‹ Théâtre de CalderonChapitre 52 sur 96 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Oat dyuMbre dtns It mtitoo de don Ldpe.

Entre STRÈNE.

STRÀNB.

A an trompeur, une rosée. Je me suis bien jouée de lui; maii 8*est encore mieux Joué de moi aTcc ses injures que j'étais obli de dévorer... — Qu'il eût dit que j'étais laide, passe encore, cela me touchait pas... que j'étais sotte, malpropre, pas dayantage.. mais dire que mes yeux pleurent la... quelle horreur 1 lime lepaj cher, le scélérat!

Entre LÉONOR.

lioifoa.

Ah! Syrènet

tTRilfl.

Madame?

lioifOR.

Que ton absence m'a inquiétée 1 — L'as-tu ya T

STR^NB.

Oui, madame, et il vous enyoie sa réponse dans cette lettre. Il dit en outre de yive yoix que si vous lui permettiez de yous une seule fois, après il vous laisserait tranquille et s'en irait.

LiONOR.

Que ta légèreté m'afflige 1 — Pourquoi donc as -tu pris c lettre?

STRilfB.

J'ai pris cette lettre, madame, pour yous la donner.

LÉONOR, à part.

Ah 1 pensée cruelle ! que tu t'insinues facilement dans mon co

SYRÈNE

Qu'importe maintenant que yous la lisiez ?

Tu as de moi une jolie opinion! Tais-toi, Syrène... Il faut la 1 1er... la déchirer. {À part ) Elle ne me comprend pas, cette vil, sotte I Ne deyrait-elle pas me presser, me prier de lire ?

STRÈNB.

Quelle faute, madame, a commise cette lettre, qui est yenui sans s'en douter, pour que vous la punissiez de votre colère ?

LÉONOR

Eh bien! si je la prends, tu le verras, que c'est pour la déchi

SYRÈNE

Ne la déchirez, du moins, qu'après l'avoir lue.

LIÎONOR.

// ifSiudraJt que tu m'en suppWasses \ivftw Iwv,

JOURJHEE II , SCENE 111. 185

Alors je toqs «a supplie pour ce pauvre jeiue seigneur.

lMonor.

Donne.— Cela te chagrine, il me semble. C'est poar toi seole que je brise le cachet^ ; c'est pour toi seule que je la lis, entendi-Ui, Syrèoe?

smftifs.

Je le Tois bien. — Ovrrez-la donc

lMonor, à part,

Qae peut-U aroir à me dire? — {Elle lU.) « Léonor, sH m'était pottible de tous obéir en vous oubliant, je pourrais Tivre; et après tous les ennuis , tous les chagrins que ce fatal amour m'a causés, ce serait de ma part être généreux envers moi seul que de renoncer à TOUS aimer... Plût à Dieu que cela fût en mon pouvoir! mail voilà long-temps déjà que j'essaye de réussir, et je ne le puis. Mon cœur s'obstine à vous aimer malgré mon malheur et vos ordres... Moi TOUS oublier, moi renoncer à vous ! Non, cet avantage n'est pas donné à un amant dédaigné. Mais vous , aimez-moi , accordez-moi une seule faveur, une seule grâce que j'implore, et ensuite, Léonor, je tâcherai de vous oublier si je puis. »

SYKksE,

Vous pleurez en lisant cette lettre ? Qu'est donc devenu cet orgueil si... féroce?

LÉONOR

Je pleure sur de tristes souvenirs que ces lignes me rappellent.

STRÈN&.

Qui bien aime, tard oublie.

LÉONOR

t'U présence de celui qui a porté un coup si funeste à mon cœur, nia blessure se rouvre et saigne de nouveau. — Je t'en avertis, Sjl'ène, avec ses poursuites insensées cet homme finira par me perdre ; oui, il me tuera et me perdra s'il ne s'éloigne pas d'ici.

SVRÈNB.

Cela ne dépend que de vous.

LÉONOR

Que veui'tu dire?

SYR&NB.

Vous n'avez qu'à l'entendre. Il dit que si vous consentei à l'enteadre une seule fois, il quittera Lisbonne aussitôt.

