ORONTE, M. DE LAMOTTE, CLAIRE, CÉCILE, LISETTE
ORONTE
Serviteur, monsieur.
M. DE LAMOTTE
Et moi le vôtre.
ORONTE
Le bonheur de vous voir m'est un plaisir bien doux.
S!. DE LAMOTTE
D'où vient?
OROJfTE.
IMademoiselle est ma cousine..
M. DE LAMOTTE
A vous .* Tout de bon ?
ORONTE
Oui, monsieur.
M. DE LAMOTTE
J'en suis vraiment bien aise,
ORONTE
Et moi je suis ravi, monsieur, qu'elle vous plaise. Quel jour avcz-vous pris pour un hymen si beau ?
M. DE LAMOTTE
Bon ! la paille est rompue, et tout est à vau-l'eau. Vous le savez fort bien , fin matois que vous êtes !
OROÎVTE.
Vous , monsieur , savez-vous quelle faute vous faites ?
M. DE LAMOTTv..
Eh ! oui. Par cet hymen je m'étais figure'
38 LE MERCURE GALAÎN'T.
Que j'aurais des enfans qui m'en sauraient bon gre :
J'entends , par des raisons que moi-même je forge ,
Que ma postérité se plaint que je l'égorgé;
Et , frappé quelquefois par de tristes accens ,
Je pense massacrer de petits innocens.
JNIais, tiutdùt-il crever, que tout crève, n'importe :
La raison opposée est toujours la plus forte.
OROXTE.
Et quelle est la raison qui vous fait hésiter ,
INIonsieur ?
CÉCILE
Mademoiselle est-elle à rebuter?
CLAIRE
Ai-je par ma conduite attiré votre haine ?
M. DE LA.MOTTE
Je n'ai rien à répondre , et c'est ce qui me gêne.
ORONTE
Croyez-vous que son sang soit indigne de vous ?
CÉCILE
A-t-elle quelque amant dont vous soyez jaloux ?
CLAIRE
A vos yeux détrompés ne parais-je plus belle ?
M. DE LAMOTTE
Ce n'est point tout cela , ma chère demoiselle.
OFOXTE.
^'ous a-t-elle engagé par d'indignes moyens ?
CÉCILE
Vousa-t-on déguisé sa naissance et ses biens?
CLAIRE
Ai-je trahi la foi que je vous ai donnée?
M. DE LAMOTTE
Non; VOUS êtes en tout bien conditionnée, Belle , sage, fidèle ; et, malgré tout cela , Il plaît à mon destin que je vous plante là. Laissez-moi , pour raison , m'excuser sur mon âge , Et ne me forcez pas d'en dire davantage.
CLAIRE
Non , monsieur , dites tout , ne soyez point contraint : Vous laissez des soupçons dont ma vertu se plaint.