‹ Théâtre de CampistronChapitre 205 sur 302 · ACTE III, SCÈNE V. î2î · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. î2î

Dépêchez un prevot avec tout son corte'ge :

Dcjà le ravisseur a peut-être... que sais-je?

Ils s'aiment tendrement , ils sont seuls, sans témoins.

Je tremble.

ÉSOPE

A dire vrai , l'on tremblerait à moins. Mais parlons de sang-froid. Votre fille enleve'e. Est-ce une ve'ritë qu'on vous ait bien prouve'e? Il me serait fâcheux d'agir en étourdi.

AMINTE

Je suis sûre , monsieur , de ce que je vous di. Faut-il d'autres témoins que ma douleur extrême?

Ésope.

Il est bon , s'il vous plaît , que j'en sois sûr moi-même. Qui l'a vue enlever? Où l'a-t-on prise? Quand ?

AMI^'TE

Je n'en ai qu'un témoin , mais il est convaincant : On ne peut contre lui donner aucun reproche. Pour Tavoir toujours prêt , je le porte en ma poche. Voyez , par ce billet que je mets dans vos mains , .Si j'ai lieu de douter du malheur que je crains. Lisez.

ÉSOPE , lit.

« Je suis aimé et j'aime;

M C'est, je crois , vous en dire assez : » Personne mieux que vous ne connaît par soi-même, » Ce que c'est que deux cœurs que l'amour a blesses. M Trois fois de vos amans épousant la fortune , y) Vous les avez suivis en tous lieux , à leur choix : » Et qui s'est, comme vous, fait enlever trois fois,

» Doit bien me le pardonner une. »

Diantre !

AMINTE

Hé bien , ce billet parle-t-il clairement ? Etes-vous éclairci de la chose ?

ÉSOPE

Oui vraiment.

Je trouve ce billet assez intelligible.

AMIKTE.

A ma juste douleur soyez donc plus sensible.

122 LES FABLES DESOPE.

Ésope.

Vous contre votre fille a} ez moins de courroux ': Elle n'est point coupable.

AMINTE-

EUe?

ÉSOPE

J^fon.

AMIPfTE.

Qui donc?

ÉSOPE

Vous.

l'écrevisse et sa fille.

L'e'crevisse une fois s'e'tant mis dans la tête Que sa fille avait tort d'aller à reculons, Elle en eut sur-le -champ cette réponse honnête : Ma mère , nous nous ressemblons.

J'ai pris pour façon de vivre

La façon dont vous vivez :

Allez droit si vous pouvez ,

Je tâcherai de vous suivre.

Que pouvait l'ëcrevisse opposer à cela ?

Ce qui touche une fille est la mère qu'elle a.

Combien en voyons-nous de tous rangs , de tous âges ,

Qui veulent, comme vous, que leurs filles soient sages,

Et qui dans les plaisirs donnant jusqu'à l'excès,

Semblent avoir fait vœu de r.e l'être jamais ?

L'exemple d'une mère en qui la vertu brille,

Est la grande leçon dont profite une fille.

Qu'est-ce qu'a fait la vôtre , en fuyant la vertu ,

Que suivre le chemin que vous aviez battu?

Si vous l'eussiez guidée en une bonne voie ,

Elle vous y suivrait avec bien plus de joie.

Aussi , loin de vous plaindre , et de vous appu ycr.j,

C'est vous que de son crime on devrait châtier :

On ne saurait causer de douleurs assez amples,

A qui perd ses enfans par de mauvais exemples.

AMIWTE.

Eh ! qui prend dans son sort plus d'intérêt que moi '

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