MG DIS MAL I..N PIS
^ ous viendrez avec moi cette après-dtnéc, et je vous conterai ce qui en est.
FLEH1DA.
Jusque là je vous suis comme votre ombre.
Lisarda, Flcrida et Celia sortent.
SCÈjNE il
Une chambre dans la tour.
Entrent DON JUAN cl DON" CÉSAR.
DON JUAN
Je viens vers vous, don César, honteux d'avoir méconnu votre amitié Mon excuse est que l'on peint l'amour aveugle avec un bandeau sur les yeux, et qu'il se laisse mener par la jalousie. Oui, je compare les soupçons jaloux à ces jeunes enfans qui conduisent les aveugles, s'en font obéir, et leur font aecroire toute sorte de mensonges... Mais laissons cela... La réponse que je devais vous rendre aujourd'hui, c'est que je n'ai plus de crainte, plus de doute, et que je vous prie d'agréer tues humbles excuses; — et si vous n'êtes pas satisfait, je vous offre ma poitrine; vengez-vous, punissez-moi!
J'aurais le droit de me plaindre de vous, don Juan, mais je n'en U.SCKJU pas. le ne serais pas un ami, un ami véritable comme je prétends l'être, 51 je no v^'is oassais pas un premier tort. J'avoue, d'ailleurs, que la circonstance cidii jcneeue, t* yï'l » v'.é généreux « vous de m'épargner en cette occasion... Toutefois, je n'aurais pas soutTert d'un autre homme qu'il ne reçût pas mes explications... Mais comment vous êtes-vous désabusé?
DON JUAN
Souffrez, de grâce, don César, pour vous, pour moi, que j'éloigne a conversation d'un sujet qui nous rappellerait à nous deux que je vous ai offensé. Parlons d'autre chose. — Savez-vous que votre prisonnière est belle?
DON CÉSAR
Mais... pas très-belle.
DON JUAN
Si fait, si fait! Mais il est vrai qu'a côté de Lisarda son éclat pâlit un peu. Il n'est rien d'aussi accompli que Lisarda. Toutes les autres femmes les plus parfaites sont à elle ce que les étoiles sont au soleil.
no\ ces Alt.
Alors même qu'elle aurait autant de beauté que vous le prétendez, je doute qu'elle soit aussi spirituelle que la personne en question. Je pourrais, don Juan, vous lire une lettre... mon joli masque honteux m'a écrit... Il n'y aura pas d'indiscrétion, puisque nouj avons mis en commun nos biens et nos maux.
JOURNEE III, SCENE H. 30i
DON JUAN
Vous me feriez beaucoup de plaisir.
Je l'ai peut-être trop vantée... mais n'importe. Entre CAMACHO.
CAMACHO.
Grâces à Dieu , je me suis tiré d'un mauvais pasl Ce n'est pas sans peine ni sans peur.
DON JUAN
Qu'est-ce donc?
Quelle peur, dis-tu?
DON CESAR
CAMACHO.
Il me semble que j'ai à mes trousses une fenêtre et quatre domestiques. J'ai voulu aller voir tout-à-1'heure votre prisonnière, pour m'ussurcr par moi-même si elle est aussi bien que vous ne cessez de me le répéter, et j'ai trouvé à sa place la fille du gouverneur, un \r;ii diable, qui, furieuse d'apprendre le motif de ma visite, m'a dit : « Ce n'est pas ici une maison où l'on vienne rendre des messages, et si vous y remettez le pied une seconde fois, j'ordonnerai à quatre domestiques de vous jeter par la fenêtre.» Je n'en ai pas entendu davantage...
DON JUAN
Je la reconnais bien là; elle est aussi sage que belle. — Mais lisons la lettre. Voyons donc un peu cet esprit si merveilleux.
DON CÉSAR
Ce n'est qu'un petit billet, mais charmant. Écoutez. ( // lit.) « Si vous pouvez gagner vos gardes comme j'ai g;igné mes surveillantes, j'irai vous voir ce soir, mais à trois conditions : la première, que vous aurez la précaution de tenir prêle une chaise à porteurs à la porte de l'Eglisc-Major; la seconde, que vous aurez à votre disposition une maison où je vous puisse parler; et la troisième, que vous laisserez chez vous le pistolet.»
Elle écrit fort bien vraiment; mais il me semble qu'elle a conçu là un projet téméraire et difficile à exécuter.
CAMACHO.
Ecoutez un conte à ce propos. — Un jour un paysan s'en allait portant une corde, un pieu, une poule, un oignon, une marmite et une chèvre. Chemin faisant, il rencontre une grande coquine. Celle-ci l'appelle et lui dit :«Gil, viens ça, causons un peu aujourd'hui dans ce pré. — Je ne puis, dit-il, avec cet attirail; je perdrais tout cependant. — À quoi, elle : Que tu es bête! tu ne sais dbnc pas t'arranger! que portes-tu là, voyons? — Regarde : un oignon, une marmite, une chèvre, une poule, une corde et un pieu.
— Voilà bien de quoi être en peine! Fiche le pieu en terre, puis attaches-y la chèvre par un pied avec la corde; puis, pour contenir la corde davantage, mets dessus la marmite, et dans la marmite mets la poule, et par-dessus la poule et la marmite, mets l'oignon. Ainsi tu n'auras rien à craindre, et tu seras bien sûr de retrouver après, l'oignon, la poule et la marmite, le pieu, la corde et la chèvre...» Lorsqu'une femme veut, il n'y a pas d'obstacle qui tienne; c'.'e est capable de l'impossible.
