R0SAURA
0 ciel!
SICIMOSB.
Lâche-moi, Le dis-jc, vieillard insensé, ou je l'étouffé dans mei bras.
l'il IntWnl.
nos a l il v, appelant.
Au secours! accourez! 0:1 lue Clolaldo!
Elle sort.
Entre ASTiH.FK , m rament où CUtaM« tombe i> i«rre, el il &e met faire
lui et SigÙOMMMi.
\ (TOLFC
Qu'est-ce donc, prince? Me craignez-vous pas de souiller vos
JOUKNEE II, SCÈNE I. 347
armes en les baignant au sang d'un vieillard?... Que votre brillante épée rentre dans son fourreau.
sir.isMOxn.
Quand elle sera teinte de son sang infâme...
ASTOI.FE.
Il doit trouver à mes pieds un refuge; ma venue doit lui servir à quelque chose.
SIGÎSMON'D.
Elle vous servira à mourir. Vous m'aurez donné l'occasion de me venger du déplaisir que vous m'avez causé ce matin.
ASTOLFE
Si je lire l'épée, ce n'est pas pour vous insulter, mais pour défendre ma vie.
Astolfe et Sigismond se battent.
Entrent LE ROI, ESTRELLA et leur suite. f.LOTALDO.
Ne l'offensez pas, seigneur.
LE ROI
Pourquoi ces épées?...
ESTRELLA
Astolfe! ô ciel! quelle douleur 1
LE HOI
Que s'est il donc passé?
AS.TOIFF.
Rien, seigneur, grâce à votre arrivée.
S1GISMOND.
11 s'est passé beaucoup d'événeiwens, seigneur; et entre autres
choses, j'ai voulu tuer ce vieillard.
LE HOI
Quoi! vous n'avez pas plus d'égards pour les cheveux blancs?
CL0TALD0.
Seigneur, ne lui faites point de reproches; il n'y a eu aucun mal.
siciSMOxn, au roi.
11 est plaisant à vous de me demander des égards pour des cheveux blancs \ Vous même quelque jour, malgré vos cheveux blancs, je vuus verrai à mes pieds; car je ne suis pas encore vengé de l'indigne traitement que vous m'avez fait subir.
Il sort.
LE KOI.
Avant de voir ce moment, tu retourneras endormi dans un iieu où lu croiras à ton réveil que tout ce qui t'est arrivé, étant un bien de ce monde, n'était qu'un rêve.
Le Roi et Clolaldo sortent. Restent Estrella et Astolfe. ASTOLFE.
Hélas! quand îe destin annonce des malheurs, le plus souvent ils
3 iS LA VIE EST UN SONGE,
s'accomplissent; il est aussi infaillible poui le mal qu'incertain pour lé bien, el s'il annonçait toujours des éyénemens funestes, il ne Be tromperait jamais. Sigismond et moi nous en sommes la preuve, Estrella, quoique d'une manière différente. Pour Sigismond, la destinée a prédit de tristes et sanglans malheurs, et elle a dit vrai, touf arrive; mais pour moi, à qui elle avait promis le bonheur, la joie, le plus beau triomphe, et qui ai \u avec tant d'espérance, madame, l'éclat d'une beauté auprès de laquelle pâlit le soleil, — pour moi la destinée s'est trompée; ou, du moins, sa prédiction, par le résultat, se trouve mêlée de vérité et de men- - pge; car elle m'a laissé entrevoir des faveurs, et maintenant je ne vois plus que dédains.
ÉSTRELLA,
Je ne doute pas que toutes ces galanteries et ces belles paroles ne partent d'un cœur sincère; mais elles s'adressent, sans doute, à une autre femme dont vous aviez le portrait suspendu à votre cou lorsque vous m'êtes venu voir; c'est pourquoi elle doit seule entendre ces gracieux complimens, et seule vous en récompenser. Ce n'est pas une bonne recommandation en amour que les soins que l'on a rendus à une autre dame.
Entre ROhAURA ; elle s'arrête derrière la tapisserie.
rosaura, à part.
ces à Dieu, mes malheurs sont au comble: Après ce que je vois, je n'ai plus rien à craindre.
ASTOLl T..
Je ne porterai plus sur mon sein ce portrait, -puisque votre image règne seule dans mon cœur. — Je vais le chercher. — (A part.) Que Rosaura me pardonne cet outiôge; mais l'absence rend infidèles les hommes et les femmes.
