‹ Théâtre de CampistronChapitre 240 sur 302 · ACTE I, SCtNE III. î(j · texte numérisé non relu

ACTE I, SCtNE III. î(j

Si les uns sont grossiers, les autres sont honnêtes. Dans les moins délicats j'ai trouve tant de foi , Qu'une seule ])arole est pour eux une loi. La cour , en apparence , a bien plus de justesse ; C'est le séjour de Tart et de la politesse : IVIais combien de chagrins y faut-il essuyer , Et sur quelle parole ose-t-on s'appuyer ! Tout rai'es qu'ils y sont , les amis s'embarrassent : Tels voudraients'e'toufter ([ue i'ou voit qui s'embrassent: Pour un dont la vertu trouve un heureux destin , Mille vont à leur but par un autre chemin : L'un , qui pour s'élever n'a qu'un faible mérite, Sous un dehors zèle cache un cœur hypocrite ; L'autre met son étude à vous donner des soins , Quand il sait fjue vos yeux en seront les témoins : Celui-ci fuit du jlmi sa capitale afiaire j Cet autre en plaisantant devient sexagénaire: Et l'on arrive ainsi presque eu toutes les cours D'un pas imperceptible à la un de son cours. On est si dis^ipc, qu'a\ant que de connaître Ce que c'est que d'être homme , on y cesse do l'être ^ Et ceux qui de leur temps examinent l'emploi, Trouvent qu'ils ont vécu .sans qu ils sachent pourquoi.

ckéscs. Je reconnais ma cour, je ne puis te le taire , Au hdèle tableau que tu me viens de faire : JMais un trait important que tes soins ont omis , Un roi ne sait jamais s'il a de vrais amis. De tant de courtisans qui toujours sur mes. traces j^'accompagnent mes pas que pour avoir des grâces , Je ne puis distinguer , au rang où je me voi. Ceux qui m'aimentpour euxouqui m'aimentpour moi. Je voudrais quelquefois , pour savoir si l'on m'aime . Pendant un mois ou deux me voir sans diadème , Et dans mon premier rang être ensuite remis, Pour ne me plus méprendre au choix de mes amis. Que sais-je qui me (latte ou qui me rend justice ' Je ne dis pas un mot que chacun n^applaudisse ^ Et si l'on prévoyait ce que je dois penser .

l68 ÉSOPE A LA COIK.

Ou m'applaudirait même avant de m énoncer.

Je confonds le faux zèle avec le véritable.

ÉSOPE

Permettez-moi, seigneur , de vous dire une fable : Jamais la vérité n'entre mieux chez les rois Que lorsque de la fable elle emprunte la voix.

LE LION, l'ours, LE TIGRE ET LA PAXTHÈRE.

Par cent fameux exploits un lion renommé, Ayant su d'un vieux cerf qu'il connaissait fidèle , Que souvent tels et tels dont il était charmé

Payaient ses bontés d'un faux ztle , En voulut par lui-même être mieux informé. îl fait venir un tigre , un ours , une panthère , Apres à la curée , et qui, sans hésiter , Quand de quelque désordre ils pouvaient profiter, De la peine d'autrui ne s'inquiétaient guère. Mes amis, leur dit-il , à qui j'ai si souvent

Confié le soin de ma gloire, Je crois , sans me flatter d'un espoir décevant, Avoir un sûr moyen de vivre dans l'histoire. Alors , faisant semblant d'être encor dans Teneur ,

Et d'ignorer leur artifice ,

11 leur propose une injustice

Dont lui-même avait de l'horreur :

Pesez bien , leur dit-il , ce que je vous propose , Et surtout que ma gloire aille aA ant toute chose :

Je n'ai rien de plus impo) tant.

Ce que vous proposez est juste et nécessaire, Répond tout d'une voix la troupe mercenaire ,

Et lien ne le fut jamais tant.

Pensez-}' deux fuis plutôt qu'une,

Reprit doucement le lion , Et , si je vous suis cher, ayez soin de mon nom : Les rois ont moins besoin d'augmenter leur fortune

Que de voir croître leur renom.

Seigneur , répond encor la bande insatiable ,

Quelque dessein que vous ayez,

Pour rendre la chose équitable ,

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