SCÈNE I
La pire.
Entrent FRÉDÉRIC et HÉLÈNE.
HÉLÉNB.
£h bien l que lui a-t-eUe dit?
FRÉDÉRIC
Qu'elle était l'infante JMargueriie, et qii!RU\T^N«EiV(À^«x Vv\^ È^amoÈée uui§ égde de ioa biillmt Goura|^«> <SSl^ H««aS^Vv>M^«s)X
la colère du roi, le rendre à la liberté; qu'un cheral rapide TatteiH dait à la porte de la tour, qu*il n'ayait qu'à s'élancer deaius, et qu'il serait bientôt bors de l'atteinte de ses ennemis. A quoi il a répondu qu'il était sensible k tant de bontés, qu'il en consenrerait une étemelle reconnaissance; mais qu'en entrant en prison il avait fait serment de ne point cberclier à s'éTader» et qu'il roulait tenir parole.
Vous avei écouté ayec attention?
frédiIric.
J'ai été présent à tout ce qui s'est dit, et j'ai tout entendu aussi distinctement que si j'ayais parlé moi-même. Si elle vous rapporte la cliose autrement, que votre altesse n'y ajoute aucune foi.
Elle vient. Prenex garde d'être vu par elle.
Que le ciel fasse réussir yotre projet!
Il sort.
BntreMLlNFANTE etSÈRAPHINE.
l'infante.
Oui, Séraphine, le roi mon père va Tenir à Miraflor pour voir où en est ma tristesse, et j'attends de toi ce que je t'ai demandé . c'està-dire j'attends que tu instruises mon père de mes vrais sentimens; cela est pour moi de la dernière importance-
séRAPHINE.
J'obéirai, madame. — Eussé-je dû mourir mille fois, jamais je
n'aurais révélé votre secret, et à présent je ne le dis que parce que
vous l'exigez. [A part.) Ma foi! c'est assez beau d'avoir gardé le
silence aussi long-temps !
BUe Mn.
HÉLÈNE
tLn quoi! vous êtes seule, ma cousine?
l'infante.
Oui, charmante Hélène; j'essaye de me distraire ainsi des ennuis qui m'accablent. L'amour est un philosophe dégoûté du monde qui cherche la solitude.
HÉLÈNE
Nous nous sommes promis de nous faire à la première occasion nos confidences mutuelles.
l'infante.
Eh bien ! si vous le permettez, je commencerai, car je n'en ai que pour un moment.
HÉLÈNE
Je vous écoute de toute mon attention.
l'infante.
Surlê renommée du prince YtédëtVc, V a^ ^v^oxn^X^ ^\i% xv^ ^%â9;
JOURNÉE m , SCÈNE I. »i
de voir [>ar moi-même s'il était traité dans sa prison d'une manière eonforme à ia naissance et à son mérite ; c'est pour cela que je suis venue, et en entrant je me suis présentée comme la femme du gouverneur. Que vous dirai-je? je l'ai trouvé si spirituel et si aimable, que cette visite a décidé de mon sort.
Vous seule, ma cousine, lui avez trouvé cet esprit si rare, cette amabilité merveilleuse. A moi, au contraire, on m'a conté de lui des actes qui annoncent un rustre grossier.
l'infante.
On vous aura trompée : Frédéric est aussi remarquable par ses qualités morales et par ses manières que par son courage intrépide. C'est ainsi que la renommée le représente, et c'est ainsi qu'il m'est apparu,— pourvu toutefois que nous parlions toutes deux du véritable Frédéric.
nébiNB.
Je ne veux pas disputer avec vous ; car, de mon côté, je le confesse, je ne suis pas plus raisonnable. Vous aimez, vous, un bomme mal appris ; moi, j'aime un homme d'une humble condition. Le gou< verneur que vous avez vu...
l'infante , à part.
Ciel! que viens-je d'entendre?
HÉLÈNE, à part.
Elle paraît toute étonnée.
l'infante, à part.
Je n'ai pu cacher mon émotion. — [Haut,) Achevez donc, je vous prie.
HÉLÈNE
Vous me méprisez , je le vois ; mais enfin cet amour, du moins, peut s'avouer. Ëh bien l oui, cet bomme que j'ai vu arriver k mes pieds, malheureux et blessé, cet homme s'est emparé de mon cœur.
l'infante.
Taisez-vous, Hélène; cela est honteux; n'achevez pas!
HÉLÈNE
Moi, du moins, comme je vous le disais, je ne me suis pas oubliée au point d'aller le voir dans la prison, bien qu'il en soit le gouverneur. J'aime, mais je ne me suis point déclarée; car je sais ce que je dois à ma réputation, je sais souffrir et me taire. Et bien que mon amour ne soit pas moins désintéressé 'que le vôtre, je ne me suis pas avancée jusqu'à lui offrir un cheval et de l'argent... Mais en voilà assez. Dieu vous garde I
Elle sort.
l'infante.
Comment ai-je pu ne pas me trahir? Comment ai-je pu me commander de la prudence? Comment ai-je pu rester maltresse de moiffféfpe, alors que tout mon cœur Qst |teH||g|MM^\f^^\% \ei^^ Vca^
tat LE GEOLIER DE SOI-MÊME.
eil souIeréeT... jaloufiel e9t-ce donc là u poissani»?— ta ombre feule a bouleTené tout mon être; que serdl-ee donc nj! l'aTtis Yue (oi-mtael
Entre FRÉIXÉRIG.