LÉONOR

£n réponds-tu, Syrène?

STRÀNB.

Oui, madame.

* L'action de déchirer 000 Jettre ou d'ep briser \e cacVi«Xi«i,\>t\i&« «c^ «i^^«\\^ Jemém» rerbe ron^Mr, que Calderoa a ëTidemmenV Tévé\Ai deiM\u ^^a» ca^w»^.

LÉONOR

Je ferai5 l'ipipossible, je V^voue, pour p)^fQ|ffr 4e \^\ gjjL'il p^t Mais comment, comment yiendrait-Çlt

STRinv.

Rien de plus aifë; prètei^oi yotre attep^on.. ISom ^Yops à rentrée de la huit ; ce moment est le plus favorable, il ne p^i plfli assez de jour pour que Ton reconnaisse un homme , et il n'est pu assez tard pour craindre que les Toisins ^*e^ étpi^p^ Hontàr gneur, ainsi que tous avez dû le remarquer yous-mème, ne rentn jamaif ^'^utsi bonnjs heure... Quant à aon Lpiifiiy je nf| douff) pu gù'il péspfi qanf la rfie. Je Tirais chercher et Tftip^eriàsdimf ^

Ëtle, où Ypus ppurrez causer avec lui et le réprimian^er k votre ^. i^n4ez4e uu in8^nt» et abandonnez le reste k la fprtunç.

L^NOR

Tu me fais voir tant de facilités, que tu enlèves toute dâibéraMoo et tp^lc braiifté k n^bn honneur. Ta doue; liA^-jtpi oe l^amener.

STR&NB.

Je cours et reviens.

Syrène lort.

LiONOR.

Quelque dangereuse que soit cette entrevue, je ftuis celle qne je suis, et je saurai me vaincre... Si ma force faiblissait... rhonneoi, qui m'a obligée de braver ce péril , me défishitra... Je trlemble... A chaque pas que j'entends il me semble que c'est don Lope; et m^me le soufQe de l'air, je me fi^re que c'est luL- Peut-élre qa'il m'écoute par là ? — Vaine imagination produite par la crainte ! — Faul-il qu'une femme noble s'expose à courir de tels risques!

Entrent DON LOUIS et STRÈN|S. Us marchent comme à tâtons.

STRÉENB.

Voici ma maltresse.

DON LOUIS, à part.

Hélas! combieft de fois j'ai souhaité ardemment cette occasion! Et maintenant je suis presque effrayé... Un sinistre pressentimeol me saisit le cœur.

LÉONOR, d part, 11 ne parle pas, et pourtant il importe qu'il se retâre au plus tôt.

DON LOUIS

Léonor ?

LliONOR.

Seigneur don Louis?

DON LOUIS

Ah! Léonor l

LltoNOR.

Seigneur don Louis, vous voilà dans ma maison... Je vous ai ae eordé Veotrerue demandée par vous... expliquez-vous sans retard

aiÎD que tous tous en retourniez... {A part. ) Épouvantée de moinéme, le puis à peii^p mp soutenir , et mon pœur se serre comme s^il s6 sentait pressé par un poignard.

V9U88fyez, befle L^onpf-, si tant est quevo^sn'ayejc pas oublié les |^i|^M^^s, depuis quel temps je vous aime. La première fois que }f TOUS Vis, que j'eus le bonheur de vous voir, ce fut dans la camtim qui est auji environs de Tolède, Yo^re patrie et la mienne. Towëtiez là avec plusieurs de vos compagnes, occupée à cueillir te fleurs qui, certes, n'étaient pas aussi fraîches et aussi brillantes ^evous. Vous savez aussi que...

LlioNOtt.

