SCÈNE I
Le port de Lisbonne.
Entrent DON JUAN et MANRIQOË.
DON JUAN
OÙ est donLope?
IfANRIQUÈ.
n est entré atl pàlhU.
DON JUAN
Cherche-le, et dis-lui q[ae je l'attends.
j MANRIQUB.
Cela suffit.
11 sort.
I DON lOAN.
En attendant qu'il Tienne, réfléchissons à loisir, et àU^si firoidëment que possible, sur là conduite que doit tenir un homme qui veut réveiller l'attention d'un ami sur les dangers que court son honneur. — Moi je suis plus Complètement dévoué à don Lope que jamais homme ne le fut à un autre; jamais homme b'a eu ^oùir un autre ramiUé que j'ai pour M. le éùis son hôte; sa fortune est la ijaienne; il m'a coûfië «A irle, aûu lan^, Ç>ommftia W^> (^ \iaLl poumiê-je payer d'ingratltade Unt 4b to>^^ " •■■ •' >«^^v*i* ^vx,-
UdiemeiitT... PiNimi-je Toir que sa renommée tooffire, sans loi iftir ma yie pour l'aider à se venger? Pourrai-je sans cesse entendre nurmiirer autour de moi que ce Castillan aime Léonor» qu'il b courtise, et qu'elle Tencourage, et le lui laisser ignorer, quand je le sais?... Non, certes; et s'il était satisfait, comme son honneur ut le mien, je me chargerais de la vengeance, et je tuerais sana délai le Castillan. J'y mettrais la prudence nécessaire, et Ton ne saurait H> pourquoi je l'ai tué... Hais pour qu'il y ait réparation Téri- Uble, il faut que le bras qui châtie soit le bras de celui qui a reçu l'iojure... Je dirai donc clairement à don Lope qu'il ne se mette pas îla disposition du roi, qu'il est important qu'il ne s'absente pas de Lisbonne... Mais s'il me demande la raison de cela, que lui répondrai-je?... Rien; car celui qui dit à un homme honorable que lOD lionneur est en péril , celui-là même le déshonore... Que doit ^he ftire un ami dans ma position ? Si je me tais je l'offense, je l'ofDDsë si je l'avertis, je l'offense encore si je punis son outrage... Bilasl... — Mais lé voici qui Tient. Il n'aura pas à se plaindre de jioi; ce fera lui-même qui me conseillera ma conduite.
Eolrepi DON LOPE et HANEIQUE.
DON LOPB.
Betoume-t'en i la maison de plaisance, Manrique, et dis que je De tarderai pas moi-même à m'y rendre, que j'attendf le moment de pirler au roi.
HANRIQim.
Toilà le seigneur don Juan qui désire vous parler.
Iliort.
DON LOPB, à part, Qne sqra-tril donc ^vé? i quel propos peut-il être venu? [Baut,) KhMen! don luan, qu'y a-t-il de nouveau? (A part,) Oh! qu'un kmme est craintif q^i^nd il interroge sur son ipalheur l
DOX JUiJf.
PoQ Lopp» mop ^mi) jç viens, —nous serons seula io), — ipe cpn- (oHer avec vous sur une affaire délicat^.
DON LOPE, à part,
.fiepueiffQBS nos liorc^ pour entendre le récit de ipe^ di^àces. (îffNfr) Parle?^
DON JUAN
tn ami m'a demandé mon opinion sur une question que je n'ai N> voulu résoudre sans m'étre éclairé de votre avis.
DON LOPE , à part.
Je tremble! (Haut.) De quoi s'agit-U?
DON JUAN
Veid le MU Ub de ees jours passés, deux Kentilifaom nMi #tan t à Joiur «MCTibie» UB doute s'est présenté sut un tÊÊkmtÊÊÉé'mt a dOBné ub démenti à VanUt^
itflifaomn Mi #ta nt a
milieu de la dispute, des cris, du tumulte, celui qui a reçu le désienti ne l'a pas entendu. Depuis, un ami de ce dernier ayant appris la chose et voyant que Ton blftme son ami, me demande— s'il y a devoir pour lui de dire franchement à l'autre ce qui en est; d'autre part, s'il convient qu'il laisse en souffrance la réputaUonifi son ami, puisqu'il est insuffisant à le venger?— S'il se tait, ill'otttrage; s'il l'avertit, il l'outrage peut-être également... Lequel vaut mieux, don Lope, qu'il l'avertisse ou qu'il se taise?
