‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 18 sur 156 · LAL'RA · texte numérisé non relu

LAL'RA

Vous avez eu tort, don Félix. A peine m'avez-vous délivrée d'un chagrin, que vous m'en donnez un autre. {A part.) Je ne sais que lui dire, et n'ai pas la force de parler. {Haut.) Pourquoi avez-vous pénétré ici imprudemment, sans considérer que d'un moment a l'autre mon père peut rentrer?

DON FÉLIX

J'ai voulu seulement vous dire, Laura, que j'attends dans la rue qu'il soit l'heure de vous parler, pour qu'après vous ne me disiez pas q::e je viens d'une autre maison lorsque je viens vous voir. Ainsi je retourne à mon poste.

LAURA

Oui, retournez-y, et au plus tôt. Quand mon père sera rentré et retiré dans son appartement, nous pourrons causer à notre aise. Je suis troublée... Je crois qu'il soupçonne notre amour... Tous ces jours-ci il n'a fait qu'aller et venir, et môme tout-à-1'heure il a pris la clef de cette porte. {A part.) 11 fallait bien mentir pour assurer la sortie de ce cavalier qui est là.

Afin de dissiper vos craintes, je m'en vais. — Je serai dans la rue.

fabio, du dehors.

Holà! qu'on m'éclaire!

LAURA

Ciel ! voici mon père !

Oui, madame, c'est lui t

Eh bien ! Laura?

Quand je vous le disais!

CELIA

Celia prend un flambeau et «cru DON FÉLIX.

LAURA

DON FELIX

Puisque votre père a pris la clef de cette porte, je n'ai plus par où. sortir. Ainsi je vais me cacher dans cette pièce.

Il ouvre la poile de la pièce voisine où est Lisardo. Laura IV.mpêche d'y entrer.

LAURA

Non ! n'entrez pas par là, don Félix.

DON FÉLIX

Pourquoi?

la un A.

Parce que mon père passe toujours une partie de la nuit à écrire dans cette chambre.

Vive Dieu ! cela n'est pas. Vous avez un autre motif pour m'en:— pêcher d'entrer; et ce motif, je le sais. J'ai vu la, la-dedans, en entr'ouvrant la porte, à travers l'obscurité, — un homme!

LAURA

Vous vous trompez, don Félix.

DON FÉLIX

J'en suis certain, madame ; il y a là un homme et cet homme, j« veux le voir.

tt MAISON A DEUX PORTES.

LAURA

En vérité, vous êtes dans l'erreur.

DON FÉLIX

Laissez-moi voir alors.

LAURA

De grâce, don Félix, voici mon père qui entre. uo\ FELIX, à part.

Malheureux que je suis! quelle horrible position! Si je fais du bruit, j'apprends à Fabio son outrage; si je me tais, je souffre le mien.

Entre FABIO.

FABIO

Vous ici, don Félix, à cette heure?

LAURA, bas, à don Félix.

Songez, pour Dieu ! a votre conduite. Vous êtes cavalier, ménagez l'honneur d'une femme.

don fllix, bas, à Laura.

Vous me connaissez et n'avez rien à craindre. {liant.) Je venais chercher ma sœur. On m'a dit qu'elle était chez vous.

Je viens de la laisser à sa porte. Je lui ai servi d'écuyer.

LAURA

C'est, mon père, ce que je répondais au seigneur don Félix.

DON* FKLIX.

Dieu \ous garde, seigneur, pour l'insigne honneur que vous avez fait ;i ma sœur!

FABIO

J'ai été moi-même trop honoré... Elle vous attend chez vous.

DON FÉLIX

<!e \'ii> la rejoindre. [A part.) Je ne sais que résoudre... Rester ici, sottise; me retirer en y laissant un homme, folie; troubler la maison pour cet homme, indignité; l'attendre dans la rue, impossible; il a deux portes, et je suis seul. Oh! que n'ai-je amené avec moi Lisardo, ce \éritable arni !... Mais j'ai un moyen de tout savoir. [iluul.) Demeurez avec Dieu!

FABIO

Qu'il vous protège également!

LAURA

Je lui adresse le même souhait.

DON Félix, à part.

Vive Dieu! nous verrons aujourd'hui s'il est vrai que la fortune «ide a l'audace.

Il sort 1 1 ec [uUc!oaent.

FABIO

Celia» éclaire vile a don Félix.

,Wl*i\ËE II, SCENE I. 33

CELIA

iJ est déjà bien loin

Elle sort apres avoir pris un fi jtultAU.

fabio, prévint l'autre flambeau.

Viens avec moi, Laura; j'ai à te parler seul à seul.

LAURA, à part.

Ciel! qu'a-t-il donc à me dire? Comment tout cela finira-t-il? fabio, faisant mine d'aller vers la chambre ouest Lisardo.

Viens par ici.

lâcha, à part.

Jésus! Jésus!

FABIO. allant d'un autre côte'.

Non, allons par là, plutôt.

LAURA

0 mon Dieu!... je sais sauvée... au moins pour le moment.

Fabio et Laura sortent.

Entre CELIA, un flambeau à la main.

CELIA

Don Félix a disparu en un moment, sans attendre que je descendisse pour lui éclairer. Je devine son intention. 11 veut se trouver le plus tôt possible à la porte de l'autre rue. Mais avant qu'il y soit, ce cavalier sera parti. 11 n'y a pas à balancer. Mon maître est dans sa chambre avec madame... {Ouvrant ta porte.) Eh ! cavalier! seigneur cavalier!

• Entre LISARDO.

LISARDO.

Eh bien?

Vous nous avez causé ici bien de l'embarras.

LISARDO.

