‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 51 sur 156 · que dirait-on de toi, malheureux · texte numérisé non relu

que dirait-on de toi, malheureux

coquin.

Je me rnoque des discours ! — Voulez-vous, par hasard, que je me laisse mourir par raine gloire? pour soutenir ma réputation? pour que l'on vante ma fidélité quand je ne serai plus là pour jouir de ces éloges? Fi donc! — Si l'on vivait deux fois de suite, monseigneur, je ferai! volontiers pour vous le sacrifice de ma première vie, je vous le jure; mais comme on ne vit qu'une fois, et qu'après en voila pour des siècles, je tiens bon, et je vivrai ma vie jusqu'à la fin. Ainsi soit-il!

JOURNÉE 11, SCÈNE II. lu.

Entre DONA MENCIA.

I»ONA MENCIA

Seigneur! seigneur! au secours !

£DR GUTIERRE.

Dieu me protège! Qu'est-il arrivé? qu'y a-t-il?

BON A MENCIA

Un homme...

DON GUTIERRE.

Un homme!... un homme, dites-vous? où est-il, cet homme?

DONA MENCIA

Je lai trouvé caché dans mon appartement... 11 était debout... enveloppé dans son manteau jusqu'aux yeux... Je n'ose plus y retourner...

LGN GUTIERRE.

Quoi!... un homme! un homme ici! Je ne sais quelle secrète épouvante a saisi mon cœur. — Vous l'avez vu, cet homme?...

DONA MENCIA

Je l'ai vu, seigneur.

J&N GUTIERRE.

Et moi je vais le voir. {A Coquin.) Prends ce flambeau.

COQUIN

Moi, seigneur?

DON GUTIERRE.

Prends, te di:> jo.

COQUIN

Mais, seigneur, peut-être qu'il n'y a personne.

DON GUTIERRE.

Ne crains rien, puisque tu viens avec moi.

DONA MENCIA

Ne pressez point ce vilain lâche. Tirez votre épée, je marche devant vous. (Klle prend le flambeau et le laisse exprès tomber à terre.) 0 mon Dieu! le flambeau m'est échappé!

DON GUTIERRE.

11 ne manquait plus que cela!

Entrent L'INFANT et JACINTHE, qui traversent la chi-mbre. DON GUTIERRE.

Mais j'irai sans lumière.

Iitort.

l'infant.

Où me mènes-tu, Jacinthe?

JACINTHE

Suivez-moi sans peur; je connais bien la maison.

L'Infant et Jacinthe sortent.

coquin, à part.

Où irai-je, moi?

DON GUTIERRE, rentrant, à part.

Il nie semble avoir entendu un homme.

coouw à part. Si je nie cachais dans l'armoire?

DOS GUTiERRfc, rencontrant Coquin.

Holà! je le tiens!

Il le prend au collet.

COQUIN

Mais, monseigneur...

DON GUTIERRE.

Ne bougez pas

coquin.

Vous vous trompez, monseigneur!

DON GUTIERRE.

Vive Dieu ! je ne te lâche pas que je ne sache qui tu es!... et ensuite je t'étrangle.

COQUIN

En vérité, c'est moi, je vous jure!

DON.v mencia, à part.

Dieu puissant! Jésus! Jésus! c'est l'infant qu'il a rencontré! — Quelle horrible position !...

don gutierre, criant.

Eh bien! un flambeau! la lumière!

Enlre JACINTHE . un (lambeau à la ma:r JACINTHE.

La voila! la voilà!... Un peu de patience.''...

DON GUTIERRE.

Avance donc!

Il faut voir quel est cet homme.

COQUIN

Eh ! seigneur, c'est moi !

DON GUTIERRE.

Quelle mauvaise plaisanterie!

COQUIN

Je vous le disais bien, monseigneur, que c'était moi.

DON GUTIERRE.

J'entendais bien que tu me parlais ; mais j'en croyais tenir un autre. (À part.) Il y a là-dessous, ô mon âme! quelque profond mystère.

dona mencia, bas, à Jacinthe.

Eh bien! est-il parti?

jacinthe, de même.

Oui, madame.

ik>na mencia, à don Gutierre Voilà le résultat de votre absence. Les voleurs auront su que vous étiez dehors, — et cela les aura encouragés.

DON GUTIERRE.

Je vais visite* la maison. (A part.) Mais je tremble de découvrir la vérité; il y a là-dessous quelque horrible mystère.

Il sort.

JACINTHE

C'a été bien hardi à vous, madame, de vous décider à cette action.

DON A MENCU.

J'y ai trouvé mon salut.

jacinthe.

Comment avez-vous pu vous y décider?

DONA MENCIA

Par la raison que si je n'eusse rien dit et que don Gutierre se fût aperçu de quelque chose, — il aurait pu croire que j'étais la complice de l'infant; et puis je n'avais que ce moyen de le sauver. — Tu vois, le ciel m'a protégée.

Entre DON GUTIERRE ; il tient un poignard à la main et le regarde avec

allenlion.

DON GUTIERRE, à part.

Ce poignard si riche n'est pas l'arme d'un homme obscur. {Il le cache sous son manteau.)0 ma chère Mencia ! vous avez été abusée par une vaine illusion. J'ai visité toute la maison du haut en bas. et je n'ai pas même aperçu l'ombre d'un homme. (A part.) Hélas! je cherche à me tromper moi-même, car ce poignard soulève en mon sein mille soupçons, mille terreurs. Mais le moment n'est pas venu encore. (Haut.) Mencia, mon cher bien, ma chère épouse, voici le jour qui commence a paraître à l'horizon; il faut que je parte. Je regrette vivement d'être obligé de te laisser, — de te laisser ainsi toute émue, après cette aventure; mais il le faut.

DONA mencia.

Vous ne m'embrassez pas, monseigneur?

DON GUTIERRE.

Je ne l'aurais pas oublié, ma chère vie.

Il va pour l'embrasser, et il montre, sans le vouloir, sa main qui lient le poignard.

DONA mencia, effrayée.

Ah! seigneur. — Quoi! vous voulez me tuer! Grâce, je vous prieï Je ne vous ai point offensé!... Grâce! grâce, monseigneur!

Pourquoi ce trouble, Mencia? — Remettez-vous, mon bien, mon épouse, ma vie, mon âme !

DONA MENCIA

C'est que, monseigneur, en vous voyant armé de ce poignard, je me suis imaginée que vous m'en portiez un coup, et que je tombais ici blessée, et que je mourais baignée dans mon sang.

DON GUTIERRE.

Moi, vous frapper ï — Au moment de visiter la maison j'ai tiré ce

poignard de sou fourreau.

DONA MENCIA

Quelle folle idée j'avais la!

DON GUTIERRE.

Oui, une idée bien folle, en effet.

DONA MENCIA

Je ne vous ai jamais offensé, n'est-il pas vrai?

DON GUTIERRE.

Non, certes, jamais. — {À part.) Comme elle s'excuse mal avec mut son esprit!

DONA MENCIA

C'était sans doute ma tristesse qui m'offrait ces noires images.

DON GUTIERRE.

Il faut la chasser au plus vite.

Est-ce que vous partez, seigneur?

DON GUTIERRE.

Je devrais être déjà loin.

DONA MENCIA

Reviendrez-vous bientôt?

DON GUTIKP.IiE.

Si je puis, ce soir.

DONA MENCIA

Que le ciel vous accompagne!

DON GUTIERRE.

Adieu, Mencia!

dona mencia, à part.

Les forces m'abandonnent!

DON GUTIERRE, à pari.

0 mon honneur! mon honneur! nous avons de quoi causer beaucoup tous deux seul à seul!

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