‹ Théâtre de CampistronChapitre 284 sur 302 · ACTE IV, SCÈNE TH. ai · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE TH. ai

La penu d'un loup ecorché vif Est un remède aussi prompt qu'cffeclif Pour ranimer votre clialeur éteinte.

Son attente eut un plein eflet :

On e'corche le loup, on en couvre le sire; Et ceux qui du renard l'avaient ouï médire ,

Dirent tous que c'était bien fait.

Messieurs les courtisans cjui cherchez à vous nuire, Quel plaisir prenez-vous à vous entre-détruire? Si parla calomnie un homme a réussi , Cent pour un tout au moins s'y sont perdus aussi. Je sais bien qu'à la cour , au milieu des caresses , La jalousie immole amis , parens, maîtresses : A qui veut s'agrandir le cas n'est pas nouveau ; Mais je sais bien aussi que cela n'est pas beau. Quand d'une bonne race on a l'honneur de naître , On cherche à mériter le poste où l'on veut être; Et si de vos aïeux vous avez les vertus , Vous irez par leur route aux emplois qu'ib ont eus : C'est la plus juste voie et la plus raisonnable.

clÉox.

!N'avez-vous autre chose à m'oflrir qu'une fable? Le bon ami 1

Ésope.

Meilleur que vous ne le cro3'ez.

C'est moi qui me dois plaindre , et c'est vous qui criez. Je ne murmure point que pour votre service Vous me sollicitiez à faire une injustice ; Et vous murmurez, vous, qui me la proposez, De ce qu'à vos désirs les miens sont opposés. Qui de vous ou de moi mérite qu'on l'excuse, Vous qui la demandez, ou moi qui la refuse?

CLÉ0?f.

Vous ne voulez donc pas me servir?

ÉSOPE

J'y suis prêt , Et même , s'il le faut , contre mon intérêt. Ne me proposez^ien dont pour vous je i^ougisse,. Et vous verrez alors si je rends bien service.

2^o ESOPE A LA COUR.

Vous seriez mal paré des dépouilles d'autrui.

CLÉON

Savez-vous de quel sang j'eus l'honneur de naître? Ésope.

Ouij Vous avez des aïeux dont la gloire est insigne : Héritier de leur nom , tâchez d'en être digne j 'lâchez...

clÉon. ^

Point de leçons ; je suis , grâces aux dieux , Plus habile que vous, quoique je sois moins vieux,

ÉSOPE

Je le crois : j'ai de l'cige et n'ai point de science ;

Mais j'ai du train du monde un peu d'expérience.

A la guerre et partout la générosité

Est ce qui sied le mieux aux gens de qualité ;

Et quiconque est formé d'un sang comme le vôtre ,

Doit naturellement en avoir plus qu'un autre.

CLÉON

Parlons net : mon dessein est de perdre Ariston ; Voulez-vous m'y servir ?

ÉSOPE

Pour cela , monsieur , non > Si c'est le seul motif qui vers moi vous amène, C'est , à vous parler net , une visite vaine.

clÉo».

Eh! vous figurez-vous , mon cher petit monsieur, Qu'un ministre inutile ait un vrai serviteur ? Lorsqu'à vous encenser tant de monde travaille. Est-ce pour vos beaux yeux , ou votre belle taille ? Le présumez-vous?

ÉSOPE

Non ; qui ferait ce projet Aurait assurément grand tort sur mon sujet. Autant que je l'ai pu , pendant une heure entière, Je vous ai combattu d'une honnête manière ; Mais les coups éloignés ne vous émeuvent point ; Il faut TOUS les tirer plus à brùle-pourpoint. Puis donc qu'à votre insulte il faut que je réponde,

ACrE IV, SCENE III. ^'it

Je n^ai pas enlaideui' mon pareil dans le monde, Je le sais • mais le Ciel , propice en mon endroit, Dans un corps de tiaveis a mis un esprit droit. Quelque hommage forcé que la crainte leur rende , Je méconnais les grands qui n'ont pas Tame grande. Et je n'ai du respect pour l'cclat de leur sang , Que lorsque leur mérite est égal à leur rang. Les grands et les petits viennent par même voie ^ Et souvent la naissance est comme la monnaie : On ne peut raltei'er sans y faire du mal , Et le moiudie alliage en corrompt le métal. Un soldat comme vous s'imagine peut-être...

CLÉON

Je ne suis point soldat , et nul ne m'a vu l'être : Je suis boa colonel, et qui sers bien l'état.

Ésope.

Monsieur le rolonelqui n'êtes point soldat^ Je ne sais ce que c'est que de rendre service Contre la bienséance et contre la justice.

CLÉOJf.

Adieu , monsieur : bientôt... je ne m'explique pas

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