‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 133 sur 156 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Le palais du gouverneur. Une galerie.

DON JUAN , seul.

Depuis que la froide aurore s'est réveillée blanche et pâle, eu il) sant au soleil que c'est l'heure qu'il se lève et que le jour paraisse . — je suis enchaîné par mes soucis au seuil de cette porte. . Je n'ai pas de meilleur moyen de vérifier mes cruels soupçons... Je parlerai a cette prisonnière avant qu'on lui donne aucune lettre, aucun avis... 11 faut que je lui parle avant qu'elle soit prévenue, moi qui voudrais voir, au prix même de nia vie, mon désabusement... Si en l'imaginant je meurs, que je meure en le sachant. . et si j'ap-

prends ce que mon inquiétude redoute, je mourrai du remède sans me plaindre, puisque je dois mourir du mal.— Voilà Celia, je crois.

Entre CELIA.

DON JUA.V.

0 ma chère Celia!

CELIA

Vous êtes déjà là, monseigneur, à cette heure?

DON JUAN

Dis-moi , que fait ta maîtresse ?

CELIA

Elle songe à s'habiller.

Sortira-t-elle bientôt?

CELIA

Je vais lui aider. M'ordonnez-vous quelque chose pour elle?

DON JUAN

Dis-lui seulement que j'adore, en l'attendant, le seuil de sa porte.

CELIA

Vous pouvez y compter.

Elle soil.

DON JUAN

Que de peines, que de tourmens souffre un jaloux! Je ne saurai jamais aujourd'hui ce que je veux savoir... Mais non; que ce désabusement, de la lenteur duquel je me plains, retarde encore de venir! car s'il eût dû m'être funeste, il n'aurait pas tardé à venir un seul instant... — Oh! quand donc serai-jc détrompé? quand est-ce que se dissipera mon inquiétude?

Entre LE GOUVERNEUR.

LE GOUVERNEUR

Don Juan?

DON JUAN

Seigneur ?

LE GOUVERNEUR

Que faites-vous la si matin?— .le crois qu'une même pensée nous , éveillés tous les deux avant l'heure.

|m\ JUAN.

Quelle pensée ?

Vous nie cherchez sans doute comme je vous cherche?

DOS IUAN.

Que voulez-vous de moi?

LE GOUVERNEUR

J'ai pour vous une vive tendresse... je songe à ne pas prolonger davantage l'impatience de votre amour... et comme je connais le

ennuis de l'attente, vous serez dès ce soir l'heureux époux de ma fille.

don JUAN , à part .

Voilà un souci de plus.

LE GOUVERNEUR , à part.

Je m'assure par là s'il a ou non des soupçons.

DON JUAN

Votre intention, seigneur, était de ne m'accorder cette faveur que dans quelques jours; j'attendrai jusque là.

LE GOUVERNEUR

J'avais à terminer certains préparatifs nécessaires en pareille circonstance; tout est prêt.

don juan , à part.

Quelle persécution!

LE GOUVERNEUR, à part.

Il y a encore du pis. — Puisqu'il demande un délai, lui qui avait tant de hâte, il aura vu probablement quelque chose cette nuit. \Haut.) Si vous, don Juan, vous ne dites pas oui aujourd'hui, moi demain je dirai non.

Comme il est pressé!... Mais quelle est la femme qui s'approjhe?... Flerida!... Don César m'a dit que c'était pour elle qu'il était Yenu... Si je l'interrogeais? ..

Entre FLERIDA.

FLERIDA.

Vous êtes bien matinal , seigneur.

DON JUAN

Oui, et c'est le désir de vous parler qui m'a fait lever si matin.

FLERIDA.

Je suis à vos ordres.

DON JUAX.

Avez-vous assez de confiance en moi pour me répondre avec sincérité ?

FLERIDA

Je me fie à votre loyauté entièrement.

DON JUAN

Vous avez raison de vous fier à tnoi ; car si vous êtes celle que je crois que vous êtes, vous aurez la reconnaissance de mon cœur sauvé par vous. — Déclarez-vous donc a moi sans crainte. Connaissez-vous, dites, don César des Ursins?

FLERIDA.

Ah ! seigneur !

DON JUAN

Parlez; le connaissez-vous?