Laissez-moi parler, je Sjsrai p)us brève. Je sais que» duranl pluiiears semaines de suite, vous n'avez cessé de parcourir ma rue» de passer et repasser sous mon balcon, et que, sans tous décourager de mon dédain , vous m'avez témoigné un amour ferme et constant josqa'au moment où je vous distinguai. Alors, à la faveur dies ombres de la nuit, au moyen de ces ballets que nous échangions l'un arec l'autre par la fenêtre, suivant l'usage des amàos ^, nous formions des projets de nous marier ensemble, quand on vous donna npç compagnie et que yqus fûtes forcé d'aller Berviir le roi. Vous 1^^ yojxx U Flaufirp...

DON LOUIS

Ceci, c'est à moi de le dire. J'allai en Flandre; ià, naus don- Bàmesun assaut auquel périt bravement un cavalier aragonnais appelé don Juan de Benavidès. La ressemblance de mon nom avec le liea fut cause que le bruit de ma mort se répandit en Espagne, la nouvelle en arriva à Tolède...

LéONOR.

EUe Alt affreuse pour moi, et je pleurai amèrement. Mais je dois >M taim ici, quoiqu'il me (dt aisé d'invoquer pour mon éicuse ma ^tesse, mon chagrin, ma douleur. Ah ! que dé larmes j'ai versées Air votre sort, sjur le sojrt de notre amour 1... Que vous dirai-je? à la fin, les instances de mes proches ont obtenu que je me sois mari^ par procuration.

DON LOUIS

Je l'ai appris en chemin. Je me flattais de pouvoir rompre encore ce mariage ; et je courus à votre poursuite, jusqu'au moment où je TOUS rejoignis et vous parlai sous l(Bs haïÀis d'un marcbAnd.

€C ...Quê no eonsi^tun Xfna texa y un papel ?

■m à net t « À qmoi ne réoniiieiit pM une toile et une lettre? » Allarioii anx moyene IN les amans espagnols employaient poar conespondre. Le galant, venu la nnit sons

krfwêlnp ^ sfi dune, ^m lan^ 90 iiviit la rfyoase par té même ooorrier.

LÉONOR

J'étais mariée déjà; et puisque je tous ai détrompé, pourquo êtes-TOus Tenu ici î

DON LOUIS

Je suis Tenu seulement pour voir si j*ài lieu de me plaindra d TOUS. Si » dans cette conversation , j'acquiers la conviction qu TOUS aTCZ manqué à votre foi, je partirai aussitôt pour la Flandre où j'espère qu'une balle donnera la mort, non plus k don Juan é BenaTidès» mais à don Louis de Benavidès.

LiONOR.

Quoi! don Louis, tous voulez mourir? '

DON LOUIS

Oui, Léonor, si en sortant d'auprès de tous...

STRÈNB.

Voilà quelqu'un qui monte l'escalier.

LÉONOa.

Ahl ciell

Grand Dieu!

LÉONOR

Que faire? Cette salle est obscure; demeurez-y afin qu'on tous trouTe seul. Quand on sera entré, vous vous en irez. Mais ne pari pas pour la Flandre: j'ai besoin d'achever cette explication.— Vie avec moi, Syrène.

, STRÈNB.

Je TOUS suis.

Léonor et Syrène le retirent par là porte qui est à gauche. DON LOUIS.

Y a-t-il un malheur égal au mien ? Léonor et Syrène m'ont lai seul, incertain et troublé... Comment m'échapper au milieu des nèbres qui m'environnent?... Je ne connais pas la maison et je trouve pas la porte.

£ntre DON JUAN par la porte du fond.

DON juân, à part.

Cela est singulier qu'on n'ait pas encore allumé à cette heoie

DON LOUIS, à part.

C'est le pas d'un homme.

DON JUAN, à part.

Quelqu'un marche. (Appelant,) Holàl un flambeau 1 — (A Louis.) Qui Ta là? qui est-ce ? répondez l

DON LOUIS, sa heurtant contre don Juan.

Aht

Ib tiraal cfaanD lew ëpë« et te batti

DON JUAN

BépoadBM doncl répondez du moins à mon épée qui tous ii roget

DON LOUIS, à part, Voiei une porte, je suis sauYé !

U M retire par la même porte que Léonor et Syrène. DON JUAN.

OÙ esMl donc?

Entrent DON LOPB el HANRIQUE par la porte da fond.