Ils.
ROSAURA, à part.
Je craignais d'être vue et n'ai rien pu entendre.
.1.1 la, appelant.
Astrea !
ROSAURA.
.Madame!
ESTRELLA
Je me réjouis que ce soit vous qui vous soyez présentée ; j'ai à fous confier un secret.
ROSAURA.
C'est trop d'honneur, madame, pour celle qui vous obéit.
i ÎTBEI LA.
Depuis le peu d^ temps que je vous connais, Astiea je me suis
attachée à vous on ne peut plus; aussi je veux vous confier uns chose que je me suis bien souvent cachée à moi-même.
nos AURA.
Je suis votre esclave.
EÇTRELLA.
Pour vous dire cela en peu de mots, vous saurez que mon cousin Aslolfe doit m'épouscr, — si toutefois la fortune permet que ce bonheur me dédommage de tous mes chagrins. J'ai été affligée de lui voir porter au cou le portrait d'une dame; je le lui ai avoué avec douceur, il a été sensible à ma remarque, il m'aime, et sort à l'instant pour m'aller chercher ce portrait. Or, pour des raisons que vous devinez sans peine, il m'en coûterait de recevoir ce portrait de ses mains; demeurez ici à l'attendre, et quand il arrivera, priez-le de ma part qu'il vous le remette. Je ne vous en dis pas davantage; vous avez de l'esprit, vous êtes charmante, et vous devez savoir ce que c'est que l'amour.
Elle sort.
ROSAURA.
Plût à Dieu qu'il n'en fût pas ainsi!... Que le ciel me soit en aide! Existc-t-il une personne assez sage, assez prudente, pour prendre un parti raisonnable dans une situation aussi difficile?... Est-il une personne au monde à qui le ciel inclément envoie autant d'ennuis et de chagrins?.... Que faire au milieu de ce trouble, où je ne vois point la conduite que je dois tenir, et où je n'aperçois ni soulagement ni consolation?... Quand une fois on a éprouvé un malheur, tous les malheurs arrivent à la suite, et il semblerait qu'ils s'engendrent les uns des autres. Un sage disait que les malheurs étaient lâches, parce qu'un ne va jamais seul. Moi je dirais plutôt qu'ils sont braves, car ils vont toujours en avant, ne reculent jamais; et quand on marche avec eux, on n'a pas à craindre qu'ils vous laissent en chemin et vous abandonnent. Je le sais, moi qui, dans tous les événemens de ma vie, les ai sans cesse trouvés à mes côtés, moi qui n'en ai jamais été délaissée, moi qu'ils accompagneront fidèlement, j'en suis assurée, jusqu'à la mort... Hélas! que faire en cette circonstance ? Si je dis qui je suis, Clotaldo, qui a bien voulu m'accorder sa protection, peut s'en offenser; d'autant qu'il m'a dit qu'il attendait de mon silence la réparation démon honneur... Si je ne dis pas à Àstolfe qui je suis et qu'il me voie, il saura bientôt à quoi s'en tenir; car si ma voix, si mes regards essaient de le tromper, mon àme n'en sera pas capable, et, révoltée, elle accusera de mensonge mon regard et ma voix... Que faire? quel est mon but? Hélas! j'aurais beau me préparer, quand viendra l'occasion j'agirai selon l'instinct de ma douleur ; car c'est la douleur qui gouverne un cœur malheureux. Laissons donc, lafssons agir ma douleur suivant l'inspiration du moment. — Mais, ô ciel! puisque voici déjà l'occasion et le moment, protége-moi, soutiens-moi! !. 30
Kntre 4STOLFE . il l'n 'lit .1 ].i nu.in un portraH.
asti il FE.
Voici, madame, le portrait... .Mais, grand Dieu!
ROSAUR \.
li'où >ient l'étonnement de votre allessc?
ASTOLFE
De ce que je vous vois et de ce que je vous entends, Rosaura.
uosai i; \.
Moi, Rosaura!... votre altesse est dans l'erreur; elle me prend sûrement pour une autre. Mon nom est Aslrca, et je ne mérite point de vous causer un pareil trouble.
ASTOLFE
.Ne cherchez pas davantage à me tromper; mes senlimens ne m'abusent point; et si je vous parle comme a Astrea, je vous aime comme Rosaura.