‹ Théâtre de campagneChapitre 3 sur 97 · LA GRANDE -DUCHESSE, BÉATRIX* LA GRANDE-DUCHESSE · texte numérisé non relu

LA GRANDE -DUCHESSE, BÉATRIX* LA GRANDE-DUCHESSE

Ah I ah ! L'amusante scène î Et comme elle dîvertica mon fils ! Justement, je l'aperçois qui se promène dans le parc royal... {Avec grâce.) Voule«-vous venir avec moi au-devant de lui?

LA MATINÉE d'UNE ÉTOILE 23

I BÉATRIX

• Avec vous, Princesse ?... Je vous suis. {La Grande" Duchesse se dirige vers la porte. Béatrix, en la suivant^ regarde dans le parc) Ciel .'... luil...

L'AMI DE LA MAISON

Monologue

Par m. Charles GROS.

L'AMI. F. Galipaux.

L'AMI DE LA MAISON

(// entre indigné,) Non, jamais je ne remettrai les pieds chez eux l

Que voulez-vous? l'ingratitude ^ ça me met hors de moi.

Ce misérable Oscar 1... Non, je ne peux pas parler de lui sans me mettre en rage. Pourtant, je ne suis pas méchant...

(Il s' attendrit et renifle.) Pas du tout méchant; d'abord, l'amitié, à moi, c'est mon culte. J'étais l'ami d'Oscar !... Eh bien! vous allez voir ce qu'il m'a fait, cet Oscar. Il y a deux ans que je le connais, que je le vois tous les jours sans manquer, même les jours de fête. J'arrivais chez lui le matin de bonne heure, vers dix heures. Il est marié. Oscar ; c'est bête de sa part (mais, envers un ami, je suis très tolérant). Et il a des enfants ; ce qui est encore plus bête. Aussi il a fallu toute mon amitié pour... enfin passons !

Oui, il a deux enfants ! Un de chaque sexe ! Ça grouille, ça clabaude toujours, c'est agaçant, surtout le moutard, quoiqu'il ressemble à sa mère, (oh ! iflF!) une très jolie femme, mais vrai, un beau type de femme 1

28 l'ami de la maison.

C'est bien la suprême bêtise d'Oscar d'avoir épousé une jolie femme, — mais une femme superbe, et mignonne !

Oh ! oui, une bêtise pommée ! Mais ça m'est égal : en amitié, je suis très tolérant, ça ne retombera que sur lui. fit puis ça me réjouissait l'œil de voir madame Oscar aller et venir, comme ça, dans l'appartement. Oh ! l'ingrat I Enfin, passons !

J'arrivais donc vers dix heures; je me suis logé à côté de chez eux. Oscar travaillait à je ne sais quoi ; il grattait du papier. Je le laissais faire ; moi je buvais du vin blanc. Ça nettoie l'estomac, le matin. Et Oscar a un vin blanc (plapp) ! Oh, l'ingrat !

Mais il y avait les enfants ! Et moi ^ qui ai besoin de tranquillité, avant déjeuner l Tenez ! L'hiver dernier, avec le froid qu'il a fait, et il y avait toujours très bon feu chez Oscar, un feu énorme (il n'a pas d'ordre) ; les enfants venaient se chauffer et puis la bonne... Elle est très gentille, la bonne; autre bêtise, — pas d'Oscar, mais de sa femme; du reste, je n'ai rien dit quand ils l'ont prise, et puis ça me réjouit l'œil de voir une petite bonne... Enfin, passons !

Donc, la bonne lavait le museau des enfants avec une éponge et de l'eau tiède, devant le feu 1 Moi, quand je me chauffe, je n'aime pas qu'un tas de gens viennent me boucher la chaleur, surtout des enfants. Aussi, j'ai dit à la bonne : c Quand j'avais leur âge, il faisait très froid, bien plus froid qu'aujourd'hui. Pour me débarbouiller? j'allais dans la cour, je cassais la glace à la pompe. Pour me chauffer ? jamais près du feu ! j'allais me frotter les mains avec de la neige. C'est ça qui réchauffe ! (Ce n'est pas vrai, mais c'est bon à dire devant les enfants.) » Les petits me regardaient avec de grands yeux, et ils

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allaient jouer dans un coin. Pauvres moutards ! çà me faisait de la peine, — mais ils sont forts comme des Turcs : ils me doivent leur santé.

Il faut être sérieux avec les enfants, surtout quand on veut être tranquille.

Tenez ! à déjeuner ou à dîner, les petits voulaient toujours du jus avec leur viande. Je leur disais : « A votre âge, je ne mangeais que des haricots, tous les jours, rien que des haricots. Le jus ça fait devenir vieux. » Cest une plaisanterie ; ça amuse à table. Les enfants ne comprennent pas, mais ça leur redresse l'esprit. Et je tendais mon assiette à madame Oscar : c Donnez-moi donc du jusl » Madame Oscar avait Fair froid ; — mais c'était pour dissimuler ; — devant son mari, vous comprenez ! Lui aussi avait l'air froid, parce qu'il sentait le danger. Et il avait raison; ça lui arrivera pour sûr... Pensez! une si jolie femme ! Moi aussi j'ai senti le danger et j'ai voulu l'avertir. Un ami doit avertir — surtout pour ces choses-là.

