‹ Théâtre de CampistronChapitre 289 sur 302 · ACTE IV, SCEIXE V. i^vr · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEIXE V. i^vr

Un jcnnc diable à qui Platon Permit ce joiir-ià d'être bon ,

(Sans tirer à conséquence ;

Conduisit l'homme partout.

Et de l'un à Tautre bout

L'honora de sa présence.

11 trouera là des gens de toutes les façons ,

Hommes , femmes, filles , garçons :

Grands, petits, jeunes, vieux, de tout rang, de tout âge; Il n'est profession , art . négoce , métier ,

Qui n'ait là-dedaas son quartier,

Et qui n'v joue un personnage.

Combien troava-l-il dans les fers De gros marchands drapiers, le teint livide et jaune.

Qui , par le calcul des enfers , De trois quarts et demi faisaient toujours une aune î

Combien de merciers du Palais,

Toui'.mentés d'autant de méthodes , Que pour flatter le luxe ils lui prêtent d'attraits

Par la miîltitude des modc5 !

Que de coiffeuses en lieu chaud ,

Pour avoir , au temps où nous sommes ,

Coifl'é les femmes aussi haut

Que les femmes coiffent les hommes !

Que de cabaretiers , cafetiers et traiteurs î Ces premiers corrupteurs delà vie innocente ,

Sont dans une chambi'c ardente

Au rang dts empoisonneurs.

Combien de financiers et de teneurs de banque . Voulant compter le temps qu'ils seront encor là , Trouvent que le chifîre leur raanffue , Et ne peuvent nombrer cela î Combien de grands seigneurs qui, d'un devoir austère, D'un-^r dette du jeu s'acquittaient sur-ie-champ, Et qui sont morts sans satisfaire Ni l'ouvrier, ni le marchand !

Combien de magistrats , l'un bourru , l'autre avare , Que jamais la main vide on n'osait approcher , Voyant que de leur temps la justice était rare ,

Prenaient occasion de la venrlre bien cher !

Combien d'avocats ce'lèbres , Qui rendaient noir le blanc par leurs subtilités, Maudissent dans les ténèbres Leurs malheureuses clartés !

Si je voulais nommer les fragiles notaires , Les dani,ereux greffiers, les subtils procureurs , Le? avides secrétaires Des nonchalans rapporteurs , Et certain^ curieux galoppeurs d'inventaires , Qui séduisent Fhuissier pour tromper les mineurs j Si je voulais parler de tant de commissaires Qui font, comme il leur plaît, avoir raison ou tort^ Des médecins sanguinaires Et ]^/r 'curseurs delà niort^ El. fin , si je f.isais une liste fidèle De tous les réprouvés que Pluton a chez lui. Ce serait une kyrielle Qui ne finirait d'aujourd'hui.

Voici pour vous. Le jeune diable et Thomme Qui voyaient de IVnfer tous les hï]ou's.grutis , Aprc« s'être bien divert'S A voir les damnés que je nomme, Entendirent hurler des vieillards langoureux. Qui sont ceux-là, dit l'homme , et quel soin les agite ? Nous sommes , répond l'un d'entre eux, Les affligés de mort subite.

Taisez-vous , imposteurs , ou parlez autrement , Dit le jeune habitant du ])ays des t'nèbres j Vous mentez aussi hardiment Qu'un faiseur d'oraisons funèbres.

Le plus jeune de vous a «juatre-vingt-dix ans,

Et vous avez eu tout ce temps Pour penser à la mort , sans y donner une heure [ Vieux , cassé , décrépit , la mort , ^ ient et vous prend : Après un terme si grand Est-il étonnant qu'on meure ?

Dans le moment que la mort aous surprit, Une vétille , uu rien occupait votre esprit j

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