ACTE III, SCENE III. '^^;î
Je vais, in>u vous prouver, mais vous faire entrevoir Qu'un espoir >» tardif est uu fragile ct^poir; Et qu'aux derniers mooiens les beaux, esprits qui cloutent ]Ne sont pas assures que les dieux les écoutent. Voulez-vous à m'eatendre appliquer votre soin?
IPUTCRATE.
Pour quel autre sujet viens-je ici de si loin ?
Le plai^ii'' le plus grand que vous me puissiez faire ,
Cest de m'ouvrir votre ame et de ne me rien taire.
LE FAUCOÎT AIALADE.
Un faucon qui croyait les dieux muets et sourds.
Etant à son heure dernière , TViixi lamentable ton sollicita sa mère IVaîler en sa faveur implorer leur secouj's. iNIon enfant , lui dit-elle en mère habile et sage ,
Pendant que tu te portais bien
Tu disais qu'ils ne pouvaient rien ;
Ils ne peuvent pas davantage.
C'est presque ainsi que Thomme en use envers les dieux : Pour en croire il attend qu'il suit malade ou vieux ; Jusqu'au moment funeste où leur vengeance arrive , Il ]es croit impuissans ; voyant leur foudre oisive i F,t pour les apaiser fait des cris eclatans , Qiiand ils sont fatigues et qu'il n'en est plus temps. La clémence des dieux , dont on voit tant de preuves, Est semblable à peu près à ces paisibles fleuves Qui n'ont pu résister an temps rude et fatal Qui tient leurs flots captifs sous un mur de cristal j Jusqnes à certain poids , qu'on y passe et repasse , On est ensib'eté sur leur épaisse giace ; Mais lorsqu'on la surcharge elle fond sous nos pas- Et qui tombe dessous ne s'en retire pas. Voilà ce que je croi.
TPmCRAT£.
Monsieur , cessons , de grâce ; Ce discours vous fatigue autant qu'il m'embarrasse. A lutter contre vous j'applique en vain mes soins :
2o4 ESOPE A LA COUR.
Si vous ne m'abattez , vous m'ébranlez au moins. Mais quel fruit, ap'ès tout, aurait votre victoire? Croire comme Ton fait , par exemple , est-ce croire? A parler sans contrainte et d'un cœur ingénu. Quel tlieu , hors la fortune , à la cour est connu ? Pour peu que l'on y prie , on est toujours en garde ; On observe avec soin si le prince y regarde ; Et lorsque par hasard on rencontre ses yeux , C'est lui que Ton invoque encor ])lus que les dieux. Adieu. Je sors d'ici plein de votre mérite. SoufiVf-z que je vous rende encore une visite. Je crois , par les efl'orts que vos bontés feront, Si mes 3'eux sont fermés qu'enfin ils s'ouvriront. Je defuande un jour fixe encor cette semaine.
Ésope.
IN'on , monsieur , je saurai vous en sauver la peine ; Et je vous promets bien, pour vous faire ma cour , Que j'irai vous trouver jusqu'en votre séjour.
IPHTCRATE.
Vous , monsieur ? Plût aux dieux , que je commence à
croire , Que vous me voulussiez accorder cette gloire! C'est un endroit riant dans la belle saison ; Les ondes du Pactole entourent la maison ; On y voit d'un coup-d'œil le printemps et l'automne, Les richesses de Flore et les dons de Pomone ; Et je ne vous di> pas le plaisir que j'aurai De vous y recevoir le mieux que je pourrai. Précipitez l'honneur que vous voulez me faire. Adieu.