DON LOPE
C'est là-dessut que vous désirez mon avis?
DON JUAN
Oui, don Lope, je tiens beaucoup à l'avoir.
Laissez-moi réfléchir un instant. (^ part,) mon honneur 1 « t'effarouche pas, car il ne faudrait qu'une inquiétude de plus poui bouleverser et anéantir ma raison... —Sans doute que don Juai m'interroge d'une manière détournée sur un sujet qui me regards Il a donc vu quelque chose de fàeheui. Dois-je l'engager kn^V révéler? non. — (Haut.) Tout bien considéré, don Juan, puiiqw vous voulez mon opinion, il me semble qu'un homme ne peut pi être en même temps outragé et ignorant de son outrage. Quand Qi homme dissimule son offense afin de ne la pas venger, c'est qu'il S sent coupable au fond... Dans un cas aussi grave que celui quevon me soumettez, on n'a rien à reprocher à l'homme qui ne sait pa rinsuite qu'on lui a faite... Tout ce que je puis dire de moi, c'a que si un de mes amis, le meilleur de mes amis, comme vous, pi exemple, venait me faire une pareille confidence, le premier si qui je me vengerais, ce serait lui; car il est cruel, atroce, de jeb au visage d'un homme ces mots : «Vous n'avez point d'honneuri Ëh quoi I mon meilleur ami aurait le droit de me donner le pV grand chagrin!... Oui, j'en atteste Dieu qui m'écoute, si moi-méi je m'étais dit cela, je me donnerais la mort à moi-même ; et pou tant je suis, moi, le meilleur de mes amis l
DON JUAN
Je vous remercie du conseil. Je le donnerai à l'ami qui n consulté, en lui recommandant de se taire. — Demeurez avec Die
Il sort.
DON LOFE
Il est évident qu'il s'agissait de lui et de moi, et qu'il eonn. l'infidélité de Léonor... Eh bien ! lui qui sait mon affront, il sai aussi ma vengeance, et le monde la saura. — Assez, mon honnei Celui qui en est venu à soupçonner n'a pas besoin d'er veni croire, ni d'attendre que le mal soit arrivé. — Puisque son inco gtance nourrit un si méprisable espoir, je retournerai là-bas, je r<
fierverai en silence, et au premier &V^ue ^^ %^ u^lÂ&o\i \q ferai
ma vengeance un enseignemenl.
JOURNÉE III, SCftNB L lt7
Bnlreal LE ROI et le Cortège.
u SOI» à un seigneur de êa mite.
U eommun peuple s'est, dit-on, installé dans le jardin qu'on appdie le Jardin du roi, afin de jouir du coup d*œil que présentera faniée à son départ. Il n'importe; je ne Teux pas demeurer jusqu'à àmain à Lisbonne. Que toutes les troupes soient averties que nous Kmi mettrons en marche cette nuit.
Laseifseor nlae et te retire.
^ DON LOPB, à part.
Je n'aborde le roi qu'en tremblant. Non seulement mon malbeor me désole ; mais il me cause un embarras, une bonté... U me semble que tout le monde connaît ma disgrâce et me montre au doigt. {Au iei.) Permettez, sire, que je vous baise les pieds.
LE ROI
Ab! don Lope d'Almeyda, si j'avais votre épée en Àfirique, j'aunii bientôt triompbé de l'insolence des Maures.
DON LOPB.
.QMnment! mon épée pourrait-elle demeurer dans son fourreau, boque vous, sire, vous tirez la vôtre? Non pas; j*irai mourir avec nu^ Quel motif assez puissant me retiendrait en Portugal en cette leeasionT
LE lOi.
N'ètes-Tons pas marié?
DON LOPB.
Ont, sire; mais le mariage n'a point changé mes sentimens; loin à là, il me ranimerait s'il était besoin, et m'exciterait à conquérir fias d'honneur.
LB ROI
Gomment! vous laisseriez seule votre épouse, si nouvellement ayiée?
DON LOPE
Elle serait glorieuse, sire, de voir qu'elle vous aurait donné pour cette entreprise un soldat de plus dans son mari ; ear elle a le cœur plein dé noblesse et de courage; oui, elle s'affligerait bien autre- Beat si je n'étais pas à vos côtés, sire. Je vous servais auparavant «foor ma renommée à moi seul, à cette heure ce serait pour la sienne latant que pour la mienne prepre. Ainsi elle ne sera pas un oblUde à mon désir.
