‹ Théâtre de CalderonChapitre 50 sur 96 · ETE · texte numérisé non relu

ETE

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lOURNËE 11, SCENE 1.

LÊONOR entre.

LÉONOR

J'y sois résolue, Syrène» Il faut enfin que je me déclare ; car je ne m'appartiens plus désormais, j'appartiens à mon époux. Va trouver doo Louis, et dis-lui qu'une femme... — Tu n'as pas besoin de prononcer le nom de Léonor; il suffit à un homme noble que ce soit une femme. — Dis-lui qu'une femme, comptant sur la loyauté à laquelle il est doublement obligé en qualité de militaire et d'Espagnol, le supplie de renoncer à son amour; que l'on s'étonne de M présence continuelle dans la rue, et que l'on ne souffre pas en Portugal la galanterie castillane... que je le prie de nouveau avec instance et larmes de s'en retourner en Gastille, de ne pas me mettre mal avec mon mari ; que sa conduite me peine et m'offense, et que 1*11 peniste, il pourrait nous en coûter la vie a tous deui.

SYRÈNB.

ie le lui dirai ainsi, si je puis le voir et lui parler.

LÉONOR

n ne sort pas de la rue. Mais ce n'est pas là qu'il faut lui parler ; tAdie de le rencontrer eh son logis.

STRÈNB.

Vous vous exposez beaucoup, madame.

BUe tort.

LÉONOR

Il vaut mieux me risquer à cela que d'être compromise davantage. U m'obéira, il m'écoutera sans doute.

Entrent DON LOPB, DON JUAN et MANRIQUE.

DON LOPB.

HâasI honpeur, quel sacrifice je te faisl

I^'année d'expédition ne tardera pas à se mettre en marche.

DON LOPB.

Une restera pas à Lisbonne un gentilhomme, un cavalier. Chacun s'empresse de se ranger sous les drapeaux... chacun veut être le premier à mériter par sa mort une louange éternelle.

MANRIQUE

Ils ont certes raison ; mais je ne suis pas de leur avis, et je ne tiens pas à mériter par ma mort ni louanges, ni comédies, ni intermèdes 1.

DON LOPB.

Tu n'es donc pas décidé, toi, à partir pour l'Afrique?

' Vanrique joae ici sur le mot loa, qui signifie éloge, louange, el aussi le prulogtin

d'auepièce de ifaéftlre. Tous les drames t^ ea f k d a Ça lderon soûl çrécéitôs d'uuvi (ouau>v«.

\loa) mi-parlée et mi-chaaiée, A II fin ^flHIBftn^^ ai\:kUOUcci\& v:^V^V- ^«&\«^>^\^

y«r rê sairre.

izn A OLTKAi^E <}LCKEÏ VE.NGEA>'CE SECRÈTE

Il poom le Cure qœ f ▼ aiUe; maîi ee sera pour yoir seulement, ec wiffnt poor avoir pir-dems moi de quoi conter. Qaanti tMT, je ae fcm p«s enfretiHlre k loi dans laquelle je suis né et daoa UqMlIt je vw. Car eain cette loi m dtt paf t c Tu^ae tâtrai ûMmn wà cMlica. » elle dit :c 1b m t— h pas > ta généni; et j« n'y wmmetttaà idêlcBent. Ce n'ett pM à aàil dlnteipiéter la caaaaBdcBeflt d« Dieu.

aeignear. L'ique vous loi dérobea.

VOX LOPS.

QaefMfteiVMfnieCastilUDel... Ikire de failli eoHpKneii fi de gi aï k MM flatterlei. 2loas autra Portagais, Mot préUftrool an sentiment le langage de la raison, parce qœ cdni qoi aime oomiBB il le dit, 6Ce du prii à sa manière de aesilir. Si raaMV est «reogie chez Tons, nu Léonor, il est mnet eiiez moL

XAXUQIIK.

El eiiez nmi, enragé comme un dteon.

DO!f Lon.

a me femble, Manrique, que toujours, adon ^e je suis tristei toi tu et content et joyeux. . i .. •' •.