2î'8 DE MAL ;:.\ P'.S.

H EBID.4.

Oui, certes, et plût au ciel, seigneur, que je ne l'eusse connu

jamais! car c'est à cause de lui que je suis exilée loin de mou pays, de ma famille, et que ma réputation est perdue, détruite!

DON m an , à part.

Cette première réponse déjà me soulage. (IJaut.) Dites-moi encore: lui avez-vous donné quelquefois l'occasion de vous parler la nuit?

FLERIDA.

.Moi. seigneur ?

DON JUAN

Oui.

FLERIDA.

Hélas! oui, bien souvent, trop souvent pour mon malheur.

don juan, à part.

0 mon âme, réjouis-toi! (Haut.) Permettez -moi, Flerida, une dernière question.

flerida.

Laquelle?

DON JUAN

Vous me promettez la même franchise?

FLSH1UA.

La même.

DON JUAN

Dites-moi : u'éliez-vous pas tous deux ensemble, la nuit, dans un jardin, lorsque...

Arrêtez, n'achevez pas!... Oui, nous étions dans un jardin lorsque s'est accomplie cette déplorable tragédie. Mous ne pensions pas, hélas ! que ces mêmes (leurs, témoins discrets de nos amours...

DON JUAN

Cela suffit, Flerida; ne vous appesantissez pas sur d'aussi tristes souvenirs... Vous m'avez rendu la vie et l'âme.. Oh! pardonne, ami fidèle, pardonne-moi une pensée injurieuse! Me voilà détrompé pour jamais!... Ne parlez pas a Lisarda de cette conversation, et demeurez avec Dieu.

Il s'éloigne.

FLERIDA.

Un moment, de grâce; où allez-vous de la sorte?

DON JUAN

Je n'ai pas besoin d'en savoir davantage; vous m'avez complètement rassuré. H est juste que j'aille voir don César, qui m'attend en prison.

FLERIDA.

Arrêtez'.

DON JUAN

je n'ai pas le temps ; j'y voie.

11 sorL FLERIDA.

Il va voir don César, dit-il ! Qu'est-ce que cela signifie?— Il prend des informations sur nos amours, et après ii dit qu'il va le voir!... Mais cela est très-facile à comprendre. En m'interrogeant, il a voulu s'assurer que c'était bien moi; mes réponses le lui ont prouvé, puisqu'il a montré tant de joie; et dire qu'il allait le voir, c'était me dire clairement qu'il était venu de sa part... II a ajouté que don César est prisonnier; eh bien! allons trouver don Cîsar.

Entrent L1SARDA etCELIA.

lisarda, à Flerida.

Où allez-vous?

FLERIDA.

Ah! madame, félicitez-moi.

LISARDA.

Sur quel sujet?

FLERIDA.

Comme je n'ignore pas le généreux intérêt que vous me portez et le plaisir que vous aurez de mon heureuse fortune, il faut que vous sachiez, madame, que celui que je cherche est ici prisonnier, et qu'il a appris que j'habite chez vous. G la bonne idée que j'ai eue de me réfugier dans votre maison, et que je fus bien inspirée alors!... 11 ne pourra pas m'accuser de n'avoir pas ménagé ma réputation en son absence!... Je suis folle... je vais voir don César.

Elle son.

LISARDA.

Voilà un autre chagrin, Cclin.

CKLIA.

Quel chagrin, madame?

LISARDA.

Hélas! ce n'est que dans la jalousie seulement que celui qui est simple spectateur voit moins de coups que celui qui joue... Quoi donc! n'entrevois-tu pas de nouveaux soucis pour moi et de nouvelles inquiétudes? Ne remarques-tu pas toujours qu'après chaque incident qui survient ma situation est pire qu'elle n'était auparavant?

De quelle façon, madame?

LISARDA.

Ecoute. — Le Virgile portugais1 a dit dans une douce chanson: v J'ai vu le bien converti en mal, et le mal en un autre mal pire encore.)^ — D'un autre côté, un homme d'esprit a comparé le chagrin

Luiz de Camoùns.