Je sais ce que je vous dois. Quoique je n'aie pas entendu tout fort clairement, parce que les voix m'arrivaient affaiblies, j'ai cepeniant compris que la maison était fort agitée.

CELIA

Allons, partons.

LISARDO.

Partons.

CELiA, à part.

Qu'il sorte une fois de la maison, et après, qu'on se batte, qu'on s'égorge dans la rue, j'en suis d'avance consolée.

Elle e'teint le flambeau. — Sortent Lisardo et Ceba. Entre DON FÉLIX.

DON FÉLIX l.

Avant qu'elle ne fût descendue pour m'éclairer, j'ai pu rne cacher

1 Corme il n est pas possible que don Félix entre par la porle de la chambre où Li«

dans un recoin de l'escalier, enveloppé de mon manteau. Que ce temps m'a paru long! chaque minute était un siècle?... On a Vira pas eu le loisir de renvoyer cet homme, et je doute qu'on s'y hasarde en pensanl que je suis dans la rue... Feignons que je suis un valet de la maison, que je suis au l'ait de l'aventure : amenons le avec moi jusqu'à la rue, et la... que ma fureur et ma jalousie!... ( // t'approche de la porte de la chambre où était I.isardo.) C'est bien là la porte de la chambre où il était... Pourquoi donc l'a-t-on ouverte?... [Appelant à demi-voix.) llola! seigneur cavalier, suivezmoi; n'ayez pas peur. (.4 part.) Il ne répond pas. {Appelant.) Seigneur cavalier!... [Avec colère.) Vous ne voulez pas répondre!... \ ive Dieu! vous m'obligez par votre silence a vous aller chercher !

Il en lie dans la pièce voisine.

Entre LAURA avec un flambeau.

LAURA

3 ai eu bien peur... Heureusement que ce n'était rien. Je croyais que mon père m'allait interroger sur la présence de don Félix; et c était pour me dire qu'il partait demain matin pour la campagne... pour affaires.— Mais qu'est devenue Celia?... Où es-tu donc Celia?... Ils sont tous partis et m'ont laissée seule dans mon danger... Personne ne paraît... Hélas! que faire?... Don Félix doit être dans la rue tandis que ce cavalier est caché la. .N'importe, il faut qu'il parte; il le faut avant tout. Je suis celle que je suis. {Elle s'approche dp la porte.) Çà, cavalier, il est temps que vous partiez. Ne soyez p.i> étonné de me voir...

Entre DON FÉLIX.

DON FÉLIX

Ah! comment puis-je ne pas être étonné de vous Yoir, Laura?

LAURA

Qu'en tends- je ?

C'est moi.

Don Félix!

Lui-même.

0 ciel !

DON l'I-I.lX.

0 la plus légère des femmes, la plus perfide, la plus fausse!

tanin ci ail caché, ni par la porte de rappartemcnl où Falno et Laura viennent d'entrer, il faut nécessairement qu'il cnire par nne troisième porte, par ou gant sortis Lisanrj cl Celia; il bot, de plu», qu'il n'entre qu'un moment après leur sortie, parce que, sans eel?, h .<•- aurait rencontrés. Cette faute < notre la loi du théâtre, qui ne veut p;is qne i • vide «e t. -h m. vi- fréquemment dam les drama listes français qui ;ipp:n li-.'u- »ii*. a • i .- moi tic du .!:\- clc, sans excepter l<: grand CorueiUtî.

DOX FÉLIX.

LAURA

'07JïiNÉïr. II, SCENE . ;;•;

LAURA

Qu'est-ce que cela signifie?

DON FÉLIX

Cela signifie qu'il y a un homme à cette heure que vous avez abusé long-temps, et qui est complètement désabusé... Cela signifie* que cet homme renonce à vous pour jamais.

LAURA

Je me meurs!

Adieu.

Don Félix!

Adieu.

DON FELIX

LAURA

DON FÉLIX

Il marche dans la chambre, elle le suit. LAURA.

Mon bien! ma vie! monseigneur!

DON FÉLIX

Mon mal, ma perte et ma honte, que me voulez-vous?

LAURA

Je veux ne vous aimer plus*.

Et moi, je vous crois, parce que vous le dites ; car ce que vous dites, je dois le c.oire. Car vous n'avez pas caché un homme là, dans cette chambre, n'est-il pas vrai? Et vous ne m'avez pas affirmé que la porte de ce côté était fermée? Et tout-à-1'heure vous n'avez point parlé à moi en pensant parler à cet homme!... Oui, je vous crois, bien que je l'aie vu de mes yeux... Mais non, je n'ai rien vu.,. Malheur à moi d'être plus clairvoyant pour votre honneur que vousrième!... Adieu, Laura ! adieu, Laura!

LAURA

Un moment, de grâce, arrêtez!... Avant de partir, écoutez-moi.

1 Jlfi mal, mi muerte, mi ofensa,

Que me quieres ! — Que te quisro?

Te quiero no mas...

Il y a ici un jeu de mois sur le mot quêter, qui signifie en même temps, en espagnol, aimer et vouloir. La double signification de ce verbe a inspiré au poêle; Vilh gas le déboîtement d'une petite pièce de vers pleine de charme que connaissent toutes les personnes qui se sont occupées de littérature espagnole. Le poète raconte qu'il a vu un oiseau se plaindre de ce qu'un laboureur avait dérobé le nid ou l'oiseau avait laissé sa compagne. Il suivait le laboureur en voltigeant de branche en branche, et il semblait tui dire :

- Dame, rustico fiero,

Mi dulce compania. -

I que le respondia

lii rustico : • Xo quiero. -

«Rends-moi, bcsajce cruel, cra compagne chérie.» Et cet homme lui répondait : * J^ ttf veux pas [wp a'aime d.»s^. .

* M LISON A DEUX PultfKân

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