‹ Théâtre de campagneChapitre 59 sur 97 · SCÈNE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DOUZIÈME

LES MÊMES, MIETTE. (Miette rentrant.) DORTHEZ

Dame Miette, dépêchons, il faut aider madame de Bellamare à se mettre le plus simplement possible, bref, rhabiller commp vous êtes : c'est une surprise que nous ménageons à M. Frédéric. Surtout pas un mot...

LA BËTE NOIRE. 201

MIETTE, habillant madame de Bellamare.

Quelle taille, madame! Il faudrait épaissir tout cela.

MADAME DE BELLAMARE

Ah ! Cyprienne ! tu peux bien dire que je t'aime 1

DORTHEZ

Vous avez toujours Tair d'une reine!

MIETTE

Allons! madame, ce bonnet. Cachons ces beaux cheveux, sous un tour... Ne craignez rien, il est tout neuf.

MADAME DE BELLAMARE

Suis-je assez laide !

Tant mieux ! Tant mieux I Allons! moins d'aisance, plus de raideur...

MIETTE

Tenez encore, madame, cette chaîne de cou, ce médaillon.

DORTHEZ

C'est parfait.

MIETTE

Ce tablier de soie à poches... Ce fichu sur les épaules.

CYPRIENNE, riant.

l^auvre maman !

MADAME DE BELLAMARE, à 8« fille.

Sans cœur!

2»N"^ LA BETE iNOIRB.

CYPRIENNE, btttant des mains.

Du courage, maman 1

MADAME DE BELLAMARE

Âhl ouil

DORTHEZ

Le costume est bien. Maintenant tâchez de faire un peu comme maman Miette. Allons Miette ! faites répéter madame.

MIETTE

Tenez, regardez-moi, madame ! On se courbe un peu, on ne regarde pas si fièrement en face. Tenez ce petit plumeau. On épousséte sur la cheminée... comme cela.. .

MADAME DE BELLAMARE

\insi?..é

MIETTE

^'est du bout des doigts. . • Comme ça.

BIADAME DE BELLAMARE

Comme cela?

MIETTE

Trop fort maintenant. On caresse... on ne tape pas. C'est mieux.

, MADAME DE BELLAMARE, décoaragée.

Je ne sais pas. Je ne saurai jamais.

CYPRIENNE, suppliante* Maman ! je t'aimerai bien, va 1

MIETTE

Il y a toujours quelque chose à faire. Un fauteuil à replacer. On déplace au besoin quand tout est bien. On range les livres sur la table... Allons I allons 1 madame.

DORTHEZ

Du courage ! chère amie.

MIETTE

Mademoiselle a besoin d'une tasse de tisane. On prend une tasse, on prend une assiette... Non, il faut Tessuyer d'abord.

MADAME DE BELLAMARE

Comme cela ? (Elle la laisse tomber,)

MIETTE

C'est boni seulement... on ne casse pas... Présentez maintenant.

MADAME DE BELLAMARE

Tiens, Cyprienne, voilà ta tisane.

MIETTE

Ah ! pas comme ça. On apporte tout doucement, en remuant, on fait une petite révérence. Mais non, mais non. On ne pose pas ainsi sur la table. On reste... on attend. Allons bon I vous allez l'embrasser. Une gouvernante n'embrasse pas... mais grogne... toujours.

DORTHEZ

Ça ne va pas trop mal. A Cyprienne maintenant.

CTPRIENNE

Maman»»*

DORTHEZ

Quittez cette habittide. Traitez votre mère en gouvernante. Madame Balthazar, si tous voulez.

CTPRIENNE Ma chère madame Balthazar !

DORTHEZ

Non... Ma bonne Balthazar !

MADAME DE BELLAMARE

Ma fille!

DORTHEZ

Oh !... Mademoiselle !

MADAME DE BELLABiARE

Jamais je ne pourrai m'y faire !... Mademoiselle !

DORTHEZ

Allons, Cyprienne ! Mais allons donc ! madame Balthazar, veuillez me donner ceci... me donner cela... Montez me chercher un mouchoir dans ma chambre.

MADAME DE BELLAMARE

Quant à cela! jamais ! Vous pouvez en être sûr... je ne la quitte pas d'un pouce.

DORTHEZ

Voyons ! madame Balthazar, une gouvernante ne reste pas assise dans un fauteuil. Il faut aller, venir AI-

l:)ns! du mouvement, de Taction ! du feu! J'entends l'ennemi qui rentre. Attention ! tenons-nous ferme I Tout le monde au rideau. Je frappe les trois coups. Miette, dites à monsieur Frédéric d'apporter ce que je lui ai demandé.

Page 1