DON LOPE, à paru J'ai entendu par ici un cliquetis d'épées, et l'on n'a pas encore fclairé l'appartement l (A JUanrique,) Va chercher un flambeau.

■aorique lort.

DON JUAN

Je VOUS ai demandé votre nom.

^DON LOPB.

Qui yeut savoir mon nom ici ?

DON JUAN

Do flambeau !

DON LOPB,

Un flambeau I

Le voicL

Âh! ciell Don Juan !

Bon Lope t Qu*e8t ceci?

Entre HANRIQUE, un flambeau à la main.

MANRIQUB.

Entrent LÉONOR et SYRENE.

LÉONOR, à part.

DON LOPB, surpris.

DON JUAN, de même,

DON LOPB.

DON JUAN

J'entrais dans cette chambre lorsqu'un homme en sortait.

DON LOPB.

Un homme, dites-vous?

DON JUAN

Oui. Je lui ai demandé à plusieurs reprises qui il était ; au lieu de me répondre il s'est tu.

DON LOPE, à part,

II importe de dissimuler... QuedonJuan ne croie pas que j'aie pu concevoir des craintes aussi misérables, (il don Juan,) Ueût été bon, inr ma foi 1 mon ami, que l'un de nous eût tué l'autre. C'était moimême qui sortais... Je n'ai pas reconnu votre voix..- M'entendant demander mon nom dans ma propre maison, ce\a m'«i '\m\.^\\^ "o^^ MaiM tu et j'ai répondu avec l'épée.

C'eût été un affreux malheur !

snkKÈm Udo bizarre aventure 1

^ DON lOAlC.

Quoi ! c'était vous?

DON LOPl.

Moi-même.

DON JUAN

Mais non, oei^ n'est pas possible, li'homme do qni je parle est tt» là-deaans, j*eii suis certain ; car il n'a pas pu sortir par la porte par où Yous êtes entré.

DON LOP«

Quand je tous dis que e'étidt moi. «

DON JUAN

Cela est étrange!

DON LOPE, à part,

quel ennui d'avoir un ignorant amil [A don Jum%. ) Eh bien l si vous êtes tellement persuadé qu'il y a quelqu'un eadië id, pendant que je vais visiter la maison, ^ard^sHpi^pi çetfe porte en vous tenant dans la pièce d'eiltrée.

DON JUAN

Vous pouvez conmiencer vos recherches en toute sécoflté. Il ne sortira pas par là, je vous en réponds.

DON LOPB.

Quoi qu'il arrive, ne quittez pas la pièce d'entrée, entendez-vous î

DONIUAN.

Je n'en bougerai pas.

Songez-y bien.

Soyez tranquille.

Ah I Syrène !

Tenez-vous.

DON LOFE, à part.

S'il se trouve que je sois offensé, j'aurai asse? d'empire spr moîmème pour conserver mon sang-froid ; et ma vengeance, que suivra un silence impénétrable, sera un enseignement pour le fnonde. {A MahriqupJ) Alloiuiy Manrlque, précède-moi avec ce flambeau.

HANtUQUB.

Moifielfnieart

DON LOPB.

OÊÊifâlkmi.

DON JUAN

Il sort par la porte da fond.

l4oNoa, baSf à Syrine, svRÈNB, bas, à Léonor»

JOURNEE II, SCEN^ Itl. 191

MANRIQUB.

Je n'oM. Je suis pea earieux des rereBanf .

DON LOPË.

De quoi a84a peur?

MANRIQUB.

De tout.

DON LOPB.

Eh bien S donne-moi ce flambeau et son d'id. Va rejoindre don loan. [Hîanriquê tort. — A part. ) Je n'ai besoin d'aucun témoin 4e mon malliear. (/I s'approche de la porte gtti est à gauche.) TojoDs de ee côté.

lioNOE» le retemanL

Non, seigneur.*.

DON LOPS.

UdieMnoL

LÉONOR

neit inutile, seigneur , que vous entriei... le vous garantis, je îN» atteste qu'il n'y a personne.

DON LOPB.

