‹ Théâtre de campagneChapitre 41 sur 97 · THERESE, ELODIE · texte numérisé non relu

THERESE, ELODIE

ELODIE, elle entre en coup de vent.

Bonjour, cousine! {A la cantonade.) Je le savais bien, moi, Clarisse, que votre maîtresse était là... (A Thérèse.) Ah î ma chère, que vous êtes donc bien gardée par votre Clarisse î.«. Vous vous étiez donc enfermée ?„.. Je force une consigne, n'est-ce pas ? Oui, je vois bien à votre air que je dérange quelque chose... ou quelqu'un. {Elle jette un regard autour d'elle.) Non, pas quelqu'un, j'ai la vue si basse, pardon 1 Mais qu'est-ce que c'est donc que ce portrait que vous cachez si vivement?...

THÉRÈSE

Moi ! . . . mais je ne cache aucun portrait, ma chère Élodie... Je mettais un peu d'ordre dans mon album en vous attendant.

ÉLODIE

Dans votre album L,. N'est-ce que cela?... Mais on jurerait qu'on vous prend en flagrant délit de mystère... Voyons ce portrait 1

THÉRÈSE

C'est un portrait quelconque... le premier venu, ou plutôt le dernier venu, car c'est quelqu'un que vous ne connaissez pas.

ÉLODIE

Que je ne connais pas... Voyotnscela? {Elle lui prend la photographie.)

THERESE, à part.

Houl... la vilaine curieuse! {Haut.) Vous voyez, c'est la tête d'un monsieur sans importance... et que vous ne connaissez pas. (Elle veut iui reprendre la photographie.)

ÉLODIE, la retenairt.

Je ne dis pas le contraire I mais laissez-le moi regarder encore, vous semblez bien pressée de Tôter de ma vue...

THÉRÈSE

j£ vous répète que c'est un inconnu, un indifférent.

ÉLODIE

Un inconnu?... un indifférent?... Et vous alliez le mettre dans votre album?

THÉRÈSE

Je faisais un tri... Je choisissais les portraits à conserver. (Elle veut reprendre sa photographie.) Celui-ci n'en faisait pas partie.

ELODIE, retfiiuat le portrait.

Permettez! Permettez!... mais il me semble que je le connais, moi, cet inconnu, ce beau ténébreux, que vous mexiez à la porte de votre album. — Ahl c'est étrange !

THÉRÈSE Vous le connaissez!... Ah! par exemple !.••

£L<MHE

Eh 1 pourquoi ne le connaîtrais-) e pas?..* Mais voilà

qui est curieux I Est<e que vous vous êtes réservé le monopole de ce monsieur?... Il est photographié pour tout le monde, je suppose ?

THÉRÈSE

Ohl sans doute!... Mais débarrassez-vous donc un instant de votre chapeau^ ma chère. {Elle veut lui reprendre la photographie.)

ÉLODIE, même jeu que plus haut.

Avec plaisir... Mais laissez-donc là cette photographie, Thérèse. (Elle ôte son chapeau et son pardessus^ puis s'installe dans un fauteuil, la photographie à la main.)

THERESE, à part, pendant que sa cousine s'assied.

Maudit contre-temps ! Si ma cousine évente la mèche, c'en est fait de la petite surprise que je ménageais à mon mari. Elle bavardera si bien qu'Anatole saura tout, même avant d'avoir reçu ma lettre.

ÉLODIE, regardant la photographie.

Il est très bien, ce monsieur... très bien... très bien, réellement...

THÉRÈSE, à part.

C'est encore heureux que je lui plaise. (Haut,) Vous trouvez?

ÉLODIE

Joli homme tout à fait!... A propos! et votre mari, et ce pauvre Anatole, est-ce qu'il sera longtemps encore ea voyage?,..

THERESE

Je ne sais !

ELODIE

Vraiment! Ces maris sont tous les mêmes. . . Il a tort de s'absenter ainsi sans emporter un album si bien habité.

THÉRÈSE

Que veut dire cette plaisanterie ?

ÉLODIE

Mon Dieul ne vous fâchez pas, ma chère Thérèse! Vous savez, je suis la franchise même; je ne sais rien dissimuler, moi. . .

THÉRÈSE

Mais, de mon côté. . . croyez bien. . .

ÉLODIE

Oh ! je vous crois ! . . . Seulement permettez-moi de vous dire qu'en vous trouvant en train de regarder... (avec votre Clarisse en faction à la porte) la photographie d'un monsieur... fort agréable à voir... je l'avoue . ..

Mais allez donc, ma chère cousine, allez donc!.,. dites tout de suite que c'est mon amoureux en titre.

ÉLODIE

Ah! c'est comme cela! quel courroux!... En tout cas, et c'est très sérieux ce que je vais vous dire. . . car

l50 - LA MARQUISE DE CRAC

VOUS êtes mon amie en même temps que ma cousine, e:i tout cas, je crois de mon devoir de vous révéler une chose qui va sans doute vous surprendre. . . et qui, peut-être vous affligera. Laissez-moi encore regarder ce portrait.

THERESE, à part.

Qu'est-ce qu'elle va encore inventer?

ÉLODIE

Ma chère, il est inutile que je le dissimule plus longtemps : je connais Toriginal de ce portrait...

THÉRÈSE

Vous le connaissez 1... Non!... cela est un p^u trop fort, je vous assure !

ÉLODIE Trop fort?... Et pourquoi donc?

Pou rquoi ?. . . Parce que. . .

ÉLODIE, lui coupant la parole.

Pas un mot de plus!... Je devine! Vous êtes persuadée que personne ne peut faire attention à moi, n'est-ce pas? Le contraire vous semble renversant? A vous entendre, ce monsieur n'aurait jamais regardé que vous!... Détrompez-vous, ma chère, ce monsieur ()e ne veux pas savoir à quel point vous en êtes),... ce monsieur m'a fait la cour autrefois, ne vous déplaise...

THÉRÈSE

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