à une hydre, et il n'a pas eu tort; car pour un chagrin qui meurt, il en naît deux ; je le sais, moi, par expérience. A. peine j'échappe a une crise que j'entre dans une autre. Un jour, je me crus prisonnière ; il m'arriva si bien que je me tirai de ce péril ; mais à peine en fus je sortie, qu'une dame enlevée a rabattu mon allégresse en réveillant ma jalousie. Et c'est ainsi qu'avec plus de douleur, «j'ai vu le bien converti en mal, et le mal en un autre mal pire encore.» — Ce cavalier, il est sorti de sa prison et il est venu me voir. Je l'ai interrogé sur mes soupçons. S'il m'a satisfaite ou non par ses réponses, je l'ignore, mais moi je m'en suis satisfaite. Tandis que nous étions a causer tous deux, la poignée de son épéc a poussé son arme, et une détonation s'en est suivie, tant le hasard m'est favorable! Ma crainte s'est bientôt dissipée; je me suis flattée qu'il avait gagné la porte sans être aperçu de mon père. Et lorsque je rendais es a l'Amour de ce succès, « j'ai vu le bien converti en mal, et le mal en un autre mal pire encore.» — Cette dame est venue ici a la poursuite d'un homme qui lui avait promis le mariage et qui avait été obligé de fuir à la suite d'une querelle. Cet homme, il est venu lui-même, attiré ici par mon étoile qui lui a soumis ma liberté. 11 est a la tour, elle est dans ma maison, et elle veut l'aller trouver. Et maintenant, Celia, maintenant que tu connais mes justes inquiétudes, dis-moi si je n'ai pas raison de me plaindre de ma funeste destinée, de m'appliquer les paroles de la douce chanson du poète, et de dire comme lui au ciel et à la terre : «J'ai vu le bien converti en mal, et le mal en un autre mal pire encore ! »

CELIA

Vous n'auriez pas tort, madame, assurément, s'il n'y avait qu'un seul matador l au monde ; mais aujourd'hui on ne voit partout que des matadors; il y a même un certain jeu de cartes où il y a trois matadorsl.. . — C'est la jalousie qui vous abuse.

LISARIU.

Laisse donc, Celia; oublies-tu que l'on dit de la jalousie qu'elle :n habile astrologue?

CELIA

Son, mais les astrologues les plus habiles ne devinent pas toujours bien.

Entre CAMACHO.

CA.MAcno, à part.

C'est bien le cas de dire le refrain : « Entrons ici, qu'il pleut'....' Vive Dieu ! il faut que le charme où je suis ait une fin.

1 Matador signifie ordinairement, en espagnol, un homme qui en a lue un autre En

lis ci quelquefois aussi en espagnol, comme dans ce passage, on emploie ce moi

liant un sens ironique, pour dire un homme qui menace de loul tuer. — Au jeu de

'hombre, qnî c^t d invention espagnole [hombre signifie homme), on appelle Matador

<3 trois caries supérieures.

JOURNEE ILl, SCENE 1. 20*

LISARDA.

Que- est cet homme qui entre là? 11 me semble le reconnaître.

CELIA

C'est le domestique du seigneur Fabio.

LISARDA.

C'est lui sans doute qui l'aura prévenue que son maître était prisonnier en cette ville. J'ai à cœur de m'en assurer. 11 n'a jamais vu mon visage; en tenant ma mante...

Voulez-vous que je lui parle?

LISARDA.

Non, peu importe. — {A Camacho.) Comment entrez-vous ici sans plus de façon ?

CAMACHO.

Je suis entré en marchant, mes belles dames ; si cela vous a déplu, je sortirai en marchant de la même façon. Je suis parti du pied droit, je repartirai du pied gauche. Et ainsi je m'en irai à peu près comme je suis venu.

LISARDA.

Dites-moi, soldat, qui êtes-vous?

CAMACHO.

Si je le savais moi-même, ce serait certes peu de chose que de vous l'apprendre; mais je ne puis vous le dire parce que je ne le sais pas. En maître que le ciel m'a donné me tient sous un tel charme, qu'à présent, l'unique chose que je sache de moi, c'est que je vais à travers les forêts d'amour, en guise d'écuyer errant, suivant un soleil qui a toujours la face voilée. Pour parler la langue vulgaire, je cherche ici la plus grande trompeuse et la plus grande inventeuse de l'Europe. Si l'une de vous deux est par hasard une dame que l'on tient prisonnière en ce palais, au nom de Dieu, qu'elle le dise; car je suis venu ici en pèlerinage seulement pour la voir. Mon maître m'a rompu la tête de l'éloge de sa beauté, et je voudrais la voir pour qu'il me laisse tranquille à l'avenir. celia , bas, à Lisarda.