IIAIIBIQUK.

Ditet-moi, je tous prie, monseigneur, feq^iel ^au^ fniei^ de h tristesse ou de la joie?

D02f LOPI.

La joie, cela est clair.

MIXRIQUE.

Eh bien! pourquoi Youdriez-yous que je laisse le. meilleur pov le pire? Tous qui êtes triste, ce qui n*est pas bon, c'est tous qi dcYez changer et derenir joyeux. 11 est bien plus raisonnable qi TOUS passiez, tous, de la tristesse à la joie, que moi de la joie à 1 tristesse.

Il tort.

L^NOR

Tous êtes triste, seigneur ? — Mon cœur a donc è se plaindre c j'ai à me plaindre de mon cœur, puisqu'il ne partage pas yot chagrin?

DON LOPB.

Des dcToirs que mes ancêtres m'ont transmis aTec le sang, et au quels m'obligent les lois dirines et bumaines, m'appellent et n troublent dans cette douce paix où je laisse reposer aujourd'b mes lauriers héréditaires. Le femeux don Sébastien, notre roi, • que puisse t-îl vivre de longs sièdes à l'imitation du phénix! —

ivépareà porter la gaenre en Afrique. II n'y a pas un cayalier qui demeure en Portugal; tous se sont réveillés à l'appel de la gloire. Ttsam désiré l'accompagner à cette expédition ; mais me voyant «ariéi je n'ai pas voulu m'offrir avant d'en avoir obtenu la per- ■ÎMion de votre bouche, ma Léonor. Ce sera un plaisir et un hon- Mor que Je vous devrai.

UÉONOR.

Ayant à me confier un tel projet, il était nécessaire que vous me doooasflei par vos paroles la force et l'énergie qui me manquent... Tous consdller de partir, mon cher seigneur, ce serait prononcer Bkoi-méme mon arrêt de mort.* Allez sans que ma bouche vous le diw, car la volonté ne saurait vous refuser ce que le dévouement 'wos accorde... Mais non; afin que vous voyiez si j'estime votre indinition guOTrière, je ne veux plus que ce soit l'amour, niais le eaange qui m'inspire. Donc, ainsi que vous le devez, servez dès njonrdlmi don Sébastien, — de qui le ciel prolc:^ge les jours I — fu le sang des nobles est le patrimoine des rois. Je ne veux pas m'il loit dit que les femmes sont craintives et qu'elles affaiblissent U vaillance des hommes, lorsqu'elles devraient au contraire l'exàks.,. Yoilà ce que mon eœur vous conseille, quoiqu'il vous aime tendrefnent; mais il vous parle comme si vous étiez un autre, et il neieat que trop que e'est à vous qu'il parle ainsi.

Elle sort.

DON LOPE

ÀVez-vous januiif vu une pareille valeur?

DON JUAN

En vérité, elle est digne que la renommée la célèbre au foin.

DON LOPE

Et TOUS, que me conseillez-vous?

DON JUAN

Moi, don Lope, je vous conseillerais autrement.

^ DON LOPE

Parlez.

DON JUAN

Celui qui vit dans les loisirs de la paix, heureux et tranquille,

apréà avoir déposé ses armes glorieuses, à quoi bon nettoierait-il la

poossièrQ qui led couvre?... Il eût été juste que je me fusse oifeif

pour cette expédition, moi, don Lope, si mes malheurs ne me con«

diinnaieiit à la retraite ; mais je suis forcé de me tenir à l'écart,

Rtree qu'il ne sied pas à un coupable de se présenter aux yeux de

•bb roL.. Si tslle est mon excuse, la vdtre, — c'est vos anciens ser-

vieil... La réputation que vous avez acquise vous suffit... Ne partez

fUf mon aini, non, ne partez pas ; croyez-m'en, quoiqu'un homme

vous reilènne et qu'une fiBiiime vous encourage.

i ,, : .. : . DONLOPB.