LE ROI
Je vous crois; mais il ne convient pas que je vous démarie si promptement. Quoique cette eipédition demande le concours de tons mes vaillans, j'aurais regret de vous emmener, don Lope. Vous teiez faute en votre maison.
Le Roi son avec sa suite.
DON^ LOPB.
JUeu me moU en aideL.» Qu'ai-je enVendut
^âgeî... mon âme! n'étiez-vous pad assez abreuvée de douleurs < d'affronts?... — Eh quoi! mon offense est tellement publiqi qu'elle est parvenue déjà à Toreille du roi !... U n'y a rien là d'i tonnant^ il était dans Tordre qu'elle m'arriv^t en dernier!... - Fm^U jamais un homme plus malheureux?... Si yoiis avie^c quelqi fnipie à punir en moi, 6 ciel I n'eût-ce p^i étii une piinition pli douce de détacher un foudre qui m'eût réduit en poussière, que i m'envoyer cet avertissement, ces paroles du roi, me disant d'uD U grave et sévère — que je ferais faute en ma maison?... J'aura mieux aimé encore que ces monumens qui m'entourent fusseï tombés sur moi et m'eussent enseveli vivant sous leurs débris; î auraient moins pesé sur mon sein que cette injure, sous le poids i laquelle je succombe anéanti. — Hélas I honneur, vous me dev beaucoup ; réglons ensemble nos comptes... Que me reprochez-vow En quoi, dites, vous ai-je offensé?... A la renommée héréditaire qi mes ancêtres m'ont transmise n'ai-je pas ajouté la réputation qi j'ai acquise au milieu des périls dans vingt batailles rigoureuses?, n'ai-je pas été toute ma vie courtois envers le faible, libéral av le pauvre, et le protecteur du soldat, et l'ami de l'honnête homtaK Et dans mon mariage même, hélas t en quoi ai-je manqué ? N'aipoint fait choix d'une femme de noble race et de qui l'on vai tait le mérite?... Et depuis, n'ai-je pas aimé mon épouse? ne 1 ai-je pas témoigné assez d'estime? n'ai-je pas eu assez d'égards, ass de soins pour elle?... Si donc je n'ai manqué en rien, si jen' d'aucune façon été coupable envers vous, ni par méchanceté, par ignorance» si je n'ai commis ni crime ni délit, pourquoi aie m'abandonnez-vous? — Pourquoi? — lois insensées du monde L Quoi I un homme qui a fait pour être honoré tout ce qui était ^ son pouvoir, ne sait pas même s'il est outragé!... Quoi ! un homr sera blâmé pour la conduite d'autrui si elle est mauvaise, et non a plaudi si elle est bonne ! car jamais on n'a estimé personne po les vertus d'un autre!... Quoi! un homme sera déprécié, moqu raillé pour les vices de celle qui, crédule ou facile, a rendu si orgueil aux premières flatteries de son caprice déréglé l... Comme a-t-on mis l'honneur dans un vase si fba^gilb?... — Mais trancho ces discours... ce serait à ne pas finir que de vouloir accuser! folles coutumes des hommes. Je ne peux rien contre elles et le suis soumis dès ma naissance... Ce n'est pas pour les réformer, i changer que je vis, c'est pour leur obéir. — J'irai avec le roi, et i venant bientôt sur mes pas , j'aurai l'occasion que je désire... sera la plus éclatante vengeance que le monde ait jamais vue... roi apprendra, don Juan apprendra aussi, et les siècles futurs a prendront œ que e'est qu'un Portugais outragé^ !
On enlend uu di^ueiis d'épiées dans le loinUîo. ' Ce moteeêm «rt imité d'un autre iMmo\og;ae du Jaloux iprwienc {fÀ Z^losoprwkn
JOURNËE m, SCENE 1. IW
Batre DOH Jfii^N. Il poursuit plusieurs hommes qui fuleot.
DOIT JUAif.
Miénbles que wow êtes! je Tai vengé mon«dénienti I
UN HOHMB, fuyant, Fujonsi foyonst Par icil
il tort.
UNE Yoa, deTtUre le théâtre, h fui* mortt
DON LOPE , à part. N'est-ce pas don Jnan que j'aperçois ? ( Â don /tian.) Vous m'aurei poar second. Disposez de mon bras, de mon épée, mon ami.
DON JUAN
SI je TOUS ai avec moi, je ne crains pas l'univers.
DON LOPE
Di ont foi. Si vous tenez à les poursuivre, covroiif.
