ACTE IV, SCïïNE III
Fier sans rfre orgueilleux, doux sans être soumis , Kstiine des soldats et craint des ennemis ; ^ntin ce qu'on appelle un des plus jolis hommes l^u'on ait vus de ion g- temps à la cour on nous sommes: C'est le meilleur présent qu'on puisse faire an roi.
Ésope.
Et quel est, s'il vous plaît, cet habile homme^
clÉo^.
Moi.
ÉSOPE
Vous ?
CLÉON
Oui ; je vous surprends de ce que je me nomme. Eh ! qui sait mieux que moi que je suis habile homme ? La moJi^stie est belle enchâssée à propos ; ]\Tais hors de son endroit c'est la vertu des sots. liez-vous-en à moi : je sais un peu la carte : Quand on a mes t<ilens , rarement on s'ëcarte; ]Me proposer au roi ce sera le ra^ir.
ÉSOPE
Du meilleur de mon cœur je voudrais vous servir ; , Vous ne pouvez jamais me c.-.:?ser plus de joie Que de m'en procurer une équitable voi.î. ^^ais quel tort, dites-moi, m"a ialt cctolFicier Pour obliger Cresus à le disgracier ^ Parlez-moi d'élever, et non pas de rlétruire : Je n'ai point de pouvoir quand il s'apit de nuire. '^e me demandez point ce qui n'est p. 5 permis.
cléox.
Il e-t permis , parbleu , d'obliger ses amis ; Lv je vous crois le mien , comme je suis le votre.
Ésope.
Pour en obliger un , faut-il ea perdre un autre ? Il n e:3t rien de :à beau que d'être gene'reux : Vous a riez du scrupule à faire un malheureux.
CLÉOS.
Bon î c'est bien à la cour que l'on a du scrupule ! On cherche i s'avancer , sans voir qui l'on recule, 11 n'est point de moment où l'on ne soit au guet
3i8 KSOPE A LA COUU.
Pour y mettre à profit les faux-pas qu'on y fait ;
Et pourvu qu'à son but un courtisan arrive ,
On l'applaudit toujouis , quelque roule qu'il suive.
Aller à la fortune est mon unique lin.
ÉSOPE
Allez-y, croyoz-moi, par un autre chemin.
Crésus, des potentats Tun des plus equifaMcs,
A qui, depuis un an, j'ai dédie mes fables,
Se fait lire avec soin , le matin et le soir,
Celles que sans faiblesse un grand roi peut savoir;
fit le plus lâche crime étant la calomnie ,
Pour ne pas un moment la laisser impunie.
Il s'est fait un devoir d'apprendre celle-ci.
Quel bonheur si les rois en usaient tous ainsi!
L'envie, au désespoir honteusement réduite,
l^e leurs paisibles cours prendrait bientôt la fuite.
Ecoutez.
LE LTOÎT DÉCRÉriT.
Le lion , accablé par les ans .
Et n'ayant presque plus de chaleur naturelle , Avait autour de lui nombre de courtisans Qui., par grimace ou non, lui témoignaient leur zèle. Le loup , qui ne peut faire une bonne action , Voyant que le renard n'était pas de la bande ,
Le fît remarquer au lion , Qui jura de punir une audace si grande. ;Mais le rusé renard , plus adroit que le loup ,
Averti de son insolence ,
jN on content de parer le coup ,
Résolut d'en tirer vengeance.
11 va rendre visite au roi des animaux. Et d'un ton assuré ; V ous voyez , dit-il , sire ,
Des sujets de votre empire
Le plus sensible à vos maux; Pendant qu'on vous faisait des complimens stérile* Qui ne partent souvent que d'un zèle aflecté ,
Je cherchais des secrets utiles Pour le soulagement de votre majesté :
Elle est hors de péril, et Vétat hors de craict&