Alon, raison de plus pour que j'entre ; ce sera le mojren dé rasmer don Juan.

nsort.

L^ONOR

Hélas! Syrène, que le sort m'est contraire!... Quelle situation ttneile que la mienne! Je suis au désespoir, éperdue... Don Lope découvrira sûrement don Louis qui est caché... Le malheureux ! il a cra sortir par la porte qui donne dans ma chambre !... Ah 1 sans doute ils se seront rencontrés déjà ! Don Lope Ta vu et lui a parlé... ""Si je pouvais fuir encore!... mais non, son ami garde le passage; et d'ailleun je n'en aurais pas la force... Que le cid me soit en lids!

SnÈKEm

Bu eoniage» madamel

UiONOR.

Je ne suis toute que confusion et terreur.

Entrent DON LOPE et DON LOUtS.

Don Louis eitenydoppë de son maoteau jusqu'aux yeux et tient son épéd nae. Don Lope le sait, tenant d'une main son ëpée et de l'antre le flambean.

DON LOPE

9e VOUS couvrez pas ainsi le visage, cavalier.

DON LOUIS

Abaisseï votre épée, seigneur. A la plonger dans le sàiigd'uli komme qui no se défend pas il y aurait plui de honte que de ^iie.

DONIOPR.

Oaié tm fûttà f

DON LOUIS

Je suis de Castille, seigneur... Jaloux d'un cavalier qui rendait des soins à une dame que je servais, je l'ai provoqué en duel et l'ai tué... Eiilé pour ce motif de mon pays, je me suis réfugié à Lisbonne... J'ai appris ce matin qu'un frère du mort, me sachant ici, y était venu dans l'intention de le venger traîtreusement... On ne m'avait pas trompé... Ce soir, tout-à-rheure, je passais par cette rue , lorsque j'ai été assailli par trois hommes à la porte de cette maison... J'ai eu peur, je l'avoue, et pensant qu'il m'était impossi' ble de soutenir le combat contre trois hommes armés, je me sub précipité ici et j'ai franchi l'escalier. Eux, soit qu'une nouvelle at^ taque leur ait paru dangereuse, soit qu'ils aient respecté cet asile, ils ne m'ont pas suivi... J'ai attendu dans cette salle qu'ils se fussent éloignés. Lorsque je n'ai plus entendu de bruit dans la rue, j'ai voulu descendre; mais au moment où je sortais je me suis heurté contre un homme qui m'a crié : Qui va là? Je me suis imaginé que c'étaient mes ennemis; je n'ai pas répondu, et j'ai pénétré dans la chambre voisine. — Voilà, seigneur, pourquoi vous m'avez trouvé caché dans votre maison. — Et maintenant, seigneur, tuez-moi. Comme je vous ai dit la vérité, et que je ne veux pas que la vertu ait à souffrir de mon imprudence , je mourrai content... J'aime mieux périr victime d'un ressentiment honorable que d'une infâme vengeance.

DON LOPE, à part, A quelles incertitudes, à quelles anxiétés, à quelles craintes tout mon cœur est en proie!... Si cet homme m'inquiétait si vivement lorsqu'il se promenait dans ma rue, que sera-ce à présent que je l'ai trouvé caché dans ma maison, dans l'appartement de ma femme? Assez, assez, pensée cruelle, ne me tourmente pas davantage! Tout cela peut être vrai ; et quand même, ce n'est pas le moment d'éclater. — Sachons souffrir et nous taire, (^i don Louis.) Cavalier castillan, je me félicite de ce que ma maison vous a servi d'asile contre une trahison. Si j'étais encore garçon, je me ferais un plaisir de vous y offrir l'hospitalité, car c'est le devoir d'un gentilhomme d'accueillir de nobles disgrâces; mais, hors de là, je vous prie d'accepter mon assistance en toute occasion et de toute manière. Si l'épée d'un second vous est utile, comptez sur la mienne, et croyez qu'avec cette aide vous n'aurez pas besoin de tourner le dos à vos adversaires, quel que soit leur nombre. — Et maintenant, afin que vous puissiez sortir de ma maison en secret, nous nous en irons par le jardin, dont je vous ouvrirai moi-même la porte. Cette précaution, je le confesse, je ne la prends pas moins dans mon intérêt que dans le vôtre. Je ne veux pas que mes valets, — car les valets sont toujours les ennemis de ceux qu'ils servent, — viennent à raconter que je vous ai trouvé ici, et m'obligent à satisfaire une curiosité impoTUme. Quov^vx'W %ovv \m^^^v&s\!^