DON JUAN
Les lâches ! les misérables I
DON LOPB.
Que s'est-il donc passé?
DON IJSÀJH.
Âkl don Lopel
DON Min.
Calmez-vous, mon ami.
DON njAN.
J'en mourrai de douleur et de rage. ,
DON LOPB.
Qu'est-ce donc?
DON JUAN
le viens de reeeroir k l'inatant une nouvelle insulte i propos de Mie olfense que Je croyais oubliée, car je me flattais de l'avoir en- ■Bielie dans ma vengeance. Hais, hélas l je m'abusais; la vengeance ^ l'on tire d'un outrage ne l'efface paa»
DON LOPB.
Kqdiqnei-Tovs, mou ami, de grâce I
Quand je vous ai eu quitté, je m'en suis allé de ce c4té, dans le %Bt de retourner k cette campagne où vous avei transporté votre maison pour le temps de votre absence. Je m'en allais sans songer à rien, ou du moins l'esprit occupé de toute autre chose. J'étais parvenu là-bas, vers cette plage battue par la mer. Il y avait là qnriques hommes qui formaient un groupe. Au moment où je pasiiis, l'un d'eux dit aux autres : « Voilà don Juan de Silva.» — Moi, ^'euCendant mon nom , je prêtai l'oreille. — « Et qui est ce don
à% Tino de Molina, à qai notre |K>èic a auni empranvë v^aft\ewt déVàWi ^^ Mid«v\ ^
Juan?» demanda un autre. — «Comment, reprit le premier, voui n*aYez pas oui conter son aventure? C'est lui qui reçut le dément de Manuel de Souza. » — Moi, ne pouvant me contenir davantage je tirai l'épée en lui disant : «C'est moi qui ai tué don Manuel moi ennemi, et si prompteroent qu'il n'eut pas le temps de prononce le dernier mot de son insulte ; et puisque son sang a lavé la tach de mon honneur, je suis don Juan le vengé et non pas don Juan 1 démenti ! » — J'ai dit, et emporté par ma fureur, je les ai poursuivi jusqu'ici; car les médisaus sont toujours Iftches; ils tiennent leui propos derrière les gens, et quand ils voient face à face ceui don ils parlent, ils fuient : et mes hommes ont fui selon l'usage... Voil mon chagrin, don Lope... N'y a-t-il pas là de quoi me désespérei me rendre fou ?... 11 ne s'en faut de rien que je ne me précipite la mer ou que je ne me plonge cette épée dans le cœur. .. Voilà c( lui qui a reçu le démenti, disait>il ; il ne disait pas : Voilà celi qui a obtenu réparation... Et cependant qui dans le monde pei empêcher son malheur ? Ne fait-il pas assez celui qui le venge, cek qui risque sa personne pour rester mort et honoré pluti^t que vivan et outragé?... Mais non. Mille fois l'homme d'honneur en se ven géant n'a gagné à cela que de publier lui-même son outrage ; ca sa vengeance révèle ce que l'injure n'avait pas dit.
DONLOPB.
Ne pleurei pas, don Juan.
Vous seul, don Lope, me retenez à la vie.
Il sort.
DON LOPE
«La vengeance révèle ce que l'injure n'avait pas diti» Donc, f je me venge de celle que j'ai reçue moi-même, il est clair que m vengeance révélera ce que mon malheur ne disait pas... Et quan j'aurai hardiment châtié mon insulte, le vulgaire imbécile dira Voilà celui qui a reçu l'outrage 1 et non pas : Voilà celui qui s'e est vengé! Et si ma main verse aujourd'hui du sang, elle dira pa là ma disgrâce, puisqu'elle apprendra ma vengeance à ceux qui n connaissaient pas mon outrage... Eh bien! alors, qu'elle soit igno rée, secrète; je la voilerai de précautions impénétrables; je saun souffrir et me taire... Puisqu'il y a plus d'honneur dans le secrel je poursuivrai mon adversaire en silence, afin que la vengeance d dise pas ce que l'injure n'avait pas dit. Je procéderai de telle sort qu'à peine sera-t-elle soupçonnée de ceui qui croyaient auparavai: à mon outrage, et que même elle les détournera de l'idée qu'il en avaient... Jusqu'à ce que l'occasion de l'accomplir ainsi se pr^ lente, je saurai soufibrir et me taire. — {Appelant,) Holà 1 bateliei
^ntre ua BATELIER.
Seigneur f
JOURNÉE m. SCÂNS L 201