Eh bien I madame, l'astrologue a-t-il menti? lisarda, bas, à Celia.

Non, il cherche la prisonnière, et elle ne se croit pas prisonnière

celia, de même.

C'est une idée bien subtile.

lisarda, de même.

Il est facile de voir.

CAMACHO.

Eh bien, mesdames?

lisarda.

Quoi! votre maître vous la vante à ce point? ng

CAMACIIO.

Oui. madame.

LISARDA.

Mais que louc-t-il en elle? sa beauté ou son esprit?

cv M A II m.

L'un et l'autre, madame, car elle est docteur en 1 un et l'autre genre1.

LISARDA.

Et il la vante beaucoup ?

On ne peut plus.

Souvent?

Toujours.

CAMACIIO.

LISARDA.

CAMACIIO,

LISAKDA.

11 est donc amoureux d'elle?

CAMACIIO-

Non, madame; je ne le pense pas du moins; iî a un autre amour qui l'occupe davantage : et. cette uame d'aujourd'hui. ce n'est pas pour peindre, c'est pour effacer.

LISAKDA.

Quoi donc effacer?

CAMACIIO.

Je n'en sais rien, moi... Mais il m'a paru que ce mot d'effacer vous avait piquée... Si vous êtes cette dame, dites-le-moi. lisarda, à part.

Je me meurs. {Haut.) Non, vilain insolent, infâme traître, je ne suis point cette dame: je suis la fille du gouverneur, et l'on ne traite pas ici des affaires d'amour. Tant que cette femme sera dans ma maison, n'essayez pas de lui parler, car cette maison est l'asile sacré de l'honneur. Et si vous revenez ici une autre fois, vive Dieu! je vous ferai jeter par la fenêtre par quatre domestiques.

CAMACIIO.

J'en serais bien fâché! — Quatre, madame? trois su [lisent... Que dis-je, trois? deux suffiraient... Que dis-je, deux? ce serait assez d'un... Non, pas même un; la moitié d'un, le quart, un bras, une main, un doigt, un ongle, c'est assez. Et c'est pourquoi je pars avant qu'ils m'attrapent. Adieu.

Il sort*

1 Todo, que es dama in utro que Como cjrado de doctor.

Il v a dans ces deux vers une plaisanierie qui est a peu urés intraduisible, ruc'-n»» très>facile a ta j r: elle consiste dans le mélange de mois |>urcœeiit iaîins, avec ti'au- |ni tout leà rnemes en latin cl en espagnol, ou qui ont une graude analogie daui .£S deux langues

LISAKDA.

Mon infortune est telle, que, jusque dans les moindres choses, le bien se convertit en mal.

CELIA

Cela ne signifie rien, pour vous en affecter.

LISAKDA.

Non, Celia, il faut que je sache enfin à quoi m'en tenir. J'en a\ais le projet ce matin déjà. Je lui ai écrit une lettre par laquelle je lui dis que si, par un moyen quelconque, il peut s'échapper aujourd'hui de prison, j'irai le rejoindre où il voudra. J'v <eicH d'ins cette lettre que moi-même je corromprais n»cs £3Hfc%

celia.

A la bonne heure!

LISARDA.

Et en quelque endroit qu'il me donne rendez-vous, j'emmènerai avec moi cette dame : et si mon malheur veut que ce cavalier soit le sien, je renoncerai à ma passion; et si ce n'est pas lui, mon amour vaincra tous les obstacles.

celia.

Ehî madame, vous savez bien que s'il vous voit toutes deux en présence, ce n'est pas elle à qui ce nouveau Paris donnera la pomme, et que vous le quitterez apaisée.

LISARDA.

Tu me flattes, Celia.

Non, madame.

Entre FLERIDA avec sa mante.

LISAKDA.

Où allez-vous donc ainsi, Laura ?

FLERIDA.