DON JUAN
Pas trop mal.
CAMACHO.
Je crois bien!
DON CÉSAR
Tais-toi.
DON JUAN
Et enfin que comptez-vous faire?
C'eût été avec beaucoup de plaisir que je serais allé lui parler si c'eut été de nuit ou si l'alcayde m'eût permis de sortir. Je trouverais bientôt un endroit commode pour la voir.
CAMACHO.
Mais, ma foi! vous êtes aussi embarrassé que mon paysan, et plus que lui encore.
DON JUAN
Je me charge d'obtenir la permission de l'alcayde et je vous offre mon appartement; vous n'y courez aucun risque, parce que la porte en donne sur une autre rue. Vous sortirez d'ici en carrosse et dis poserez tout comme le désire cette dame.
CAMACHO.
A merveille ! Vous prenez si bien vos mesures qu'on dirait que vous avez étudié la leçon de ma fillette.
DON JUAN
Va, Camacho, arrête une chaise; voici la clef de mon appartement, et arrange tout pour le mieux. Allons, va, ne tarde pas.
CAMACHO.
En vérité, je me fais à moi-même l'effet d'un cuisinier; car les cuisiniers accommodent les ragoûts sans les manger, et même quelquefois sans y goûter.
Il tort.
DON CÉSAR
Vous me donnez là de précieuses marques d'amitié.
DON JUAN
C'est en réjouissance de mon bonheur d'aujourd'hui.
Je vous devrai ce bonheur; mais rien n'égalera ma reconnais- •ance.
DON" JUAN
Vous ne pouvez être qu'à demi content de moi. Vous vouliez roir votre dame la nuit, et... Mais voici le gouverneur qui entre.
Entre LE GOUVERNEUR.
LE GOUVERNEUR
Quoi! vous ici, don Juan?
DON JUAN
Oui, seigneur, je suis prisonnier moi aussi.
LE GOUVERNEUR
Vous!... comment cela?
DON JUAN
Puisque mon ami est prisonnier, je puis dire avec raison que je le suis également.
LE GOUVERNEUR
Bien!... — Mais à ce compte nous sommes tous prisonniers, car tous nous désirons servir don César.
DON CÉSAR
Je me tais, seigneur, et par là je crois vous mieux montrer ma gratitude. La parole est impuissante à exprimer les émotions de l'âme. Ainsi je me contente de vous dire : Que Dieu augmente et prolonge votre vie!
LE GOUVERNEUR
Voudriez-vous, don Juan, me laisser avec don César? nous avons beaucoup à parler ensemble.
Je m'empresse de vous obéir.
don césar, à part.
Hélas! quelle occasion je perds!... si encore je pouvais la retrouver ce soir! [Bas, à don Juan qu'il retient.) Vous voyez ce qui se passe, don Juan. Il pourra se faire que la dame soit déjà à m'attendre avec mon valet chez vous. Allez-y, entrez, car je sais qu'elle aura le visage recouvert de sa ruante, — et dites-lui qu'il m'est impossible de l'aller voir. Ajoutez que je meurs de désespoir et de douleur.
DON JUAN
Comptez-y.
DON CÉSAR
A propos, don Juan, puisque vous savez qui elle est, n'ayez pas l'air avec elle de le savoir.
DON JUAN
Soyez tranquille.
Qson.
LE GOUVERNEUR
Asseyez-vous là, don César.
DON CESAR
Je vous ob«*is. seigneur, comme c'est mon devoir.
Ils s'assey«Jt.
LE GOUVERNEUR
Voua saurez, don César, que j'ai été en ma jeunesse le grand ami de don Alfonse Colona ; je viens donc vous parler, non pas en juge, mais conduit prè< de vous par l'intérêt que je porte à sa personne (M a son honneur. Lui-même a exigé mon entremise en cette occurrence. Donc, mon ami, en homme sage, faisant de nécessité vertu. a vlliiitê là-bas votre pardon; il l'a obtenu et vous l'envoie sous ce pli. Il se flatte qu'après cela vous consentirez à rétablir son honneur. Il dit enfin que, pourvu que vous reveniez auprès de lui marie avec sa fille, vous pouvez y retourner sans nul souci, qu'il :ecevra a bras ouverts comme le père le plus tendre, no.x CÉSAR.
Vous agissez, seigneur, comme celui que vous êtes, et vous m'imdes obligations éternelles. La jalousie fut cause d'une fureur insensée; je suis complètement désabusé aujourd'hui; et ainsi j'appartiens désormais tout entier a la belle Flerida, et je suis prêt à lui donner ma main.
LE GOUVERNEUR
Alors ce ne sera pas plus tard que cette nuit.
DOS CÉSAR
Lst-ce que vous avez procuration pour cela?
LE GOUVERNEUR
A quoi bon, si vous êtes ici présens l'un et l'autre?
DON césar.
Quoi! Flerida ici!... Comment donc, de grâce?
LE GOUVERNEUR
is n'y songez donc pas! Oubliez-vous qu'elle est en ma maison?
DON CÉSAR
Je l'ignorais, seigneur.
LE GOUVERNEUR
Allons donc! ne l'ai-je pas trouvée avec nous le jour que je vous arrêtai?
Quel bizarre malentendu! Nous vous trompez, seigneur, en ml que celte dame est Flerida. Vive le ciel! ce n'est pas elle. II. GOUVERNEUR-
Comment un sien valet qui la vue m'aurait-il menti? Comment le dirait-elle pareillement?