‹ Théâtre de CampistronChapitre 225 sur 302 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Enchâssit dans le sien le bien de cet enfant.

(a Co'ijiette.) Tu sais cela par cœur, jase un peu, Colinette : Dis ce que c'est.

COLTXETTE.

Monsieur, l'orphelin qui me tette.

Est un petit marmot que j'avons par emprunt : Avant qu'il fût venu , son père était défunt. Dès qu'on Teut déharde' , ce fut une vipère : Sa mère le fesit , lui defesit sa mère : Et son tre'passement lui laissit quelque bien. Que ce vilain monsieur a bouté dans le sien. Il dit, bredi-breda , mais on ne le croit guère , Qu'il prêtit de l'argent à défunt son grand-père j Et quand je lui montrons que Cela ne se peut , Pour nous farmer la bouche, il nous dit qu'il le veut, ]N^os meilleures raisons sont pour lui des vétilles : Plus je trouvons de trous , plus il a de chevilles j Et comme il est le maître , et qu'il a du crédit , D''une seule menace il nous abasovtrdit. Un bichon , contre un dogue , a peine à se défendi'e. Si vous n'v^ boutez ordre , il est homme à tout prendre. Quand je i'allis prier d'un peu mieux en agir, 11 me disit des mots qui me firent rougir j Et comme je suis douce, et qu'il a bonne' gueule... Tiens , Pierrot, de mes jours , je n'y vas toute seule, Un loup dans un troupiau n'est pas plus malfaisant.

PIERROT

Rien n'est, mordié, pour lui trop chaud ni trop pesant Comme il est le seigneur , quelque chose qu'il prenne^ Il dit , pour ses raisons , que c'est un droit d'aubaine. Tous les jours de sa poche il tire un droit nouviau ; Qu'on prenne une écrevisse, ou qu'on tue un moiniau, 11 fait tout sur-le-champ , dans sa furie extrême Un biau procès de Dieu , fût-ce à son père même. 11 prend à toutes mains , et de toutes façons : Il vendrait , s'il pouvait, Tair dontje jouissons. ILnous dîme nos choux , nos poiriaux , nos citrouillei. Boni sault, 14

i5o LES FABLES D'ESOPE.

COLIXKTTE.

Les fosses du ch.lteau sont tous pleins de ^grenouilles .

Qui , par méchanceté, lui font un si grand bruit,

Qu'il ne dort pas un brin tant que dure la nuit.

Par un papier qu'il a , griffonné d'un notiiire ,

Il veut , bon gré, mai gré, que je les faisions taire ■

Et, faute jusqu'ici dciupccher leur cancan,

Chaque maison dubouig paye un écu par an.

C'csl. un dogue affamé, qui toujours mord ou ronge.

Empêcher des crapauds de crier 1 le pouvons-jc ?

Dites-moi.

ÉSOPE

De tout temps le faible eut toujours tort. Le plus cruel des droits est le droit du piuà fort. 11 faut que le plus fi.iblc ait , dans son infortune , Pour fléchir le plus fort, trente raisons contre une : Encore assez souvent celles qu'il peut avoir , Servent-elles de peu , comme vous allez voir.

LE LOLP ET l'ag^EAL.

L^n loup se trouvant à boire

Où buvait un jeune agneau ,

Eut d'abord Tarae assez noire

Pour lui vouloir faire accroire

Qu'il avait troublé son eau.

Qui te rend si téméi'aire ?

Lui dit ce traître , eu courroux.

L'agneau , qui justement craint sa dent sanguinaire ; Prenant, pour le toucher, un ton^ilatteur et doux. : Eh! comment, monseigneur, cela se peut-il faire? Je me suis , par respect , mis au-dessous de vous. J'ai toujours sur le cœur une vieille querelle ,

Répondit la bete cruelle, Où tu te déclaras mon mortel ennemi :

Depuis six mois entiers j'en cherche la vengeance. Je n'ai, répond l'agneau , que deux mois et demi : Comment pouvais-je alors vous faire quelque offense ? Ta mère qui me hait^ et qui ne sait pourquoi, r Hier , par deux mtîtins, me fit long-temps poursuivre.

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