Avec votre permission, madame, je vais à une prison où est mon âme.

lisahda, à part.

Non, je ne puis souffrir qu'elle aille le trouver, quand j'ignore encore si c'est lui. {Haut.) Eh quoi! suffit-il dans une maison comme la nôtre de prendre sa mante et de dire : Je vais où il me plaît?

FLERIDA.

Je suis tellement préoccupée de mes peines, madame, qu'elles ne me laissent pas le loisir de réfléchir avec attention. Puis, je suis bien venue de Naples ici ; il n'y aura rien d'extraordinaire à ce que j'a^ie d'ici a la tour.

LISARDA.

Ce sont les personnes chez qui vous êtes qui répondent mainte-

nant de votre honneur; et que dirait mon père, s'il rentrait et qu'il ne vous vit pas?

FLRRIDA.

Je serai de retour avant son arrivée; il n'est pas tard, madame.

LISARDA.

11 faut que vous m'accompagniez cette aprcs-dinée en visite.

Vous voulez que je prenne patience.

LISARDA.

Vous m'êtes nécessaire.

FLERIDA.

Je serai de retour à l'instant. Je ne demande qu'à le voir.

LISAHOA.

Je n'y consentirai pas.

FLERIDA.

Je reviendrai aussitôt.

LISARDA.

Cela est impossible... vous avez beau vous obstiner, vous n'irez pas.

FLERIDA.

Eh bien ! vous avez beau vous obstiner, vous aussi, quoi qu'il arrive, j'irai.

Entre LE GOUVERNEUR.

LE GOUVERNEUR

Comment! vous vous querellez toutes deux? Qu'est-ce donc?

lisarda, à Flerida.

Vous ferez par force ce que vous n'avez pas voulu faire de gré.

flerida, à Lisarda.

Nous verrons.

LE GOUVERNEUR

Eh bien ?

C'est madame qui voulait sortir de la maison sans vous parler d'abord.

FLERIDA.

Oui. seigneur, parce que je m'en veux aller.

LE GOUVERNEUR

<Juoi ! suffit-il de dire : Je veux m'en aller?

FLERIDA.

Je confesse que je devais vous demander la permission; mais puisque vous savez qui je suis et de quelle manière je suis ici, vous comprenez que je désire aller voir mon époux.

LE GOUVERNEUR

Je comprends que vous désiriez le voir : mais ce n'es: pas pour que vous le voyiez que vous êtes notre prisonnière.

FLERIDA.

Moi, votre prisonnière?

LISARDA, à part.

Je tremble que tout ne s'éclnircisse.

LE GOUVERNEUR

Vous avez bien peu de mémoire. — Vous avez donc oublié la scène du jardin?

FLERIDA.

Non, seigneur, je ne me la rappelle que trop.

LE GOUVERNEUR

N'êtes-vous point revenue de là prisonnière?

Prisonnière? non, seigneur, je me suis présentée chez vous de plein gré.

LE GOUVERNEUR

Quoi! je ne vous ai point trouvée là moi-même?

FLERIDA.

Quoi! je ne suis pas de moi-même venue ici?

LE GOUVERNEUR, à part.

Elle me mettrait en colère, si je ne considérais qu'elle est la fille de don Alfonse.

flerida, à Lisarda.

Ah ça, madame, expliquez-moi ce mystère.

LISARDA.

Obi, vous êtes prisonnière, à telles enseignes que vous m'avez dit qu'on vous avait trouvée cachée dans une maison.

FLERIDA.

3Ioi, je vous ai dit cela? moi !

LISARDA.

De qui l'aurais-je appris autrement?

FLERIDA.

Je n'y comprends rien, en vérité.

LE GOUVERNEUR, à part.

Ello le nie encore! {Haut.) Je vous laisse avec elle, ma fille... Pour Dieu! remettez-la... Quanta moi, j'y perdrais la tête.

flerida, à Lisarda. Voyons, dites, m'a-t-on amenée prisonnière?

LISARDA.

Non, ma bonne amie, c'était un badinage.

FLERIDA.

Pourquoi me Pavez-vous soutenu alors?

LISARDA.

Pardonnez-le-moi, Laura, j'y ai été forcée. Je devais songer à moi.

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