‹ Théâtre de CampistronChapitre 191 sur 302 · ACTE II, SCENE VI. lo · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI. lo

PIERROT

Je ue saurais vous voir et m'empêcher de rire.

Je n'ai va de ma vie un plus drôle de corps.

Ce que j'ai sur le cœur je le boute dehors.

Au reste, bon \-ivant, tout aussi- bien qu'un autre.

Venons au fait. Mon temps m'est plus cher que le vôtre. Voulez-vous quelque chose ?

PIERROT

Eh î mordie' , l'on sait bien Qu'on ne voit pas les gens quand on ne leur veut rien : Voici ce que je veux j écoutez bien.

ÉSOPE

J'e'coute.

PIERROT

J'ai , comme vous voyez , un peu d'esprit.

ÉSOPE

Sans doute.

PIERROT

D'un village ici-près je suis le fin premier : J'ai bon vin dans ma cave , et blé dans mon grenier : " J'ai des bêtes à cornes , et des troupiaux à laine : Et ma cour de volaille est toujours toute pleine : Mais tenez, franchement , j'en dis du mirlirot. Testidie' , je suis las d'être appelé Pierrot. J'ai , dans un sac de cuir raisonnablement large , Plus d'argent qu'il n'en faut pour avoir une charge.. Enfin , bref, je veux être apprenti courtisan. J'ai mon cousin-germain , comme moi paysan, Qui sortit de chez lui le bissac sur l'épaule , Des sabots dans ses pieds , dans sa main une gaule , Et qui , par la mordie , fait si bien et si biau , Qu'il est auprès du roi comme le poisson dans l'iau. Il n'est pour bien nager que les grandes rivières. Je ferai notre femme une des chambrières De la reine... et puis crac. Eh ! mordie , que sait-on ? Vous qui du roi Crésus êtes le factoton , Je vous prie , en payant , de me rendre un service : Car chez vous autres grands . poiivt d'argent , point de suisse.

io4 LES FABLES D'ESOPE.

Choisissez-moi vous-même une charge.

ÉSOPE

A vous?

PIERROT

Oui.

A votre aise, demain , si ce n'est aujourd'hui. Prenez-en luie... là... qui soit bien mon affaire , Qui rapporte biaucoup , et qui ne coûte guère.

ÉSOPE

Quelle charge à la cour vous est propre ?

PIERROT

Eh! mordië.

Qu'importe : connétable ou bien valet de pie. Vingt francs plus, vingt francs moins, que rien ne

vous empêche.

Je ne sais ce que c'est que de faire le blêche. Qui dira le contraire en a , mordie, menti ^ Et voilà, palsandië, comme je suis bâti.

Ésope.

Eh ! monsieur le manant, apprenez-moi de grâce. Puisque vous êtes bien , pourquoi changer de place? Pourquoi vous transplanter et sortir de ces lieux ?

PIERROT

Pardie' , si je suis bien , c'est pour être encor mieux.

ÉSOPE

Fort bien , c'est raisonner , et j'aime qu'on raisonne. Voyons si, dans le fond, votre raison est bonne. Vous dites que chez vous rien ne vous manque?

PIERROT

Non.

ÉSOPE

Vous avez de bon vin ?

PIERROT

Oui , testidië , fort bon.

J'en trinque!...

ÉSOPE

Vous mangez sans nulle défiance, Sans d'aucun héritier craindre Timpatience?

PIERROT

Oui; pardié.

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