SCÈNE III
ORONTE , CLAIRE , CÉCILE , LISETTl.
ORONTE
C'est VOUS , ma charmante cousine ! A quand la noce?
CLAIBE.
A quand ? Tout est rompu.
OROXTE.
Comment ?
CLAIRE
Peut-on se marier quand on n'a plus d'amant ?
ORO'TE
Parlez-moi sans énigme : étes-vous mariée? Repondez...
CLAIRE
Non, vous dis-je ; on ma répudiée.
Je yiens en avertir mon cousin Licidas.
ORONTE
Vous aurez le chagrin de ne le trouver pas.
Il esta Saint-Germain pour quelques jours peiit-être »
Et de tout son logis il m'a laisse' le maître.
Voyez, en son absence , à quoi je vous suis bon :
J'aurai le même zèle, aj'^anfle même nom •
{lui montrant Cécile.) Et cette dame enfin que j'estime et respecte , Ne doit ni vous gêner , ni vous être suspecte ; Elle entre comme moi dans tous vos intérêts , J'en suis siir.
CLATBE.
Alon cousin, je n'ai point de secrets. On m'avait accordée à monsieur de Lamotte ; Il en est de moins fous que je crois qu'on garrotte. Denuê de cervelle , il fait l'esprit profond, Ne s'habille jamais comme les autres font • Et, pour tout dire enfin , il semble (ju'il sepiqut^ D'être dans son espèce un animal unique.
36 LE MERCURE GALAM.
Mais comme il esf fort riche et que j'ai peu de bien ,
On lui promit ma foi sans que j'en susse rien.
La semaine passée , avec une compagne ,
Je fus" voir au Plessis sa maison tic campagne :
Je lis pour l'obliger cette débauche-là ,
Et ce fut de son mieux qu'il nous y régala.
Comme jeudi dernier j'étais un peu malade.
Seul mon bourru d'amant fut à la promenade.
Je ne sais si c'est \À qu'on m'a volé son cœur ;
Mais quand il en revint je le trouvai rêveur.
Le soir , en confidence , il me dit que son .Ige
IN'était plus guère propre au joug du mariage ,
Qu'il avait cinquante ans , et qu'avec un vieilljird
L'hymen de ses plaisirs me ferait peu de part.
Le lendemain matin , sans garder de mesure ,
11 revint brusquement me parler de rupture ^
Moi , pour le mépriser comme il me méprisait ,
J'acceptai sur-le-champ ce qu'il me proposait.
Voila ce que je sais , sans en savoir la cause.
CÉCILE
Perdre un pareil amant , c'est perdre peu de chose.
LISETTE
Belle , bien faite , jeune, et sans aucun défaut,
L n homme à cinquante ans n'est pas ce qu'il vous faut:
Qu'vu feriez-vous ? A vingt la ressource est plus grande.
CLA-IRE
Il m'a fait un présent qu'il faut que je lui rende.
OKO^TE.
Puisqu'il rompt sans sujet , je n'en suis pas d'avis. Et de combien est- il?
CLAIPE.
De deux mille louis.
Il vous les a donnés ?
CLAIRE
A moi-même en personne.
OBOXTE.
Le bien le mieux acquis est celui que Ton donne Ils sont à vous.