‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 90 sur 156 · M EN DO · texte numérisé non relu

M EN DO

Sur quoi?

NUNO

Sur ce que la faim aiguise l'esprit.

me.xdo.

Imbécile l est-ce que j'ai faim, moi?

NUNO

Ne vous fâchez point; car si vous n'avez pas faim, la faim peut vous venir. 11 est déjà trois heures de l'apres-midi, et je suis sûr que, pour enlever les taches, il n'y a pas de pierre blanche qui fût meilleure que votre salive et la mienne.

MENDO.

Et tu crois que cela suffît pour que, moi, j'aie faim? Que la canaille éprouve le besoin de la faim, à la bonne heure! mais nous ne sommes pas tous de même espèce, et un gentilhomme peut fort bien se passer de dîner.

NUNO

Oh! alors, que ne suis-je gentilhomme!

MENDO.

3Iais ne me parle plus de tout cela; nous voici dans la rue d'Isabelle.

NUNO

Pourquoi donc, mon seigneur, aimant Isabelle d'un amour si constant et si dévoué, ne la demandez-vous pas à son père? De cette manière, vous et son père vous auriez enfin chacun ce qui vous manque ; vous, de quoi dîner; et lui, des petits-fils gentilshommes.

MENDO.

Ne me parle jamais de cela, Nuno. Eh quoi! l'argent aurait tant de pouvoir sur moi, que je m'abaissasse jusqu'à m'allier à un rustre !

NUNO

Je pensais, au contraire, qu'il n'y avait rien de plus commode pour un gendre que d'avoir un tel beau-père ; car avec les autres, dit-on, un gendre risque plus d'un choc *. Et d'ailleurs, si vous ne voulez pas vous marier, pourquoi toutes ces démonstrations d'amour?

1 Nunojoue ici sur le double sens du mot iîano, qui veut dire i^ rustre, et 21 ttrrain uni. Il nous a e'té impossible de reproduire cette orâce.

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