‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 44 sur 156 · L*INFANT · texte numérisé non relu

L*INFANT

Vous me donnez envie de l'essayer, votre jument.

coqi'ix , s'approchaitt.

Holà! Dieu me pardonne! >ous parliez delà jument, monseigneur, et j'accours.

DON GUTIERRE.

Retire-toi, imbécile.

l'ixfaxt.

Et pourquoi? — Son humeur me plaît.

COQUIX.

On a parlé de la jument; c'est comme si l'on avait parlé de moi, et j'ai dû entrer en scène. Je prends fait et cause pour elle.

l'ixfaxt.

Qui es-tu, mon garçon?

COQUIN

Ma foi! cela n'est pas si difficile à deviner. — Je suis... je suis.. je suis enfin, — démon nom Coquin, fils de Coquin, écuyer et pourvoyeur de la jument. Je suis chargé de sa pitance ; je lui rogne chaque matin la moitié de sa portion. Et maintenant, seigneur, comme c'est aujourd'hui votre fête, je vous fais mon compliment.

l'ixfaxt.

Comment! c'est ma fête aujourd'hui?

COQUIN

Oui, monseigneur; n'êtes-vous pas tombé? Ne dit-on pas ordinairement : Tel saint tombe un tel jour?... Eh bien, moi, je dirai désormais : Tel jour est tombée la saint infant don Henri.

GUTIERRE.

Seigneur, si votre altesse, malgré mes instances, est toujours résolue à partir, il me semble qu'il vaut mieux peut-être qu'elle n'attende pas davantage. Voilà que le jour disparaît peu à peu, et la nuit aura pris bientôt sa place.

l'ixfaxt.

Vous avez raison , il faut que je parte. Le ciel vous garde , belle Mencia ! Je profiterai du conseil que vous m'avez donné , je chercherai cette dame, et j'apprendrai d'elle sa justification. (A part.) Quel dépit, d'être obligé de se taire ou de parler à mots couverts, lorsqu'on aurait à dire tant de choses! (Haut.) Je vous salue, don Gutierre. Adieu de nouveau, belle Mencia.

L'Infant se retire, suivi de don Arias et de don Diègue.

don gutierre, à Coquin.

Et toi, va-t'en, s'il te plaît.

COQUIN

Certes, oui, je vais voir partir ma jument. Pauvre bête! pourvu qu'on nous la rende; ce serait là une perte!

Il sort.

don gutierre, à dona Mencia.

Chère maîtresse de mon âme, malgré toute la joie que j'aurais à rester Drès de vous je vous demande, au contraire, de me per-

mettre d'aller baiser les pieds au roi mon seigneur qui arrive de Cas tille. C'esl le devoir de toul chevalier daller lui donner la bienvenue, el je puis y manquer moins qu'un autre. Adieu donc, ma chère âme.

dona MEXCIA.

DouGutierre! pourquoi cherchez-vous à m'affliger?

DOX GUTIERRE.

Moi! je cherche à vous affliger!

DONA MEXCIA.

Cette visite dont vous parlez n'est qu'un prétexte; ce n'est pas là la véritable raison qui vous appelle à Séville.

DOX GUTIERRE.

Je vous jure sur vos yeux qu'il n'y en a point d'autre.

DONA MEXCIA.

Si fait, et je la connais.

DOX GUTIERRE.

Et laquelle?

DONA MEXCIA.

Je n'en puis douter, c'est dona Léonor que vous allez voir.

DON GUTIERRE.

Que dites-vous? dona Léonor?

DONA MEXCIA.

Oui, cette dona Léonor que vous avez tant aimée.

Laissons cela. Ne prononcez pas môme son nom; il me déplaît, je le déteste.

DONA MENCIA

Vous êtes ainsi faits, vous autres hommes. Un jour l'amour le plus dévoué, le plus ardent, le lendemain l'oubli; un jour une passion que rien n'arrête, le lendemain la lassitude, l'indifférence ou l.i haine.

DON GUTIERRE.

Oui, elle me plaisait, je la trouvais belle avant que de vous connattre ; mais depuis que je vous ai vue , je m'étonne qu'elle ait pu Gxer ma pensée un seul instant. Ainsi le voyageur, la nuit, regarde une étoile qui brille dans le ciel; mais quand le soleil a paru, il détourna les yeux avec dédain de cette étoile qui l'a charmé.

DONA MENCIA

Voilà une comparaison beaucoup trop flatteuse pour moi.

DOX GUTIERRE.

Enfin, m'accordez-vous la permission que je yous demande?

DONA UENCIA.

Il parait que vous tenez beaucoup à aller à Séville?

DOX GUTIERRE.

Si je ne consultais que mon cœur, j'aimerais bien mieux demeurer auprès de vous; mais mon devoir m'appelle auprès du roi.

DONA MENCIA

Alors, partez.

Adieu, dona Mencia.

Adieu, don Gutierre.

DON GUTIERUE.

DONA MENCIA

Il sort

JACINTHE

Vous êtes bien triste, madame.

DONA MENCIA

Ah! Jacinthe, qui ne le serait à ma place?

JACINTHE

Les événemens de la journée paraissent vous avoir laissé une inquiétude, un trouble...

DONA MENCIA

Et ce n'est pas sans raison. Si tu savais!.

JACINTHE

Qu'y a-t-il donc, madame?

DONA MENCIA

Non, rien.

JACINTHE

Confiez-vous à moi, de grâce l

DONA MENCIA

Tu veux que je te confie ma vie et mon honneur !

JACINTHE

Vous le pouvez, madame.

Eh bien ! écoute.

JACINTHE

Dites.

DONA MENCIA

Tu n'ignores pas que je suis née à Séville. — C'est là que don Henri, — je te parle de l'infant, — c'est là que don Henri me rendit des soins en secret pendant plusieurs années. Il fut obligé de s'éloigner. Alors don Gutierre se présenta, et mon père, abusant de son autorité, me contraignit à l'épouser. — Maintenant, que te dirai-je? L'infant est de retour; il m'aime, et moi j'ai de l'honneur. — Ah! Jacinthe !...

JACINTHE

Eh! madame, ne vous chagrinez pas pour si peu. Vous connaissez ce proverbe castillan : — H y a remède à tout, fors à la mort.

Oofia Mencia cl Jacinthe sortent.

8ft LE MEDECIN DE son HONNEUR.

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