VKÉDÉBttL
J'attendaif qu'Hélène te fût retirée pour me présenter derant Toui, et TOUS fendre la Yie que vous m'arei donnée. Je puis enfin vous voir.
l'infintb.
Et mot aussi» perfide que vous êtes, je vous attendais avec une impatience au moins égale, pour vous dire ce que mon cœur pepse de vous.
HÉLÈNE ptralt derrière la tapisserie.
nÉvéaia, Que signifie ee langage?
l'infante. Votre trahison et votre outrage, ma douleur et ma jalousie.
H^LàNB, à part, Marguerite» désapprouvant mon amour, va sans doute en parler au gouverneur; et je viens, agitée de mille craintes, pour voir ce qu'elle en pense. — Pendant leur entretien, arbres verdoyans, cacliez-moi à tous les yeux.
FBéDÉRIG.
J'ai beau réfléchir, madame, je ne vous comprends pas. — En quoi vous ai-je trahie? En quoi ai-je excité votre jalousie?... Croyezle bien, si j'avais pu vous tromper et me rendre coupable envers vous d'une offense, j'en mourrais de remords.
l'infante.
Amant ingrat, indigne chevalier, telle était donc votre constance? Vous pouviez, disiez-vous, rester ici sans être reconnu; vous ne vouliez pas vous éloigner?... Celait pour Hélène! ce n'était pas pour moi!... Vous vouliez mourir, si vous étiez coupable? Nul ne le fut plus que vous, et vous avez en effet mérité mille morts 1
FRÉDÉRIC
Oui, je mourrai; car votre colère tue comme votre amour fait vivre. Mais comment vous ai-je offensée, moi qui vous adore? Quel crime ai-je commis envers vous, moi qui ne respire que pour vous?
l'infante.
Toutes ces protestations couvrent mal votre perfidie. N'aimezvous pas ma cousine Hélène ? N'est-ce pas pour elle que vous êtes demeuré? N'est-ce pas pour elle que vous cachez votre nom et votre rang, et que vous avez accepté d'humbles fonctions?... Eh bien, soit! mais du moins ne cherchez pas à me tromper davantage; laissez-moi le plaisir de me plaindre et de vous exprimer mon opioioa mr une trahison aussi indi|^ne«
JOURNÉE m , SCÈNE I. m
rBÉDÈsac Un monent» de gràeel un moment !••• Yeufllei m'éeonter, et enmite dispoeei de ma Yie.
L'mFAirn.
Croyei-vons donc ponyoir tous jnstiflert
Oui certes, je le pais.
l'infahti.
Plaise àDien!
HiLftifB,d part.
Écoutons.
Moi y j'aime TOtre cousine?... c'est pour elle que je suis demeuré?... Gomment aye^t-yous pu concevoir une telle pensée?... Que la foudre du del m'écrase k l'instant, si de ma vie j'ai dit k Hélène un seul mot qui ne fût d'un serviteur courtois et reconnaissant ; maif voilà tout I Et ne lui devais-je pas cela, quand je songe que grâce à elle j'ai vaincu une étoile ennemie ; quand je songe que grâce à elle je puis tous voir et tous parler sans que j'aie à redouter votre père !
B^LàfiB, à part.
Qu'en tends-je? c'est moi qui le sers dans ses amours 1 Mais jutons en silence pour savoir le reste.
FR^DlfRIC.
Le soleil estril jaloux d'un de ses rayons? Le printemps est-il jaloux d'une fleur? La mer est-elle jalouse d'un ruisseau ? Le ciel estril jaloux d'une étoile?... Gomment donc redouteriez-vous Hélène, toute belle et toute charmante qu'elle est?... Je vois en elle une étoile brillante, un ruisseau aimable, une fleur gracieuse, un rayon lumineux; mais je vois en vous tous les charmes dix soleil, du printemps, de la mer et du ciel 1
H^LÈNB, à part.
La comparaison n'est pas trop flatteuse pour moi.
FRÉDlélUC.
Allons, de grâce, rendez la vie à un infortuné; revenons à notre projet, et continuons cette feinte jusqu'à ee que tant de peines soient finies*
l'infante.
Je le veux bien , tout en étant persuadée que vous me trompez. Mais quand on aime, on croit au mensonge comme à la vérité, et je ne TOUS aimerais pas si je ne vous croyais pas ^. £h bien l je vais
* Nom avODi traduit exactaoBeot t Qi rit nermn$ al/Sn,
feindns d'aimer ce nutre, pendant que j'ëprouferai une TériUbli jalousie de ioê relations avec cette coquette.
H^LàNB, à paru Tous deui font k qui mieux mieux mon éloge.
l'inpantb.
Songez-y, Frédéric, je vous aime a tel point, que pour vous je renoncerais au trdne de l'univers, et que j'aimerais mieux vivre avee vous dans une condition obscure. Mais, je vous en supplie, épargoei ma tendresse, et ne donnez point de prétexte à ma jalousie.