‹ Théâtre de CampistronChapitre 239 sur 302 · ACTE I; SCF.?N-E IIÏ. i · texte numérisé non relu

ACTE I; SCF.?N-E IIÏ. i

Le ciel qui les choisit les élève assez haut Pour faire voir en eux, jusqu'au moindre défaut. Loin de flatter les miens dans ce degré suprême , A corriger ma cour commence par moi-même ^ Règle ce que je dois suivant ce que je puis. Et rends-moi digne enfin d'être ce que je suis.

ÉSOl'E.

Seigneur, vous ohêir est ma plus forte envie ,

C'est à vous que mon zèle a consacre' ma vie ;

jVIais, dans l'heureux état où vos hontes m'ont mis,

Ke me commandez rien qui ne me soit permis.

Il est heau qu'un monarque aussi grand que vous l'êtes,

Pour s'immortaliser fasse es que vous faites j

Qu'au gre' de la justice il règle son pouvoir,

Et qu'exempt de défaut? il ait peur d'en avoir.

Mais si vous en aviez, quel homme en votre empire

Serait assez Jiardi pour oser vous le dire?

Ce n'est point pour les rois qu'est la sincéritt- :

Tout se farde à la cour, jusqu'à la vérité;

L'encens fait un plaisir dont i'ame extasiée

Jamais, jusqu'à ce jour, ne s'est rassasiée ;

Et l'on étale aux rois d'un plus tranquille fionî.

Les vertus qu'ils n'ont pas que les défauts qu'ils ont.

crÉsus.

Et c'est, mon cher Esope , à quoi , s'il est possihle , Tu me dois empêcher d'avoir le cœursensihle. Quel monarque a-t-on vu , pendant qu'il a régné. Qui de mille vertus ne fût accompagné ? Les rois, qui sur ma tête ont transmis la couronne, Ont eu, quand ils régnaient , tous les noms qu'on me

donne 5 Et ceux, après ma mort, qui me succéderont, Les auront à leur tour pendant qu'ils régneront. Par-là je m'aperçois, ou du moins je soupçonne Qu'on encense la place autant que la personne j Qu'on me rend des honneurs qui ne sont pas pour moi ^ Et que le tiône enfin l'emporte sur le roi.

tu veux que ta foi ne me soit point suspecte,

Si

ÎS'e souffre dans ma cour nid flatteur qui l'infecte: Boursaiilt. i5

i66 . ESOPE A LA COL 11.

L'éqiiile , qui partout semble empriintex'ta voix . Est ce qu'on s'étudie à déguiser aux rois: Pour me la faire aimer fais-la-moi bien connaître ; Je t'en prie en ami , je te l'ordonne en maître. Je suis jeune , et peut-être assez loin du tombeau : IMais que sert un long règne à moins qu'il ne soit beau? De ton zèle pour moi donne-moi tant de marques Que je ressemble un jour à ces fameux monarques Qui , pour veiller , défendre et régir leurs états , En sont également Toeil, Fcsprit et le bras. Guide mes pas toi-même au chemin de la gloire.

Ésope.

Les rois presque toujours y vont par la victoire : Leurs plus nobles travaux sont les travaux guerriers. Eh ! quel prince a-t-on vu plus couvert de lauriers ? Après avoir deux fois vu Samos dans vos chaînes, Vaincu cinq rois voisins, et fait trembler Athènes, Pour en vaincre encore un qui les surpasse tous. Vous n'avez plus , seigneur , à surmonter que vous. Sans être conquérant un roi j>eut être auguste. Pour aller à la gloire il sufllt d'être juste. Dans le sein de la paix faites de toutes parts Dispenser la justice et fleurir les beaux ails: Protéger votre peuple autant qu'il vous révère. C'est en être , seigneur , le véritable père ; Et père de son peuple est un titre plus grand Que ne le fut jamais celui de conquérant. Je vous parle, seigneur, en serviteur fidèle.

CRÉSUS

Eh ! qui sait mieux que moi la grandeur de ton zèle? Poursuis : n'interromps point des avis si prudens ; Et des soins du dehors passe à ceux du dedans. Examine ma cour, et n'y souflre aucun vice; Bannis-en les abus, chasses-en rinjusticc : l'a bonté pour le peuple a pris des soins si grands...

ÉSOPE

Que le peuple et la cour , seigneur , sont differens ! Quoiqu'on nomme le pi-nple nn monstre à plusieurs têtes ,

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