maison où
je retrouve don César, et où j'espère une protection que ie sollicite
â rospiedêm
JOUItNEE 11, SCENE III. 127
BON F^LIX, à pc^, .
Qu'est cedT... Qui donc a opéré sitôt un si grand changement ?
DON c^AR, à part.
Qu'est ceci?... Comment dona Violante est-elle venue dans cette maison ?
UDORO.
£h bien 1 ayouerei-TOiu à présent que voua m'aviei trompé?
DON diSAR.
ie ne vous ai pas trompé puisque je m'étonne de la voir. {A lioiUi Violante.) Ingrate! perfide! cruelle ennemie de mon repos, comment ètes-vous venue en ce lieu ?
DONA violante:
Pourquoi me parler ainsi, don César, lorsque je me suis exposée pour vous à tant d'ennuis, de fatigues et de dangers?
UDORO. *
Vous voyex, c'est bien elle.
DON càSASk.
N'est-ce pas aasex» beauté traîtresse, que vous m'ayez trompé làbas, sans que voua essayiez encore de me tromper iti ?
DONÂ VIOLANTE.
Bloi 1 je vous ai trompé?
bONOftSAR.
Vous le savez bien.
DOlÏA TlOLAim. '
C'est donc là ma récompense?
DON C^SAR
Vous en doia-je une autre ?
UDORO.
Ce n'est pas le odoment dé tous expliquer. Suivez-moi, madame ; et bien que je ne le doive pas à don Félix ni à don César , je suis celui que je suia, et j'agirai pour le mieux de vos intéréta,.* ( A don Pélix.) Voua, attendex-moL
DO^A YIOLARTE.
Je voua auia , aeigueiir.
UDORO, à part* Aussitôt que j'aurai conduit cette daine danâ Tappartement de dona Serafina, je mettrai don César dans un chàte^u-fort.
Lidoro, dola Violante et Nie* torlMii.
DONCiSAR.
DonaYlolanteicil
DON viuJL Dona Serafina ehei moi!
DON C^SAlL
Elle vebait chèrcbër âbn Félix!
DOS viulL IVehitMii pour moi tout dàaf^eri ^
DON C^AR
Qu*eiUc« que cela lignifle, don Félix?
Je n'y comprendi rien.
DON dfSAR.
Le temps nous dévoilera ce mystère.
DON FÉLIX
Sans doute; et combien je voudrais pouvoir abréger et presser temps t
JOURNÉE TROISIÈME