JOURNÉE II, SCÈNE III. i93

de douter de la sincérité de yos paroles, et que pour ma part j*en sois persuadé, quel homme ici-bas échappe à la malveillance? Quel est celui que la médisance épargne? quel est celui que le soupçon n'atteint pas? Et quant à moi, si je croyais... si même j'imaginais... fl j'oTsis seulement Fidée que quelqu'un essayât d'entacher ma répDtation , mon honneur , — ne serait-ce qu'une servante, une eselaTe,~viYe Dieu! ce quelqu'un, je lui ôterais aussitôt la vie, je taitirerab jusqu'à la dernière goutte de son sang, et je lui arracherais l'àoie, si l'Âme se peut arracher avec Fépée ou le poignard 1 — Tener; c'est moi qui vous éclairerai jusqu'à votre sortie.

DON LOUIS, à part.

Ma voix s'est glacée dans ma poitrine... Voilà bien l'arrogance portngaise!

Don Lope et don LonU aorteot par la porte de droite. L^ONOR.

Je respire!... cela a mieux fini que je ne l'espérais. C'est la pre» miére fois que le mal a été moindre qu'on ne l'avait pensé. Ali ! Syvine, pour tous les trésors de la terre je ne m'exposerais pas à une pareille situation.

DON LOPE rentre.

DON LOPE

Léonorl

LIÊONOR.

Que désirez-vous, seigneur? Ce cavalier vous a dit le motif pour lequel il était entré. Vous savez que je ne suis pas coupable, qu'il a'y a pas eu de ma faute.

DON LOPE

Un époux qui vous aime et vous estime n'a pas l'intention de vous gronder. Non, Léonor, je veux seulement vous dire que puisque ce cavalier s'est déclaré avec nous..^

LIÉONOR.

ITa-t-il pas dit tout-à-l'heure qu'il était de Cas tille et qu'il s'était rtfagié ici après avoir tué un homme ?... Je n'en sais pas davantage, iBoi, seigneur.

DON LOPE

Pour Dieu! Léonor, ne vous disculpez pas, vous me tuez. —Non, léonor, vous ne pouvez pas en savoir davantage; mais il suffit qu'il se soit confié à nous pour que nous lui gardions le secret... Tii, Syrène, ne dis rien de ce qui s'est passé à personne, non pas Qênie à don Juan.

Entre DON JUAN.

DON JDAN.

Tous avez été si long-temps, don Lope, que je commençais à concevoir de l'inquiétude.

DON LOPE

Ed rérité, don Juan, il est aimable à "vous à&.jB^lii&>^'^^^

courir par toute la maisoiiy lorsque je suis sûr qu^ c'était moi. Preoeî à votre tour le flambeau» a'il vous platt, et visitez-la.

DON flJAN. ,

À quoi 1>0D, puisque je suis persuadddésprmaili que c'était vpnst Je me suis trompé, j'eo conviens.

DON LOPB.

Eh bien! nous la Tinterons ensemble unb seconde foif.

DON JUAN

Si TOUS le Toulei absolument, je ne m'y refuse pas.

LBONOE, haSt à Syrène.

n ne soupçonne rien?

STaàNB, bas y à Léonor Non» madame.

non JUAN» à part, n f^tauf^e ii'alMifflr, moi qui souhaiterais tadt qu'à eft^raisAo.

DON LOPR, à part.

C'est ainsi qu'en attendant i'oecasion faTomble-, celui qé méëUfl une Tengeance doit savoir souffirir et se taire.

JOURNÉE TROISIÈME

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