‹ Théâtre de CampistronChapitre 220 sur 302 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EUPHROSmE, DORIS.

ErPHROSI!VE.

JJoMis, tu me fais faire une étrange fîguie ; Ma raison y répugne, et mon cœur en murmure. Boursautt. lâ

l43 LES FABLES D'ESOPE.

Quoi ! tu veux que d'Esope implorant la bonté , Lui qui m'est odieux , lui que j'ai maltraite 5 Tu veux , dis-je...

DORIS

Qui , moi ? je ne veux rien , madam Je consens volontiers que vous soyez sa femme • Et que demain sans faute il vous donne la main.

EUPHROSINE

Lui , Doris ? Ah î plutôt. . .

DORIS

Tout est prêt pour demai»:

Parens , aitiis, festin 5 et monsieur votre père Appre'heade si fort qu'Esope ne diffère , Que si hâter la chose était en son pouvoir , Ce qu'il fera demain , il le ferait ce soir. J'ai rêvé, consulté, déployé tout mou zèle, Donné la question à ma pauvre cervelle • Et ]^ n'ai point trouvé de remède plus prompt Qui pût de cet hymen vous épargner l'aiTront. Il faut absolument voir Esope vous-même : Pour vous tout accorder il suffît qu'il vous aime. Je ne vois que lui seul dont on puisse espérer D'adoucir votre peine , ou de la difîérer. Dites-lui qu'an seul jour est un trop faible espace Pour chasser Agenor , et le mettre en sa place 5 Et demandez du temps pour vous accoutumer A le voir, à l'entendre , el peut-être à l'aimer. S'il vous en veut donner, la gn^ce est assez grande.

EUPHROSINE

Mais je m'engage à lui si j'obtiens ma demande. S'il m'accorde du temps , prends-tu garde à cela ? Je deviens sa conquête au bout de ce temps-là. La crainte que j'en ai me rend toute interdite.

DOEIS.

N'eussiez-vous d'autre espoir que dans la mort subite , Outre qu'on voit souvent d'heureux coups du hasard, Vous deviendrez sa femme au moins un peu plus tard. C'est quelque chose.

ACi'E V, SCENE I. 143

r.cPiinosiivE.

Ht-las ! que cet espoir est fade !

DORIS-

Sil était seulemeut si peu que rien malade ! J'ai , comme vous savez , un habile cousin , Homme de conscience et savant médecin , Qui l'enverrait bientôt ad patres.

EUPHROSIXE.

Quelle attente !

DORIS

Je fais ce que je puis. J'imagine , j'invente ^

Je promène partout mon esprit et mes yeux :

En un mot comme en cent , je ne puis faire mieux.

Et pour tout dire enfin , je fais plus , ce me semble ,

Qu'Agenor , ni que vous , ni que tous deux ensemble.

Pour sortir d'un tel pas on se démène encor.

EUPHROSI^E.

Que veux-tu que je fasse, et que fasse Agenor ^

Nous mettons tout en œuvre, et tout nous est contraire:

Agenor est encore aux genoux de mon père •

Et pendant que peut-être on rac'prise ses vœux ,

Je viens chercher Esope , et fais ce que tu veux.

Tu fais beaucoup pour nous , je le sais bien.

D0?xlS.

J'enrage.

Je voudrais de bon cœur faire encor davantage : J"ai du zèle de reste , il me faudrait du temps.

EI.I'HROSIIVE.

Celui que je viens voir sait-il que je l'attends ^

DORTS.

Oui , madame, il le sait.

EUPHROSIXE.

Et que ne vient-il vite ?

Du chagrin que j'aurai je voudrais être quitte.

DORIS

Quelques gens à sa poite attendaient à le voir : Mais pour tarder long-temps il sait trop son devoir 5 Et , dans l'empressement tic dire qu'il vous aime... Tenez, je crois l'entendre. En eiiet , c'est lui-même.

i44 LES FABLES D'ESOPE.

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