‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 16 sur 156 · LIS AU DO · texte numérisé non relu

LIS AU DO

Je vous entends, madame.

MARCELA.

Cela est-il vrai?

Parfaitement vrai.

Et... que dites-vous ?

LISARDO.

Je dis, madame, que je ne chercherai pas à m'excuser, quoique cela me fût facile; car, madame, auprès d'une femme qui est si bien au fait de ce qui me concerne dans un pays où je suis étranger, — d'une femme qui se cache à ce point d'un homme avec lequel je suis ami, — d'une femme qui tient dans la maison de cet homme une suivante qui lui rapporte mes discours, — je n'ai plus qu'à me taire et à me retirer; car, madame, avant d'être votre galant, j'étais l'ami de don Félix. Souffrez que je m'éloigne.

MARCELA.

In moment, s'il vous plaît, de grâce.

LISARDO.

J'obéis, madame. {A part.) Maudit soit l'homme qui trahit l'amitié I

MARCELA.

Je m'aperçois, seigneur cavalier, qu'aux détails que je vous donne vous soupçonnez que je suis la dame de don Félix. Eh bien ! vous êtes dans l'erreur. Vous me croirez, si vous croyez à quelque chose : non seulement je ne suis pas, mais il est impossible que je sois jamais sa dame.

LISARDO.

Alors, madame, qui vous aurait appris mon nom? qui vous aurait si bien mise au courant de mes affaires? Par qui avez-vous su si bien à point ce que nous avons dit dans sa chambre nous deux?

MARCELA.

Pour lever tous vos doutes, qu'il suffise de vous répondre que je suis l'amie d'une noble et belle dame qu'il aime. Tout-àl'hcure elle m'a parlé de lui, et de vous par occasion, et m'a fait part de ce qu'elle tenait de don Félix. Car, bien que votre ami soit un digne cavalier, vous savez qu'il n'y a de secret bien gardé que le secret qu'on ne sait pas... — Et maintenant je vous prie de ne pas lui achever votre histoire ; qu'il n'ait pas de vous sur mon compte de nouveaux renseignemens ; qu'il ignore que nous nous sommes vus et que vous connaissez ma maison.— Car, s'il faut vous le dire, la moindre indiscrétion de votre part expose mon honneur, ou, tout au moins, ma yie.

LISARDO.

Tous mes doutes sont dissipés, madame, soyez-en certaine; mais

il me vient une autre crainte Qjui me tourmente plus encore. Car

enfin, si vous n'êtes pas...

Entre CELU.

CELIA, bas, à Marcela.

Madame?

HARCELA, hiis, à Colin.

Qu'y a-t-il, Celia?

(ii i \, de mime.

I est mon maître qui arrive par le corridor.

HARCELA, de me me.

II ne me manquait plus que cela! l'ourra-l-on sortir?

celia, de même.

Non. madame; mon maître \ient par la même porte par laquelle ce cavalier est entré, et il ne convient pas qu'il soit instruit que ■nous avons a la maison une autre porte. — Le voici qui entre. HARCELA, à Lisardo.

Vous devinez, seigneur cavalier?...

LISARDO.

Oui, madame; que ferai-je?

CELIA

Il faut que vous vous cachiez dans cette chambre.

MARCELA.

Vite, vite! car si l'on vous voyait...

LISARDO.

Vive Dieu! je suis perdu.

Il se cache dans une pièce voisine

Entre LAURA.

marcela, à part.

Que de reproches elle a droit de me faire!

LAURA

Tu vois, Marcela, tu m'as mise dans une jolie position!

MARCELA.

Uui aurait p*u prévoir que ton père serait sitôt de retour? Ealre PABIO.

FABIO

Qu'est ceci, OHa? Depuis quand a-t-on pris l'habitude de laisser celte porte ouverte ?

LAURA

C'est que, seigneur, Marcela est venue me voir; et comme cette porte esl préi d'une maison où elle était, j'ai commandé qu'on l'ouvrit. Vous l'eussiez trouvée fermée autrement. — Voici mon amie.

I \IJI0.

Pardonnez, belle Marcela; comme il est déjà nuit, je ne vous voyais pas. — Apporte-nous de la lumière, Celia.

JOURNEE II. SCEXE I. 25)

CFUA.

J'y cours, monseigneur.

Elle sort.

LiTRA, ci part.

Tout mon cœur est troublé !

fabio, à Morcela.

Quel heureux motif a valu aujourd'hui à ma fille votre visite?

HARCELA

J'ai entendu parler de la tristesse de Laura, et je me suis empressée de venir la voir, afin d'essayer d'adoucir sa peine.

LAURA

De quoi je lui suis bien obligée, certainement, car on reçoit quelquefois des visites dont on se sciait fort bien passé. fabio, à Laura.

Allons, tu vas mieux, ce me semble. [A Marcela.) C'est à vous, madame, qu'elle le doit. — (Appelant.) Holà, des flambeaux I

Enlre CELIA.

CELIA

Les voici, monseigneur.

Elle pose les flambeaux sur un buffet.

Enlre HERRERA.

herrera, à Marcela. 11 est huit heures et demie, madame, l'heure de nous retirer à la maison. Vous m'avez commandé de vous venir chercher à la nuit tombante.

marcela, bas, à Laura.

Il me peine, ma chère, de te laisser au milieu de ces ennuis.

laura, bas, à Marcela.

Je reste pour payer la faute d'autrui.

marcela, de même.

J'espère que cela finira heureusement.

laura, de même.

Je le souhaite.

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