MES
Maniions, ma cousine. Mais c'est, à mon gré, une folie, que de vouloir garder une femme, si elle ne veut pas se garder elle-même.
Fll< s foi ti'ut.
Batreal LE CAPITAINE et LE SEKGENT.
IF. SERGENT
Monseigneur, voici la maison.
ii. i:\riTAi\E.
V i tout de suite chercher mes effets au corps de garde.
1 1 sr.itr.ENT.
Non pas, je vais d'abord savoir des nouvelles de notre petite vii- - dse.
Il sort.
JUAN
• ezle bienvenu dans cette maison, seigneur; nous sommes trop
1 Jnaoito, fliminntif de Juan.
JOfe'ItNKK 1. SCENE II. 3 09
heureux d'y recevoir un cavalier aussi noble que vous le paraissez. {A part.) Quel air galant! quelie bonne mine! que j'aimerais l'habit militaire!
Je suis charmé de faire connaissance avec vous.
jr.w.
Vous excuserez si la maison n'est pas plus belle; mon père aurait bien voulu qu'elle fût aujourd'hui un palais. Il est allé vous chercher des provisions, avec le désir de vous traiter le mieux possible, el moi, je vais veiller à ce qu'on dispose votre appartement.
LE CAPITAINE
Je suis fort sensible à tant de bonne volonté.
JUAN
Je me mets à vos pieds.
Il sort Entre LE SERGENT.
LE CAPITAINE
Qu'y a-t-iî, sergent? Aurais-tu déjà vu la villageoise?
LE SERGENT
Vive le Christ! j'ai fouillé dans cette intention l'appartement et la cuisine, et je ne l'ai pas aperçue.
LE CAPITAINE
Sans doute que ce vieux vilain la tient à l'écarî.
LE SERGENT
Je me suis miormé d'elle à une servante, et j'ai appris que son père la tenait dans l'appartement au-dessus, et qu'il lui était défendu de descendre... Le rustre est fort soupçonneux.
LE CAPITAINE
Tous ces rustres sont les mêmes. A quoi cela l'avancera-t-il, celuici, avec moi? Si j'avais vu sa lill" en toute liberté, je n:en aurais fait aucun cas; mais seulement parce que le vieux a voulu me le cacher, vive Dieu! je brûle de pénétrer où elle est.
LE SEKGENT.
Alors comment nous y prendre, monseigneur? Par quel moyen arriver jusqu'à elle sans exciter de soupçons?
LE CAPITAINE
Je ne veux pas en avoir le démenti... il nous faut trouver une
ruse.
LE SERGENT
Il n'est pas besoin de se tourmenter la tête avec des gens de cette espèce ; la première ruse venue sera toujours assez bonne pour eux.
LE CAPITAINE
Il me vient une idée... écoute.
LE SERGENT
Qu'est-ce? parlez.
200 L'ALCADE DE ZALAMÉA.
LE CAPITAINE
Tu foras semblant de... mais non, voici un soldat qui est plus dégourdi, et qui jouera mieux ce rôle.
Botreal REBOLLEDO et LÉTINCELLE.
REBOLLEDO.
Je viens exprès en parler au capitaine, et nous verrons si je suis en tout malheureux.
Songe à lui parler d'une manière convenable et avec mesure; c'est assez de folies.
REBOLLEDO.
Prètc-moi un peu de ta sagesse.
l'étincelle.
Quoique je n'en aie pas beaucoup, elle ne te serait pas inutile.
REBOLLEDO.
Pendant que je lui parle, attends-moi là un moment. (Au Capitaine.) Je venais, monseigneur, vous prier...
LE CAPITAINE
Je suis prêt, vive Dieu! à faire pour toi tout ce que je pourrai, Rebolledo, car j'aime ta bonne grâce et ton courage.
LE SERGENT
C'est un excellent soldat.
LE CAPITAINE
Eh bien ! mon brave, de quoi s'agit-il?
REBOLLEDO.
Mon capitaine, j'ai perdu tout l'argent que j'avais, que j'ai eu et que j'aurai jamais, et me voilà ruiné pour le présent, le passé et l'avenir. Je venais vous prier de dire à l'enseigne de me donner aujourd'hui comme indemnité...
LE CAPITAINE
Achève; que désires-tu?
REBOLLEDO.
Que l'enseigne me donne la préférence pour tenir le jeu de la compagnie; car enfin j'ai des obligations à remplir, et je suis un honnête homme.
Cela me semble fort juste, et je ferai dire à l'enseigne que je veux qu'il en soit ainsi.
l'étincelle, à part.
Le capitaine a l'air de consentir... Oh ! si je pouvais me voir à la tète des jeux:
REBOLLEDO.
Je me charge de la commission, monseigneur.
JOUMEE I, SCÈNE II. 201
LE CAPITAINE
Auparavant, un mot. J'ai besoin de toi pour l'exécution d'uncer tain projet que j'ai à cœur.
REBOLLEDO.
Qu'attendez-vous donc? Plus tôt j'en serai instruit, plus tôt il sera exécuté.
LE CAPITAINE
Écoute. Je voudrais qu'on montât dans cet appartement d'en-haut pour voir s'il s'y trouve une personne qui essaie de se cacher de moi.
REBOLLEDO.
Eh bien! pourquoi n'y montez-vous pas?
LE CAPITAINE
Non, il me faut un prétexte, un moyen d'excuse... Je vais faire semblant d'avoir querelle avec toi; tu fuiras en courant de ce côté; alors, furieux, je tirerai l'épée, et toi, éperdu, tu entreras dans l'appartement de la personne que l'on me cache et que je cherche.
C'est entendu.
l'étincelle, à part.
Allons, puisque Rebolledo cause ainsi avec le capitaine, il est sûr que nous avons les jeux.
rebolledo, jouant la mauvaise humeur.
Vive Dieu ! dire qu'on a accordé ce que je demande à des escrocs, à des poules mouillées, à des misérables ! et aujourd'hui qu'un homme d'honneur se met sur les rangs, on le lui refuse ! l'étincelle, à part.
Voilà— t— il pas que sa folie le prend !
LE CAPITAINE
Comment oses-tu me parler de la sorte?
REBOLLEDO.
On a bien le droit de se fâcher quand on a raison!
LE CAPITAINE
Non, tu ne l'as pas, ce dioit; baisse le ton, je te prie, et rends grâces au ciel que je ne punisse pas ton insolence.
REBOLLEDO.
Vous êtes mon capitaine, c'est pour cela que je me tais. Mais, jour de Dieu! si j'avais en main mon escopette...
LE CAPITAINE
Eli bien I que me ferais-tu ?