W!IV
11 i voulu la suivre, mais je l'en ai empêché; puis, au lieu de iui donner des explications, je lui ai reproché sa conduite, et nous s sommes querellés.
MARCELA.
J suis aussi fâchée que loi contre lui.
LAURA
\ lès cela, pour ne pas lui montrer que j'eusse du chagrin, pour lui laisser croire au contraire que j'étais contente, — hélas! Marcela, quel tourment cela est que de feindre une joie qu'on n'a pas! — s, je suis partie avec quelques-unes de nos amies pour la mer d'Antigola. Nous y sommes arrivées vers le milieu du jour. Là, bientôt, nous avons été témoins d'un spectacle charmant. D'abord j'ai mi la reine. — que puisse-t-c!le vivre des siècles, cette belle fleur de France transplantée enCastille1! — la reine descendre de son carrosse sur le rivage. Puis elle est montée dans une frégate magnifiquement pavoisée, et, suivie de plusieurs barques qui portaient ses dames, aussi brillantes que les nymphes de Diane, elle a navigué a travers ce petit océan, qui paraissait se gonfler sous elle, orgueilleux d'un tel honneur. Puis je l'ai vue de loin aborder à l'île du Pavillon, laquelle était toute couverte de fleurs aux couleurs variées, et où l'attendait une musique enchanteresse qui s'est mise à sonner a son approche. Eh bien! te l'avouerai-je , Marcela ? tout cela n'a point égayé mon cœur; il était toujours aussi inquiet, aussi triste, aussi cruellement déchiré par la jalousie: tandis que j'admirais la reine, je songeais à don Félix.
MARCELA.
Pauvre Laura !
Tu me plains donc?
Oui, sans doute.
LAURA
MARCELA-
I LOBA.
Prouve-le-moi. prouve-moi ton amitié.
MARCELA.
De quelle façon? parle
LACHA.
Écoute. Je ne veux point parler a don Félix, car ce serait une action lâche et indigne que de lui donner à connaître que je suis jalouse ; mais j'ai imaginé une ruse qui me satisfera, et pour le succès de laquelle tu peux m'être «l'un grand secours. Je soupçonne que
' Comme l'action de la pi^-. I » 1 ràfjM <!c Philippe IV, il suii t!e là <\u<- 1»
reine dont reine Élisabeib, fille de llenii IV, femme Ires-aima-
ble, dil-co, et qui (ut adore'* des Etpagnolt.
Nice habite en secret son appartement; je voudrais m'en assurer; et, pour cela, il faut que tu me permettes de l'épier cette nuit par cette porte qui correspond chez lui, et qu'il a masquée, dis-tu, d'une tapisserie. Si tu me demandes comment je pourrai m'absenter de la maison, je te dirai que mon père est parti ce matin pour la campagne, et qu'il ne reviendra pas de quatre ou cinq jours. Ainsi, je puis sans péril profiter deux ou trois nuits de ton hospitalité, et tu m'accorderas, chère amie, cette grâce, à laquelle j'attache un si haut prix.
Je ne saurais te refuser, Laura, d'autant que tu t'adresses à mon obligeance avec des raisons que j'ai invoquées naguère auprès de toi. 11 n'y a qu'un seul obstacle; mais si tu le lèves, établis-toi ici aussitôt que tu voudras ; cette maison est la tienne.
LAURA
Cet obstacle, quel est-il ?
HARCELA
Mon frère, qui est aussi affligé que toi, — peu importe que je le trahisse, nous devrions toujours, nous autres femmes, nous liguer contre les hommes, — mon frère est venu me demander tout-à-1'heure que je feignisse d'être mal avec lui, et que, sous ce prétexte, j'allasse te demander l'hospitalité pour quelques jours, afin de lui servir de surveillante auprès de toi. Si donc je n'allais pas chez toi, pour te faire ici les honneurs de la maison, il pourrait dire...
LAURA
Cet obstacle n'en est pas un; au contraire, je suis ravie... Tout s'arrange pour le mieux... Va, va vite chez moi... Lorsqu'il te saura à la maison, il aura moins de sujet de soupçonner que je sois chez lui.
HARCELA
Tu as raison; mon absence assure le succès de ta ruse.
LAURA
Comment nous conduirons-nous?
HARCELA
Rien de plus aisé. — Donne-moi ma mante, Silvia. Tu diras à don Félix que je suis allée chez Laura, et que j'y suis allée de nuit, afin qu'il ajoute plus de foi à mon récit. {Bas à Silvia, pendant quelle met sa mante.) Tu chercheras Lisardo, et tu lui commanderas de ma part de venir me trouver là-bas ce soir, sans faute. {Haut.) Viens avec moi, Celia; toi, Silvia. reste ici pour servir Laura. ( A I.aw-a.) Nous changeons de suivante, n'est-ce pas, en même temps Mue de maison?
Ï.ALRA.
Quoi '. déjà ? o.
5* MAISON A DEUX POliTES.
M vit* Il \.
11 n'est pas besoin de tanl de réflexions. En ces sortes de choses, plus on agit promptement, mieux on réussit.
LA lit A.
Souviens-toi, Marccla, que tu vas dans ma maison.
HARCELA
Et toi, Laura, n'oublie pas (pie je te laisse dans la mienne.
silvia, à Celia.
Que dis-tu de tout ceci?
CELIA
Le dénouement sera — deux mariages, ou le couvent.
Harcela et Celia sorlcnl j>ar une porlo, Lama et Silvi3 par une autre