‹ Théâtre de CampistronChapitre 218 sur 302 · ACTE IV, SCE?Œ V. i3o · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCE?Œ V. i3o

Pour l)ien faii'e ma cour je ne ménageai ricu ; Et ma femme eul un zèle aussi grand que le mien : Nous montrer bons sujets était notre tlclice.

ESOPE

Quatorze enfans !

M. ÏURET.

Quatorze.

ÉSOPE

Et tous dans le service î Jamais envers l'Etat on n'en a mieux usé. Il faut que vous soyez nn gentilhomme aisé : Tant d'enfans au service ont besoin d'une somme Qui doit faire suer le plus gros gentilhomme.

M. FURET

Monsieur, je ne suis pas gentilhomme.

ÉSOPE

Tant mieux :

Je n''en connais aucun qui soit pécunieux. La noblesse et l'argent sont brouilles , ce me semble, A ne pouvoir jamais se bien remettre ensemble. Qu'étes-yous ?

M. FURET

J'ai l'honneur d'être un vieil ofdcier.

Ésope.

Vous vous nommez ?

M, FCRET.

Furet.

Ésope.

Et vous êtes i*

M. FURET

Huissier.

Pour le repos de l'ame il n'est que cet office.

Ésope.

Huissier î Et vous avez tant d'eûfans au service : Vous vous moquez. Portez vos mensonges ailleurs.

M. FURET

J'en ai fait sept huissiers et quatre procureurs; Uii , qui de la patrouille est l'archer le plus brave. Un contrôleur d'exploits , et l'autre rat-de-cavc. Onze et trois soat quatorze en tout pays , je crois.

i4o LES FABLES D'ESOPE.

ÉSOPE

Ils font belle figure au service «lu roi !

Au dia]>le vos enfiins, tani ils mVmt fait de peine.

Je crr-iais que le nioinilre était un capitaine 5

Et je trouve en mon compte une si grande erreur.

Que le plîis honnête homme à peine est procureur.

Le bel honne;ir au roi d'avoir à son service

Le pressis, iV-lixir de toute la malice.

!H. FUr.ÈT.

Cresus , dont j'ai sur moi la déclaration, Quand on a douze enfans , donne une pension: J'en ai quatorze , et tous d'une tii^e féconde.

Ésope.

C'en est trop des trois cjuarts, pour le repos du monde Il est vrai que Cresus , juste en toutes ses lois , Pour se faire des bras {[ui soutiennent ses droits, Veut que de ses bienfaits on honore les pères ; Mais le cas , en mon sens , ne vous regarde guères. ^voir beaucoup d'enfans pour marcher sur vos pas, C'est donner à Tfltat des xnains , et non des bras ; Je ne vois lA , pour vous, nulle chose à pre'tendrc : Le roi ne donne rien à qui Skit si bien prendre.,.

M. FURET

J'ai fait quatorze enfans sur la foi des edits : Pour le bien de l'Etat, j'ai la goutte.

ÉSOPE

Tant pis.

LES COLOTilCES ET LE VAtJTOUP.

L'njour les colombes craintives.

Sachant que le vautour voulait se marier,

Se mirent si fort à crier, Que le vent jusqu'au ciel porta leurs voi^ plaintives. Si lui seul nous désole, et nous mange aujourd'hui. Disait en son langage une colombe habile ,

Quel lieu nous servira d'asile Contre un nombre d'enfans aussi mt'cuans que lui ?

S'il suffît d'un huissier pour vider une bcvn-se , Qui pourra contre sept avoir quelque ressource?

Page 1