LE DOCTEUR DORTHEZ, FREDERIC, MIETTE
\Le docteur entrant avec Frédéric le bras en écharpe.)
DORTHEZ
Maman Miette, faites porter les bagages de ce jeune homme dans la chambre à côté de la mienne. (S'arrêtant.) Regardez-le bien. Qu'en dites-vous?
MIETTE
Dieu me pardonne 1 Je ne me trompe pas. M. Frédéric 1 après six ans d'absence.
DORTHEZ, à Frédéric.
Je ne le lui fais pas dire. . .
FRÉDÉRIC, avec embarras.
J'ai eu tant à faire !• • •
DORTHEZ, continuant, à Miette
Et que penseriez-vous d'un enfant qu'on n'a pas revu depuis six ans, et qu'on retrouve dans une gare, à quatre lieues de son vieil oncle, son seul parent, filant sur Paris. . . Hein ? que penseriez-vous de cela ?
MIETTE
Je dirais. . . je ne dirais rien. . . mais on dirait certainement...
FRÉDÉRIC, à Miette.
Je t'en dispense. Voici mon excuse. Je m'étais à moitié cassé un bras... par accident. Un duel l je serais resté. Mais promener ainsi dans Paris une. . . foulure... c'était trop ridicule... et j'étais venu la cacher à i5o lieues... quand... v'ian... voilà mon oncle qui me saute au cou et m'emmène chez lui... ici. {Se tournant vers Dorthesf.) Mais franchement, tu as beau être le plus riche, le plus occupé des médecins, et le meilleur des hommes, ton pays n'est pas gai. On doit y mourir d'ennui.
DORTHEZ
En effet, . . Vois comme je suis malade.
FRÉDÉRIC
Il y avait, dans l'antiquité, un homme illustre..,
DORTHEZ
Epaminondas?
Non, Mithridate, mon oncle, qui déjeunait chaque matin d'une tasse d'arsenic...
DORTHEZ
Je ne vois pas...
FREDERIC
Depuis vingt ans, tu déjeunes, dînes et soupes d'ennui. Tu y es fait. Ta maison de santé... où tout le monde est malade, m'attriste. Jamais ! je ne pourrais m'habituer à cette atmosphère. ( Vivement.) D'ailleurs... j'ai trop à faire.
DORTHEZ, riant.
Tu m'intéresses... mais raconte cela à Miette... ça lui remplacera son Petit Journal.
FRÉDÉRIC, à Miette.
Tu vas comprendre cela, toi ! Les Mirlitons, le café Anglais! Elle est blonde, puis brune, puis elle redevient blonde ! Le cheval est bai-clair ! Dix contre un ! Messieurs ! il y a vingt mille francs à la banque 1 La blonde est redevenue brune ! J'ai un alezan maintenant. Le grand prix ! La coupe ! Les Pigeons. Halanzier lui refuse un pas! Nice, Monaco... Newmarket ! Elle est blonde enfin!... Vois-tu, maman Miette, il faut une fameuse tête pour suffire à tout cela 1
DORTHEZ, à Miette.
Vous avez de la peine à saisir... je le vois... Ne cherchez pas... vous ne comprendriez jamais. Faites préparer la chambre. Frédéric restera ici jusqu'à sa guérison.
MIETTE, bas au docteur.
Cette foulure a dû lui déranger la cervelle, n'est-ce pas, monsieur? Il me semble qu'il divague un peu.
DORTHEZ
Allez, allez... cela regarde le me'decin.
MIETTEy a*ea allant.
Pauvre M. Frédéric!