J'étais souvent seul avec Oscar, — le soir, quand je rentrais de faire un tour après le dîner. C'est très bon de faire un tour après dîner; et ma foi! malgré mon amitié pour eux (un ami ne peut pas exiger qu'on soit toujours, toujours chez lui !), je sortais prendre l'air. Un soir, je rentre; ma digestion était bien en train. Madame Oscar était allée se coucher (un mal de tète). Elle a souvent, ou prétend avoir mal à la tête quand je suis là : — c'est sans doute son mari qui l'ennuie. Oscar bâillait, bâillait. Il sentait le danger. Alors, j'ai voulu lui donner quelques conseils ; — mais des conseils d'ami.

Entre deux verres de bière (ils ont une bière brune excellente; ça me fait digérer, le soir. Oh, l'ingrat!), je commence carrément par lui dire : « Je devine ce qui

3o l'ami de la maison.

t'ennuie. Ta femme... toute jeune... jolie comme elle est... tu crains... — » « Qu'est-ce que je crains? » H avait Tair de ne pas comprendre (il est entêté).

« Ça t'arrivera, tu le sais, je le sais ; tu peux t'y attendre. Ecoute un conseil d'ami : ne t'occupe pas de ça... Pourquoi se faire du mauvais sang? Tiens! ta bonne n'est pas mal ; elle est très gentille, ta bonne. Je suis très tolérant, je n'en dirai rien à personne. Ça te distraira. »

Alors il m'a dit d'un air tout bête : < Je n'aime pas ces plaisanteries-là. » Et il m'a dit bonsoir. Il n'était pas minuit vingt-cinq 1 L'ingrat !

Tant pis pour lui s'il ne veut pas comprendre. Oh ! il est entêté 1 Et puis sa femme lui ferait avaler,, . des rognures de fer-blanc pour du macaroni. Et ils devenaient tous les deux de plus en plus froids avec moi. Madame Oscar ? c'était pour dissimuler. Oh ! les femmes ! Ainsi, elle faisait servir souvent de la purée de pomme de terre avec Içs çqtelettes. Oscar aime la purée; moi, je ne l'aime pas; je l'avais dit souvent... mais j'ai compris qu'il fallait dissimuler et je n'ai plus fait d'observations. Celte vie-là a duré encore six mois l

Pauvre Oscar! Il bâillait de plus en plus, sa femme avait de plus en plus mal à la tête ; — ça ne pouvait plus aller. Il fallait changer, mais changer à fond de manière de vivre. Alors, j'ai fait un plan, c'est celui que je soumettais à Oscar pas plus tard qu'aujourd'hui, je lui ai dit :

« D'abord, tu vas envoyer tes enfants en pension. Ils sont trop jeunes ! Je trouverai des pensions oii on les prend très jeunes. C'est important, parce qu'il ne faut pas qu'ils voient ce qui va arriver; car tu sais bien (ne fiiis pas la bête I) tu sais ce qui va t'arriver, pour sûr. Ta femme, si jeune, si jolie femme... »

jl'ami de la maison. 3 I

Il a voulu m'interrompre, mais j'étais décidé à remplir jusqu'au bout mon devoir d'ami, et j'ai continué :

(Très vite.) « Tais-toi! Le danger est imminent. Il peut venir des étrangers; moi, je suis toujours à la maison; je suis ton ami ; je suis discret; personne ne saura rien. Je me charge de la chose ; tu seras tranquille, ta femme aussi. D'ailleurs, la bonne... (iff!) ça te distraira... »

Oscar s'est levé. Il avait l'air gai. Je croyais qu'il avait compris mon plan... Pas du tout! Il m'a mis ses deux mains sur les épaules ; il m'a regardé dans les yeux ; il a poussé d'une main et tiré de l'autre; ça m'a retourné, et... {geste de coup de pijd teçu)^ je ne remettrai jamais les pieds chez eux 1

(// sort digié9^

Comédie en un acte Par m. Armand DES ROSEAUX

Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du . Cercle artistique et littéraire, le samedi i y janvier 1880.

A mes bons amis COULON, souvenir de Londres. Juin iSjg.

Aamand des roseaux.

PERSONNAGES

M'"» BERTHE DE SIVRAC, jeune veuve. M"« Marie Thorcy,

M. ROBERT D'ALBINOS, avocat, accent marseillais. M. A. des Roseaux

Une voix, 'ians la coulisse.

Le théâtre représente un salon, croisée ait fond, porte en pan coupé à droite, cheminée à droite avec cordon de sonnette, canapé, deux fauteuils, deux chaises, table à ouvrage à gauche.

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