I.ISARDO
Bien étrange vraiment!
MARCELA.
Je suis sur les épines.
S1LVIA.
Ces hommes sont tous d'une indiscrétion
Et vous ne savez pas qui elle est ? Vous ne l'avez pas vue ?
LISARDO.
Si fait. Je ne l'aurais pas laissée échapper autrement. Ça été ma condition.
DON FÉLIX
Achevez donc alors. Dépeignez-la-moi.
LISARDO.
Ah! mon ami. qu'elle est belle!
MARCFLA,
Je tremble, Sylvia.
Entre CELIA airec sa mante
CELIA
Seigneur don Félix, une femme voudrait vous parler en secret.
DON FÉLIX
Cela est aisé.
MARCELA.
Grâces à Dieu! elle arrive à propos. Elle est un ange pour moi.
LISARDO.
Ce n'est pas, je vois, le moment que j'achève mon histoire.
DON FÉLIX
Tantôt, si vous voulez. Permettez, pour Dieu ! qu'à cette heure je parle à cette femme. C'est la suivante de ma dame.
Que je meure si ma prédiction n'est pas près de s'accomplir! Un tiers vmis gênerait; adieu, à tantôt.
Il sort.
DON FÉLIX
Quel motif t'amène, Celia?
CELIA
Ne vous étonnez pas que je ne sois pas venue plus tôt. Il me faut
bien du courage pour venir ; si ma maîtresse le savait, elle me tuerait assurément.
DON FLUX
Elle est donc bien irritée contre moi?
CEI I \.
Impossible qu'une femme le suit davantage contre un homme. — Comme elle m'a envoyée par ici en commission, je n'ai pu m'erapôcher d'entrer pour vous voir et vous parler un moment.
don FÉLIX.
Et que fait ta belle maîtresse?
CELIA
Hélas! du matin au soir et du soir au matin elle ne tait que se plaindre de votre ingratitude, de votre perfidie.
DON FÉLIX
Que Dieu m'abandonne si je l'ai jamais offensée!
CELIA
Que ne vous expliquez-vous avec elle?
Vile refuse de m'écouter.
CELIA
Si vous étiez un homme discret et si vous me promettiez de vous taire, je me risquerais à vous conduire en un lieu où vous ia trouveriez.
DOX FfcLfX.
Ah! Telia, je serai muet comme un marbre, et rien n'égalera ma reconnaissance.
CELIA
Eh bien! suivez-moi. Si mon maître sort, je vous ferai signe et laisserai la porte ouverte. Vous entrerez vite, et je vous introduirai chez elle.
DON FÉLIX
Tu me rends la vie, Celia.
CELIA
Voici l'heure favorable. Ne tardons plus, suivez-moi.
DON FÉLIX
Partons, j'ai hâte d'arriver.
cllia, à part.
Ah! le pauvre innocent!... VA comme il est aisé de conduire un amant chez sa dame!
Don Félix cl Céna «tniti.i.
HARCELA
Je respire enfin, Celia. Je l'ai échappé belle.
silvia.
Vous ne l'avez pas échappé encore, madame. Ces messieurs se retrouveront et l'histoire s'achèvera.
HARCELA
Non pas; j'y mettrai ordre auparavant.
SILVIA
De quelle manière?
HARCELA
En lui écrivant de me garder le secret jusqu'à ce qu'il m'ait vue, et ce ne sera pas plus tard que ce soir.
SILVIA
Quoi! vous lui déclareriez qui vous êtes?
HARCELA
Jésus! Jésus! que le ciel me garde!
SILVIA
Que ferez-vous donc alors ?
HARCELA
Il me vient une idée. — Laura est la dame de mon frère...
SILVIA
Oui, madame.
HARCELA
Laura est mon amie...
SILVIA
Oui, madame.
Laura sait ce que c'est que l'amour; je me confierai à Laura.
SILVIA
Et après?
HARCELA
Après ?... Viens, Silvia ; mon frère pourrait rentrer et nous entendre. — Viens dans ma chambre, que je te communique mon projet. Tu l'approuveras, j'en suis sûre.
Marcela et Silvia sortent.