D^ me protège!.,. Puissé-je me donner mo\-mfem^\Wi toiivàX

Kh quoi! est-ce bien moi qui pense et parle de la sorte? faut-il que l'honneur ait cent yeux pour voir et cent oreill entendre ce qui le blesse, et qu'il n'ait qu'une langue ] plaindre de ce qu'il a vu et entendu?... Que n'est-ii ave sourd, au contraire, et plus puissant à s'exprimer, s'il est v souvent un cœur infortuné, fatigué par un si rude assaut, i ci éclate comme une mine en fureur?... — Plaignons-noi maintenant, plaignons-nous. — Mais je ne sais par où comm Moi qui ai toujours vécu irréprochable dans la guerre et paix, je ne m'attendais pas à être jamais offensé, et j'ignore gage de la plainte. 11 ne prend pas de précautions celui qi n'avoir rien à craindre. . . — Ma langue oserait-elle dire ce que Ahl qu'elle se retienne; qu'elle ne prononce pas, qu'elle n'i pas mon affront, car elle serait bientôt châtiée par ma mon moi-même l'offenseur et l'offensé, je vengerais moi-même n jure... — Qu'elle ne dise donc pas que j'ai de la jalousie, mot m'est échappé; je n'ai pu le retenir, et je ne puis le r« au fond de mon sein d'où il est parti, ce mot fatal qui, cou poison mortel, me consume et me dévore... Jamais serpent dans son propre venin, et c'est ma bouche, à moi, qui a di venin qui me tue... — Moi, jaloux, ai-je dit!... Que Dieu me aide ! Quel est ce cavalier castillan qui, planté devant ma f cloué devant ma fenêtre, se montre à moi incessamment com vivante statue?... 11 la suit partout, dans la rue, à la prome l'église, toujours tourné vers elle, de même* que l'héliotrope soleil, comme s'il voulait aspirer et boire les ravons de moi

JOUIlNËE lu I^CËNË H. idi

liW èKckté et que Lëonor m'eût retenu?... Oh ! oui, cela eût été beiocoup mieux, mille fois mieux ! — Voilà les charges ; — tojods U justification...; car si l'honneur veut condamner justement, il ne doit pas se décider sur des motifs aussi frivoles... N'esl-il pas possible, après tout, que Léonor m'ait donné ce conseil parce qu'elle est prudente et noble, parce qu'elle a le cœur haut et bien placé, parce que, Doi restant ici, ma renommée en souffrirait?... Oui, cela est pos-*nble, puisqu'elle dit qu'elle est affligée du conseil qu'elle me donne... N'est-il pas possible également que don Juan m'ait con- Killé de demeurer dans la seule pensée que rien ne me force à partir et que mon départ déplairait à Léonor? Oui, cela encore est possible... Et n'est-il pas possible aussi que ce galant ait arrêté ses TOCS d'un autre cdté?... Et même, en mettant la chose au pis, en nppogant que ce soit elle qu'il sert, elle qu'il attend, qu'il regarde, <pi'il aime, en quoi donc ces prétentions m'outragent-elies ? Léonor ttt celle qu'elle est, et moi je suis celui que je suis, et personne n'a le pouvoir de ternir sa réputation ou ma renommée... Mais si fait, 1^1... je m'abuse... Le nuage qui passe devant le soleil ne i'édipse pas pour cela; mais il le tache, il le trouble, et à la fin, — à la fin l'obscurcit... — £h bienl honneur, as-tu d'autres subtilités à ■'opposer encore? as-iu d'autres peines pour me tourmenter, d'aulitt frayeurs pour m'entourer, d'autres soupçons pour me tuer?^ Non.— Eh bien! tu ne me tueras pas, si la s'arrête ton pouvoir; ^ je saurai procéder en secret, sagement, prudemment, avec attenuon et vigilance» jusqu'à ce que je touche à ces circonstances soieries qui décideront de ma vie ou de ma mort. Mais en attendant 9>'dles arrivent» secourez-moi, grand Dieul secourez-moi!

Il tort.

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